Home MondeSécuriser les approvisionnements en carburant de l’Australie dans un conflit majeur

Sécuriser les approvisionnements en carburant de l’Australie dans un conflit majeur

by Clara Dubois

L’Australie est confrontée à une vulnérabilité croissante en matière de sécurité énergétique, avec une dépendance alarmante aux importations de carburant et une capacité de raffinage en déclin. Un rapport confidentiel du gouvernement met en lumière la nécessité urgente de diversifier les sources d’approvisionnement et d’investir dans des technologies alternatives, notamment la conversion du gaz en liquides (GTL), pour faire face à des scénarios de crise potentiels, y compris un conflit majeur.

Le pays importe actuellement environ 90 % de ses carburants liquides, principalement du pétrole étranger. Selon les données disponibles, les réserves nationales ne couvrent que 52 jours de consommation, bien en deçà des 90 jours recommandés par l’Agence internationale de l’énergie. Même en atteignant cet objectif, Canberra se retrouve confrontée à une question cruciale : comment assurer l’approvisionnement en cas de rupture prolongée, s’étendant sur six mois, un an, voire plus ?

Si la possibilité d’une guerre impliquant l’Australie et la Chine est jugée improbable, une gestion responsable des risques exige d’anticiper de telles éventualités. Le secteur des transports, qui représente 98 % de la consommation de carburant, ainsi que l’extraction de charbon (83 %) et les opérations de l’Australian Defence Force (ADF) sont particulièrement dépendants des combustibles liquides. L’augmentation des tensions géopolitiques, notamment la montée en puissance de Pékin et la possible réorientation des forces américaines vers l’Asie, accentuent cette vulnérabilité.

Un rapport du Commonwealth datant de 2020, bien que peu diffusé, révèle que l’Australie consommait environ 1 million de barils par jour (b/j) en temps de paix. Pour assurer le fonctionnement des services essentiels, environ 26 % de ce volume est nécessaire, et les raffineries nationales pouvaient alors en fournir environ 30 %. Cependant, la situation s’est détériorée depuis. La capacité de raffinage australienne s’est réduite à seulement deux usines, produisant désormais 230 000 b/j, soit 23 % des besoins. De plus, ce chiffre ne tient pas compte de l’augmentation significative de la demande de carburant en cas de conflit, notamment pour les forces alliées stationnées en Australie.

La technologie gaz-liquide (GTL) apparaît comme une solution prometteuse. L’usine Pearl GTL, exploitée par Shell, convertit quotidiennement 1,6 milliard de pieds cubes de gaz en 140 000 b/j de carburant et 120 000 b/j d’autres liquides. Un projet similaire en Australie pourrait couvrir environ 14 % des besoins nationaux et être opérationnel dès 2031 si la construction débutait en 2027, compensant ainsi l’épuisement des réserves de pétrole brut.

Trois usines GTL, construites sur une période de 12 ans, pourraient couvrir 42 % des besoins d’ici 2039, en utilisant du gaz de houille dont les réserves ne s’épuiseront pas avant 2060. Ce type d’investissement ne nécessiterait pas de nouvelles explorations pétrolières ou gazières et n’affecterait pas les accords commerciaux existants. En cas de conflit et d’interruption des importations, le gaz naturel, qui ne pourrait plus être exporté, serait alors entièrement dédié à l’approvisionnement national.

Par ailleurs, la technologie GTL permettrait de maintenir le flux d’importations essentielles, telles que les produits pharmaceutiques et les machines, en les acheminant par des convois maritimes protégés. L’Australie dépend d’environ 6 100 cargos, dont 650 pétroliers et transporteurs de produits chimiques, pour ses échanges commerciaux. En se concentrant sur les navires essentiels, le nombre de convois à protéger pourrait être réduit à environ 600, voire 50 selon un rapport stratégique sur la flotte.

Le financement de tels projets représente un défi majeur, estimé à 99 milliards de dollars pour trois usines GTL. Une solution pourrait être de réallouer une partie des 368 milliards de dollars prévus pour le programme de sous-marins à propulsion nucléaire (SSN), la technologie GTL réduisant la nécessité de maintenir les voies maritimes ouvertes. D’autres sources de financement potentielles incluent l’augmentation du budget de la défense, les investissements des alliés ou les fonds de retraite australiens, qui investissent actuellement 3,2 milliards de dollars par semaine.

« Il est impératif que Canberra examine attentivement cette option », soulignent les experts, insistant sur l’importance d’une approche proactive pour garantir la sécurité énergétique du pays face à des menaces croissantes.

À retenir

  • L’Australie est fortement dépendante des importations de carburant et sa capacité de raffinage est en baisse.
  • La technologie gaz-liquide (GTL) offre une alternative viable pour réduire cette dépendance et renforcer la sécurité énergétique.
  • Un investissement massif est nécessaire pour développer cette technologie, mais il pourrait être financé par une réallocation de fonds existants.

Contexte

La sécurité énergétique est devenue une préoccupation majeure pour l’Australie en raison de sa situation géographique isolée et de sa dépendance aux importations de pétrole. Les tensions géopolitiques croissantes dans la région Indo-Pacifique ont exacerbé cette vulnérabilité.

Ce qui change

Le déclin de la capacité de raffinage nationale et l’épuisement des réserves de pétrole brut australien menacent de compromettre l’approvisionnement en carburant du pays dans les années à venir. L’investissement dans la technologie GTL pourrait inverser cette tendance et assurer une source d’énergie durable.

Prochaines étapes

Le gouvernement australien doit évaluer sérieusement la faisabilité et les avantages de la technologie GTL et prendre une décision concernant son financement et sa mise en œuvre. La construction des premières usines GTL devrait débuter en 2027 pour garantir leur mise en service avant l’épuisement des réserves de pétrole brut.

Chiffres clés

Indicateur Valeur
Dépendance aux importations de carburant 90 %
Réserves actuelles de carburant 52 jours de consommation
Capacité de raffinage actuelle 230 000 b/j
Coût estimé de trois usines GTL 99 milliards de dollars

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.