Home NouvellesSelon une étude, deux espèces de coraux emblématiques sont désormais fonctionnellement éteintes au large de la Floride – nous avons été témoins du blanchissement et de la dévastation du récif.

Selon une étude, deux espèces de coraux emblématiques sont désormais fonctionnellement éteintes au large de la Floride – nous avons été témoins du blanchissement et de la dévastation du récif.

by Nicolas Lefèvre

Les récifs coralliens de Floride sont au bord du gouffre. Une étude récente révèle que deux espèces clés, les coraux corne d’élan et les coraux cerfs, sont désormais considérés comme « fonctionnellement éteints » en raison d’une vague de chaleur marine sans précédent.

À retenir

  • Les coraux corne d’élan et cerfs, autrefois dominants dans les récifs floridiens, ont subi une mortalité massive, atteignant jusqu’à 100 % sur de nombreux sites.
  • L’augmentation des températures de l’eau, liée au changement climatique, est la principale cause de ce déclin dramatique.
  • Des efforts de restauration sont en cours, mais leur succès dépend de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En juin 2023, l’état des récifs des Basses Keys et des Dry Tortugas, en Floride, était encore encourageant. Des centaines de coraux transplantés dans le cadre de programmes de recherche affichaient des couleurs vives, signe de leur bonne santé. Quelques semaines plus tard, la situation a basculé. Un épisode de canicule marine a entraîné une élévation dangereuse de la température de l’eau, provoquant le blanchissement rapide des coraux transplantés. Certains sont morts en quelques jours.

Cet événement a marqué le début d’un blanchissement massif à l’échelle mondiale. Alors que les océans se réchauffaient, des équipes se sont mobilisées pour déplacer les coraux survivants vers des réservoirs terrestres, mais la vague de chaleur, qui s’est étendue sur 2023 et 2024, s’est avérée fatale.

Une étude publiée le 23 octobre 2025 dans la revue Science, menée par des chercheurs de la NOAA, de l’aquarium Shedd et d’autres institutions, confirme que les coraux corne d’élan (Acropora palmata) et les coraux cerfs (Acropora cervicornis) – deux espèces emblématiques et essentielles à la construction des récifs floridiens – sont désormais fonctionnellement éteints. Cela signifie que leur nombre est devenu trop faible pour assurer les fonctions écologiques qu’ils remplissaient auparavant.

À l’été 2023, la température moyenne de la surface de la mer sur le récif de Floride a dépassé les 31 °C (87 °F) pendant plusieurs semaines. Le stress thermique accumulé sur les coraux était de 2,2 à 4 fois supérieur à tout ce qui avait été enregistré depuis le début des observations satellitaires dans les années 1980, une époque où ces deux espèces étaient les principaux architectes des récifs de la région.

Le blanchissement des coraux se produit lorsque les températures augmentent suffisamment pour que les coraux expulsent les algues symbiotiques dont ils dépendent pour se nourrir. Ces algues fournissent aux coraux l’énergie nécessaire pour construire leurs squelettes de carbonate de calcium, formant ainsi les récifs. La perte de ces algues laisse les coraux blancs et affaiblis.

Les récifs coralliens sont essentiels à la protection des côtes contre les tempêtes, à la sécurité des jeunes poissons et à la biodiversité marine. Ils génèrent également des revenus touristiques considérables, notamment dans les Florida Keys. Cependant, la relation symbiotique entre les coraux et les algues est extrêmement sensible aux variations de température, même minimes (de 1 à 2 °C au-dessus des normales estivales).

À la fin de l’été 2023, seuls trois des 200 coraux transplantés dans les Lower Keys pour des études de croissance et de survie étaient encore en vie. Dans les Dry Tortugas, les squelettes blanchis des coraux étaient déjà recouverts d’algues, signe d’un changement potentiel de phase vers des écosystèmes dominés par les macroalgues.

Des observations similaires ont été faites dans l’ensemble des Keys de Floride. Sur plus de 50 000 coraux acroporidés étudiés sur près de 400 récifs avant et après la canicule, 97,8 % à 100 % ont finalement péri. Seuls ceux situés plus au nord et en eaux plus froides ont connu un taux de mortalité légèrement inférieur.

Ce phénomène de blanchissement s’est propagé à d’autres régions des Caraïbes et du monde, conduisant la NOAA à déclarer 2023-2024 comme la quatrième épisode mondial de blanchissement de coraux.

Avant la canicule de 2023, les populations de coraux corne d’élan et cerfs étaient déjà en déclin, fragilisées par les ouragans, la perte d’herbivores, les maladies et les épisodes de blanchissement répétés. L’événement de 2023-2024 a sonné le glas : ces espèces sont désormais fonctionnellement éteintes sur le récif de Floride.

Bien que les acroporidés caribéens n’aient pas totalement disparu de Floride, leur nombre est trop faible pour permettre une reconstitution naturelle. La petite taille des populations réduit leur capacité à se rétablir et augmente le risque de consanguinité, ce qui a des conséquences génétiques négatives. Pour un bâtisseur d’écosystème comme le corail, un grand nombre d’individus est nécessaire pour reconstruire un récif efficace.

Des avancées récentes dans des techniques telles que la microfragmentation (accélérer la propagation des coraux en les divisant en petits morceaux) et la cryoconservation (congeler le sperme de corail pour préserver la diversité génétique) permettent de produire, d’archiver et d’échanger de la diversité génétique à une échelle sans précédent.

La restauration des récifs est un défi complexe, tant sur le plan politique que logistique. La coordination des échanges internationaux d’espèces menacées est délicate, et il existe un débat sur la faisabilité d’une restauration à grande échelle. La question cruciale reste de savoir si les récifs restaurés seront capables de résister à la prochaine vague de chaleur.

La réduction des émissions de carbone, responsable de l’augmentation des températures de l’eau, est essentielle pour assurer le succès de la restauration des récifs coralliens. Le changement climatique représente une menace existentielle pour ces écosystèmes, mais les progrès scientifiques et une action rapide pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourraient leur offrir une chance de survie.

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