Publié le 28 septembre 2025 à 19h42. Alors que l’administration Trump impose de nouveaux droits de douane sur une large gamme de produits, un accord énergétique majeur pourrait bien redéfinir le paysage mondial : l’Italie s’apprête à acheter de l’électricité produite par fusion nucléaire à une entreprise américaine, un pas de géant vers une nouvelle ère énergétique.
- Donald Trump a annoncé de nouveaux tarifs douaniers atteignant 100% sur certains produits, notamment pharmaceutiques et meubles.
- L’entreprise énergétique italienne Eni a conclu un accord d’un milliard de dollars pour acheter de l’électricité produite par fusion nucléaire à Commonwealth Fusion Systems (CFS) aux États-Unis.
- La Chine investit massivement dans la fusion nucléaire et l’électrification de son économie, ce qui pourrait lui conférer un avantage stratégique sur les États-Unis.
La semaine dernière, le président américain Donald Trump a surpris les marchés en annonçant une série de nouveaux droits de douane via les réseaux sociaux. Ces mesures, qualifiées par certains d’« étalage de vanités », visent des secteurs variés, avec des tarifs de 50% sur les armoires de cuisine et de salle de bain, 100% sur les produits pharmaceutiques, 30% sur les meubles rembourrés et 25% sur les camions lourds. Ces décisions interviennent alors que le monde est confronté à des enjeux géopolitiques et technologiques majeurs.
Au-delà de ces mesures protectionnistes, un événement d’une portée potentiellement bien plus grande s’est produit : le géant énergétique italien Eni a accepté d’acquérir pour un milliard de dollars d’électricité produite par fusion nucléaire auprès de la société américaine Commonwealth Fusion Systems (CFS). Cet accord marque une étape cruciale dans le développement de cette technologie prometteuse. Eni s’approvisionnera en électricité auprès de l’installation “Arc” de CFS, située en Virginie, dont la construction devrait débuter en 2027 ou 2028, avec une mise en service prévue au début des années 2030.
La fusion nucléaire, qui consiste à fusionner deux noyaux atomiques pour libérer une quantité d’énergie considérable, présente de nombreux avantages par rapport à la fission nucléaire actuelle. Elle est non émettrice de gaz à effet de serre, intrinsèquement sûre, produit peu de déchets et utilise un combustible abondant, le deutérium, présent en grande quantité dans l’eau. Cette technologie pourrait ainsi révolutionner la production d’énergie et contribuer à la lutte contre le changement climatique.
CFS est une entreprise issue du Massachusetts Institute of Technology (MIT) Plasma Science and Fusion Center, créé en 1976 avec le soutien du Département américain de l’Énergie. Le développement de la fusion nucléaire est un processus scientifique de longue haleine, qui a nécessité cinquante ans de recherche jusqu’à présent. Il faut noter que le passage de la découverte de la fission nucléaire à la construction de la première centrale nucléaire a pris 16 ans, ce qui témoigne de la complexité de la fusion.
Cependant, l’avenir de la recherche sur la fusion nucléaire aux États-Unis pourrait être compromis par les coupes budgétaires proposées par l’administration Trump. Le budget 2026 prévoit une réduction des financements alloués à la science et aux universités, ce qui pourrait affecter les programmes de recherche sur la fusion et le plasma du MIT. Le bureau de science de l’énergie de fusion du ministère de l’Énergie est déjà moins bien financé que son homologue chinois, avec un ratio de 2:1.
La Chine a fait de la fusion nucléaire une priorité nationale et a récemment lancé China Fusion Energy Co (CFEC), une entreprise publique dotée d’un capital de 2,1 milliards de dollars. Une course est donc engagée entre CFEC et CFS pour être les premiers à produire de l’électricité à partir de la fusion, avec une échéance fixée à 2027. L’investissement massif de la Chine dans ce domaine pourrait lui donner un avantage décisif.
Dans son discours devant les Nations Unies, Donald Trump a réaffirmé son opposition aux énergies renouvelables, qualifiant le changement climatique de « plus grande arnaque jamais perpétrée ». Il a également souligné l’abondance des ressources énergétiques fossiles aux États-Unis, affirmant : « J’appelle ça du charbon propre et magnifique. » Cette position rend peu probable un soutien de l’administration Trump à l’énergie de fusion comme alternative aux combustibles fossiles.
Parallèlement, l’importance croissante des drones dans les conflits modernes est de plus en plus reconnue. L’invasion russe de l’Ukraine a mis en évidence la transformation des opérations militaires grâce à l’utilisation massive de drones, avec plusieurs millions d’unités produites et détruites chaque année. Cette nouvelle réalité remet en question la pertinence des alliances traditionnelles, comme Anzus, qui se concentrent sur des technologies moins adaptées aux conflits actuels.
La suprématie américaine au XXe siècle reposait sur son leadership dans des domaines clés tels que la fission nucléaire, le pétrole et le système financier international. Aujourd’hui, cette suprématie est menacée par l’émergence de la Chine, qui investit massivement dans les technologies de pointe, notamment les véhicules électriques, les batteries, les drones, les énergies renouvelables et l’intelligence artificielle. Si la Chine parvient à surpasser les États-Unis dans le domaine de la fusion nucléaire, sa position dominante sera assurée.
Le président chinois Xi Jinping s’est également adressé à l’ONU la semaine dernière, soulignant l’importance de la coopération internationale et critiquant l’« état d’esprit de la guerre froide » et l’hégémonie. Il a annoncé de nouveaux objectifs de réduction des émissions pour la Chine, tout en mettant en avant les investissements du pays dans les énergies renouvelables. Cependant, l’objectif de réduction des émissions fixé par la Chine pour 2035 est l’un des plus faibles au monde, ce qui suscite des interrogations sur son engagement réel en faveur de la lutte contre le changement climatique.
L’électrification de l’économie, notamment grâce à l’intelligence artificielle, est en train de transformer le paysage industriel et militaire. Doug McMillon, PDG de Walmart, a déclaré que l’IA allait « changer littéralement tous les emplois ». Le complexe industriel militaire américain est en train de se transformer en un « complexe technologique électrique », et la Chine est en train de prendre la tête de cette nouvelle révolution industrielle.
Alan Kohler est un présentateur et chroniqueur financier pour ABC News et un contributeur régulier à un investisseur intelligent.
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