Publié le 6 décembre 2025 19:23:00. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, envisage un durcissement de la notation au baccalauréat, mettant fin à certaines pratiques jugées trop indulgentes, une décision qui suscite déjà des inquiétudes quant à l’augmentation potentielle du taux d’échec.
- Le ministère souhaite supprimer les “coups de pouce” accordés aux élèves pour accéder aux repêchages.
- Un enseignant spécialiste de l’école critique cette approche, estimant qu’il faut s’attaquer aux causes profondes des difficultés scolaires.
- Si les critères de notation étaient alignés sur ceux d’il y a quarante ans, près de 40 % des élèves pourraient être renvoyés en Terminale.
Édouard Geffray a annoncé ce vendredi 5 décembre sa volonté de revoir en profondeur les règles d’évaluation du baccalauréat. L’objectif affiché est de renforcer l’exigence et de lutter contre une certaine forme de “lissage” des notes, notamment en mettant fin aux pratiques qui permettaient d’accorder des points supplémentaires aux élèves en difficulté, ou de ne pas sanctionner sévèrement les copies comportant de nombreuses fautes d’orthographe. Cette mesure vise à limiter l’accès aux repêchages, ces dispositifs permettant aux élèves proches du seuil de réussite de passer leur examen une seconde fois.
Cette annonce a suscité une réaction immédiate de Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste spécialiste de l’école. Au micro de RTL, il a exprimé son désaccord avec cette approche, estimant que le problème ne réside pas dans la sévérité de la notation, mais dans l’apprentissage de l’orthographe lui-même.
« Je ne le savais pas comique »,
Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste
Il souligne que les jeunes passent en moyenne seulement 12 minutes par jour à lire, contre 4 heures sur les réseaux sociaux, ce qui nécessite un effort de remobilisation complet.
Selon M. Brighelli, l’Education nationale préfère se concentrer sur les symptômes plutôt que sur les causes profondes des difficultés scolaires. Il met en perspective l’impact potentiel de cette nouvelle exigence en comparant le taux de réussite actuel à celui des années 1960. À cette époque, seulement un jeune sur dix obtenait le baccalauréat, selon l’Observatoire des inégalités.
Si les correcteurs appliquaient les mêmes critères de notation qu’il y a quarante ans, le taux de réussite actuel chuterait, selon M. Brighelli, à environ 60 %. Cela impliquerait un taux de redoublement en Terminale de 40 %, une situation logistiquement difficile à gérer pour les établissements scolaires, qui manqueraient de places et de professeurs pour accueillir un tel afflux d’élèves.
« On n’a pas les profs non plus pour enseigner à 40% de redoublants, et de surcroît, je ne sais pas si beaucoup de parents accepteraient. »
Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste
Lors de la session du baccalauréat de juin 2025, le taux de réussite global s’élevait à 91,8 % en France, atteignant 94,4 % pour le bac général, selon le ministère de l’Éducation nationale. La question de l’exigence et de l’équité dans l’évaluation reste donc au cœur des débats sur l’avenir du système éducatif français.
