Home Affaires“Si vous ne me donnez pas d’argent, vous me donnez du travail ou une formation”

“Si vous ne me donnez pas d’argent, vous me donnez du travail ou une formation”

by Amélie Bernard

Publié le 11 janvier 2026 09h30. Derrière le succès de la Fondation Fenômenos, créée par l’ancien footballeur Ronaldo, se cache une stratégie rigoureuse et une vision claire portée par Celina Locks, sa présidente : transformer une œuvre caritative en une organisation efficace et pérenne, axée sur l’impact social et l’autonomie.

  • Celina Locks a restructuré la Fondation Fenômenos en adoptant une approche managériale, avec un conseil d’administration de professionnels bénévoles et une logique de création de surplus pour maximiser l’impact des projets.
  • La fondation privilégie une approche pragmatique des partenariats, exigeant un engagement concret des marques au-delà des simples dons financiers.
  • L’objectif principal est de créer des opportunités durables et de rapprocher les donateurs des bénéficiaires, en mettant l’accent sur l’observation directe des résultats sur le terrain.

Celina Locks (Curitiba, Brésil, 1990) ne se laisse pas facilement envahir par le doute. « J’ai un esprit analytique, mais je prends mes décisions par intuition », confie-t-elle. Cette combinaison d’analyse et d’instinct guide sa manière d’appréhender le monde. À ses côtés, Ronaldo Nazário (Itaguaí, Brésil, 1976) écoute attentivement et acquiesce. « Elle s’implique dans tout », souligne-t-il. « Tout passe par elle. » Cette dynamique entre les deux n’est pas purement symbolique, elle est opérationnelle. Ils partagent une vie commune, mais aussi un projet ambitieux qui exige des décisions constantes, des arbitrages, une gestion financière rigoureuse et un jugement éclairé. « Je suis le président d’honneur, mais c’est elle qui mène », explique Ronaldo, non pas par ironie ou fausse modestie, mais en décrivant une structure qui fonctionne réellement.

Les premières années de la Fondation Fenômenos (créée en 2010 par l’ancien footballeur) ont été marquées par des difficultés financières. « À la fin de chaque année, c’était toujours à moi de trouver les moyens de boucler les comptes », se souvient Ronaldo. Ce modèle était épuisant. Dès son arrivée à la présidence, Celina Locks a entrepris une analyse approfondie de la gestion, comme s’il s’agissait d’une entreprise. « Nous évoluons dans le secteur associatif, explique-t-elle, mais nous devons l’aborder avec les méthodes d’une entreprise, en recherchant l’excellence dans tous les domaines. » Cette analyse a conduit à une réorganisation basée sur des processus clairs, la mise en place d’un conseil d’administration composé de professionnels expérimentés travaillant bénévolement, et une logique simple mais exigeante : générer un excédent pour pouvoir donner davantage.

« Tout ce que nous récoltons est intégralement destiné à nos projets. »

Celina Locks

Celina Locks insiste sur ce point : tous les fonds collectés sont entièrement affectés aux projets de la fondation. Les coûts de fonctionnement (locaux, personnel, frais généraux) sont assurés par d’autres sources de financement, afin de garantir que la fondation ne dépende pas d’un don ponctuel, mais d’un système durable. Même les partenariats avec les marques sont abordés avec ce pragmatisme. « Si vous ne pouvez pas nous donner d’argent, vous devez nous offrir autre chose », explique Celina Locks. « Des objets à mettre aux enchères, des stages, des opportunités d’emploi. Je suis persistante, voire entêtée, jusqu’à ce que j’obtienne ce que je veux », ajoute-t-elle avec un sourire.

Cette rigueur financière s’accompagne d’une éthique forte. Celina Locks privilégie une approche empathique, cherchant à aider ceux qui sont prêts à s’aider eux-mêmes, à créer de véritables opportunités sans imposer de solutions toutes faites. Elle veille également à éviter que la philanthropie ne se transforme en un exercice de communication ou de simple exhibition. « Je pense toujours à notre position privilégiée », explique-t-elle, « mais aussi à la manière dont nous pouvons permettre aux donateurs de voir concrètement l’impact de leurs dons sur la vie de ceux qui en ont besoin. Car parfois, la réalité est trop lointaine, et je cherche à la rendre plus tangible. » C’est pourquoi elle insiste pour que les donateurs se rendent sur le terrain et constatent par eux-mêmes les résultats des projets. « Si je vous raconte beaucoup de choses, vous ne me croirez peut-être pas. Mais si vous voyez, vous y croirez. Il est essentiel que les gens voient le changement. »

Des initiatives comme l’Institut Peralta illustrent cette approche concrète. L’institut cesse d’être une simple idée et devient une expérience vécue. À Peraltas, Gustavo, 23 ans, dernier lauréat de l’Académie Fenômenos, témoigne de l’impact du programme. Il vit à Itaim Paulista, un quartier défavorisé de l’est de São Paulo, marqué par la précarité et la violence. Ayant grandi dans un environnement difficile, il a appris très tôt à éviter les drogues. Grâce au prix qu’il a reçu, il a pu développer un club de basket local, offrant un refuge et un espoir aux adolescents de son quartier. L’argent permettra de consolider le projet, d’élargir les ressources et de maintenir une activité qui offre un sentiment d’appartenance essentiel.

« Lors des visites, on comprend qu’aider ne se limite pas à une action ponctuelle », résume Celina Locks. « Il s’agit de donner aux gens les moyens de progresser. »

La visibilité de ce travail s’est concentrée, ces deux dernières années, autour d’une semaine d’événements à São Paulo. Le gala annuel constitue la principale source de financement (plus de deux millions d’euros ont été collectés), grâce à une vente aux enchères d’expériences exclusives, allant de la participation à un défilé Dolce & Gabbana à un week-end dans un château français, ainsi que d’autres objets et expériences offerts pour l’occasion. Après le gala, la collecte de fonds se poursuit pendant trois jours avec le tournoi de tennis Galacticos, organisé au domicile du couple. Ce format prolonge l’élan initial et renforce l’idée de continuité. Il ne s’agit pas d’une soirée isolée, mais d’une séquence d’événements destinée à assurer la pérennité des activités de la fondation tout au long de l’année.

Celina Locks ne considère pas l’inégalité comme une abstraction, mais comme une réalité quotidienne qu’elle observe et mesure. « Elle est présente dans toute la société brésilienne : race, genre, éducation, pauvreté », explique-t-elle. « Imaginez : j’ai ma voiture, j’ai la climatisation. Dehors, des gens sont entassés dans les transports en commun, effectuant trois ou quatre trajets pour se rendre au travail. Ce n’est pas une vie. » Réduire ces inégalités, selon elle, implique de rapprocher les opportunités : permettre aux gens de travailler dans leur propre communauté, de retrouver du temps et de la dignité.

Les réalités les plus difficiles auxquelles la Fondation Fenômenos est confrontée touchent souvent les femmes et les enfants. Des femmes victimes de violences conjugales, de violences sexuelles, des vies brisées par le trafic de drogue. « Ce sont des zones où l’on vit avec la violence à l’extérieur et à l’intérieur », explique Celina Locks. « Des femmes qui étaient au bord du suicide parce qu’elles n’avaient personne pour les protéger. » Et aussi des enfants qui n’ont jamais connu l’affection. Changer ces vies n’est pas un processus rapide, mais c’est là que réside le sens le plus profond de son engagement.

Cet engagement se traduit également par des choix concrets en matière de recrutement. En 2021, Celina Locks a créé Celina Locks Beauty, sa propre marque de cosmétiques, où travaillent exclusivement des femmes, dont certaines ont bénéficié du soutien de la fondation. « Cela ne signifie pas exclure les hommes », précise-t-elle. « Il s’agit de restituer une partie de ce qui nous a été enlevé pendant de nombreuses années. » La même logique s’applique à la structure de la Fondation Fenômenos : la directrice, la coordinatrice de l’impact social, la coordinatrice des projets, la responsable financière et la responsable marketing et des réseaux sociaux sont toutes des femmes. « La majorité d’entre nous sommes des femmes », souligne-t-elle. « Et c’est aussi une décision. »

Celina Locks n’hésite pas à être identifiée comme « l’épouse de ». « Je suis fière d’être la femme de Ronaldo », affirme-t-elle. Non pas comme une étiquette réductrice, mais comme une alliance valorisante. Dans son cas, cette position n’a pas consisté à s’effacer, mais à en faire une plateforme d’action. Forte de chiffres, de méthode et d’une intuition aiguisée, elle s’efforce de changer la vie des autres.

Celina porte une chemise et un pantalon Max Mara et des chaussures Alexandre Birman. Ronaldo, maillot et pantalon Giorgio Armani et chaussures Office ReserveUxío Da Vila

Mes coups de cœur

Le petit-déjeuner idéal : Pão de queijo (pain au fromage). J’adore.

Un cosmétique indispensable : Gloah, la marque de Celina Locks Beauty lancée en 2021.

Son sac préféré : Le Loewe Arizona vintage.

Pour danser… Girls Just Want to Have Fun de Cyndi Lauper.

Photographie : Uxío da Vila. Stylisme : Gabriel Fernandes et Julia Moraes (GaJu Stylisme). Coiffure et maquillage : Jana Moraes

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