Publié le 2025-12-05 22:19:00. Une étude norvégienne révèle des marqueurs épigénétiques spécifiques au sexe, détectables dès la naissance, qui pourraient améliorer le diagnostic précoce du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), en particulier chez les femmes.
- Des différences épigénétiques significatives existent entre les hommes et les femmes concernant les symptômes d’inattention liés au TDAH.
- L’analyse de la méthylation de l’ADN dans le sang du cordon ombilical permet d’identifier ces marqueurs potentiels.
- Aucun chevauchement n’a été constaté entre les marqueurs identifiés chez les hommes et les femmes, ni entre ceux liés à l’inattention et à l’hyperactivité/impulsivité.
Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est souvent sous-diagnostiqué chez les femmes, notamment celles qui présentent principalement des difficultés d’inattention. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs norvégiens, ouvre des perspectives prometteuses pour une détection plus précoce et plus précise de ce trouble, grâce à l’analyse de marqueurs épigénétiques présents dès la naissance.
L’équipe de recherche a réalisé une étude d’association à l’échelle de l’épigénome (EWAS) sur un large échantillon de 2 417 enfants participants à l’étude norvégienne sur la mère, le père et l’enfant (MoBa). L’étude a analysé la méthylation de l’ADN – un processus épigénétique qui peut modifier l’expression des gènes sans altérer la séquence d’ADN elle-même – dans le sang du cordon ombilical, un prélèvement facile et accessible. L’objectif était d’identifier des marqueurs spécifiques au sexe associés aux symptômes du TDAH.
Les résultats ont révélé 21 positions CpG (DMP) présentant une méthylation différentielle. De manière frappante, la majorité de ces positions (n = 13) étaient associées à des symptômes d’inattention exclusivement chez les femmes, et toutes présentaient des effets d’interaction sexuelle significatifs (valeur p corrigée <0,05). Aucun chevauchement n’a été observé entre les DMP ou les régions différentiellement méthylées (DMR) identifiées chez les femmes et les hommes. De plus, les signatures épigénétiques liées à l’inattention et à l’hyperactivité/impulsivité étaient largement distinctes.
Plusieurs gènes annotés, tels que PNPO, KDM5B et GABRP, ont été identifiés comme potentiellement impliqués dans ces différences épigénétiques. Ces gènes jouent un rôle reconnu dans la neurotransmission et le neurodéveloppement, suggérant des mécanismes biologiques plausibles reliant les marqueurs épigénétiques aux symptômes du TDAH.
« Nos résultats démontrent que le profil épigénétique périphérique à la naissance associé au TDAH ultérieur est remarquablement différent entre les sexes », soulignent les auteurs de l’étude. Ils insistent sur l’importance d’analyses stratifiées selon le sexe et suggèrent que les marqueurs épigénétiques périphériques pourraient constituer des outils précieux pour le développement de méthodes de dépistage précoce du TDAH.
Les données récapitulatives de l’EWAS seront disponibles gratuitement sur Zenodo.org dès la publication de l’étude.
Déclaration d’intérêts concurrents
Les auteurs n’ont déclaré aucun intérêt concurrent.
Déclaration de financement
L’étude de cohorte norvégienne sur la mère, le père et l’enfant est soutenue par le ministère norvégien de la Santé et des Services de soins et le ministère de l’Éducation et de la Recherche. Cette recherche fait partie de la collaboration HARVEST, soutenue par le Conseil de la recherche de Norvège (subvention 229624). Le Centre norvégien de recherche sur les troubles mentaux (NORMENT) a fourni des données sur le génotype, financées par le Conseil norvégien de la recherche (subvention 223273), les autorités sanitaires du sud-est de la Norvège et Stiftelsen Kristian Gerhard Jebsen. Le Centre de recherche sur le diabète de l’Université de Bergen a fourni des données génotypiques financées par le projet ERC AdG SELECTionPREDISPOSED, Stiftelsen Kristian Gerhard Jebsen, la Fondation Trond Mohn, le Conseil norvégien de la recherche, la Fondation Novo Nordisk, l’Université de Bergen et les autorités sanitaires de Norvège occidentale. Nous remercions le Dr Stephanie London pour ses commentaires sur une version précédente du manuscrit. Les auteurs souhaitent remercier le soutien du Conseil norvégien de la recherche (RCN) (273291, 273446) et des subventions de l’Espace économique européen et de la Norvège (EEA-RO-NO-2018-0573). Ce travail a été réalisé sur les installations TSD (Tjeneste for Sensitive Data), propriété de l’Université d’Oslo, exploitées et développées par le groupe de services TSD de l’Université d’Oslo, Département informatique (USIT) (tsd-drift{at}usit.uio.no).
Déclarations de l’auteur
Les auteurs confirment que toutes les directives éthiques pertinentes ont été suivies et que toutes les approbations nécessaires de l’IRB et/ou du comité d’éthique ont été obtenues. L’Agence norvégienne de protection des données et les comités régionaux d’éthique de la recherche médicale et sanitaire ont approuvé la création du MoBa et la collecte initiale de données. Les mères participantes ont fourni un consentement éclairé écrit. L’étude MoBa est réglementée par la loi norvégienne sur le registre de la santé. L’étude actuelle a été approuvée par les comités régionaux d’éthique de la recherche médicale et sanitaire (REK 2018/1898). Les auteurs confirment également que tous les consentements nécessaires des patients/participants ont été obtenus et que les identifiants des patients/participants/échantillons inclus n’étaient connus de personne en dehors du groupe de recherche.