Sobi, une société pharmaceutique suédoise, va acquérir la startup américaine Arthrosi Therapeutics pour 950 millions de dollars afin de renforcer son portefeuille de traitements contre la goutte. Cette acquisition permettra à Sobi de proposer une nouvelle approche thérapeutique pour cette affection articulaire courante, avec un médicament potentiel utilisable dès les premiers stades de la maladie.
La goutte, caractérisée par des douleurs et une inflammation causées par des cristaux d’acide urique dans les articulations, touche environ 8,3 millions de personnes aux États-Unis. Le traitement standard, l’allopurinol, date des années 1960 et ne donne pas toujours de résultats satisfaisants. Une alternative, le fébuxostat (Uloric) de Takeda Pharmaceutical, présente des risques cardiovasculaires importants et sera retiré du marché fin mars, bien que des génériques soient disponibles. Un troisième traitement, le Krystexxa d’Amgen, peut entraîner une perte d’efficacité due au développement d’anticorps.
Arthrosi Therapeutics développe le pozdeutinurad, une molécule orale destinée à inhiber URAT1, une protéine rénale qui favorise la réabsorption de l’acide urique. En bloquant URAT1, ce médicament vise à augmenter l’élimination de l’acide urique par les reins, réduisant ainsi sa concentration dans l’organisme. Des essais de phase 2 ont montré une diminution durable des taux d’acide urique et une dissolution des tophi, ces dépôts cristallins douloureux.
Sobi dispose également d’un candidat médicament contre la goutte, la pégadricase (NASP), actuellement en cours d’examen par la FDA. Il s’agit d’une version modifiée de l’uricase, une enzyme qui décompose l’acide urique, associée à un immunosuppresseur pour réduire le risque de réaction immunitaire. Une décision de la FDA est attendue fin juin. Selon Sobi, le pozdeutinurad d’Arthrosi complète parfaitement la NASP : le premier pourrait être utilisé comme traitement de deuxième intention, tandis que le second serait réservé aux cas les plus sévères.
« L’acquisition d’Arthrosi nous permet d’enrichir notre portefeuille de produits contre la goutte avec un atout très différenciant », a déclaré Guido Oelkers, président-directeur général de Sobi, dans un communiqué. « Le pozdeutinurad a le potentiel de devenir le traitement de choix pour les patients atteints de goutte évolutive présentant des symptômes persistants et non résolus malgré un traitement de première intention. »
La concurrence dans ce domaine s’intensifie. La startup Crystalys Therapeutics a levé 205 millions de dollars pour financer des essais cliniques de phase 3 de son propre inhibiteur d’URAT1, le dotinurad. Arthrosi avait quant à elle levé 153 millions de dollars en octobre pour financer les essais de phase 3 du pozdeutinurad. Outre le paiement initial de 950 millions de dollars, Arthrosi pourrait recevoir jusqu’à 550 millions de dollars supplémentaires en fonction de l’atteinte de certains objectifs.
Sobi, initialement spécialisée dans les maladies rares, a réalisé un chiffre d’affaires de 26 milliards de couronnes suédoises (environ 2,7 milliards de dollars) en 2024, principalement dans les domaines de l’hématologie et de l’immunologie. L’acquisition d’Arthrosi marque une diversification vers une pathologie plus répandue.
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