Publié le 30 octobre 2025 à 08h51. Les forces russes intensifient leur offensive sur Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine, dans une bataille qui pourrait devenir la plus importante conquête russe depuis deux ans, au prix de lourdes pertes des deux côtés.
- Les combats font rage au cœur de Pokrovsk, avec des soldats russes progressant dans la ville minière.
- Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné la gravité de la situation, signalant un rapport de forces déséquilibré en faveur de la Russie (huit attaquants pour un défenseur).
- La prise de Pokrovsk revêt une importance symbolique pour le Kremlin, qui cherche à présenter des victoires sur le champ de bataille pour influencer les négociations.
Après la quasi-destruction de Bakhmout en 2023, Pokrovsk pourrait bien connaître le même sort. Les forces russes tentent de percer les lignes de défense ukrainiennes dans cette ville située à environ une heure au sud-ouest de Bakhmut, dans la région industrielle de Donetsk. Des blogueurs militaires ukrainiens et russes font état d’une présence croissante de soldats russes dans le centre-ville, où des combats de rue acharnés ont lieu, perturbant les lignes d’approvisionnement ukrainiennes grâce à l’utilisation de drones et de mortiers, selon le blog militaire ukrainien « DeepState ».
Volodymyr Zelensky a reconnu la situation précaire, déclarant :
« Le nombre d’attaquants est huit fois supérieur à celui des défenseurs. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
L’Institut américain d’études sur la guerre (ISW) estime, dans un rapport, qu’une défaite ukrainienne n’est pas imminente, mais que les civils restants sont en danger, la Russie ayant ciblé les voies d’évacuation. L’expert militaire Nico Lange, de la Conférence de Munich sur la sécurité, souligne sur Bluesky qu’il pourrait y avoir « encore plusieurs mois de combats très coûteux pour la Russie ».

Malgré la résistance ukrainienne, la défense de Pokrovsk semble de plus en plus difficile à tenir. L’expert militaire Gustav Gressel a souligné la situation critique des troupes ukrainiennes sur le front qui s’étend sur Pokrovsk, un secteur qui mobilise des forces importantes depuis longtemps. Il a également mis en garde contre la diminution constante des effectifs de l’armée ukrainienne, une force déjà confrontée à une pénurie de soldats.
La ville ne semble plus jouer un rôle crucial dans le transport de fournitures vers le front sud-est, les routes d’approvisionnement étant désormais contrôlées par les Russes. Même en tant que ville fortifiée, Pokrovsk a perdu de son importance stratégique, comme l’a souligné Gressel sur « ZDF » cet été.
L’Ukraine a établi des positions défensives en retrait, avec des tranchées et des mines, où elle pourrait se replier en cas de chute de Pokrovsk. Des experts de Black Bird Group, une société d’analyse finlandaise, ont également conclu qu’il aurait été préférable pour l’Ukraine d’abandonner la ville plus tôt, car plus le temps passe, plus il devient difficile de se retirer, selon cet article.
Pour le Kremlin, la prise de Pokrovsk revêt une importance symbolique considérable. Le chef de l’armée, Valery Gerasimov, a affirmé à Vladimir Poutine que plus de 5 000 soldats ukrainiens avaient été encerclés, une affirmation non corroborée par l’ISW. L’ISW souligne que ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie de guerre cognitive du Kremlin visant à présenter une victoire russe comme inévitable, afin de contraindre l’Ukraine et l’Occident à céder aux exigences russes, comme le détaille ce point de situation du 26 octobre.
La situation à Pokrovsk est donc inextricablement liée à la dynamique politique mondiale. Les tentatives du président américain Donald Trump de négocier un cessez-le-feu avec Poutine, ainsi que les nouvelles sanctions américaines, se heurtent à la poursuite des attaques russes sur le champ de bataille et contre la population civile ukrainienne. La propagande médiatique est un élément clé de cette stratégie, chaque succès revendiqué par la Russie étant utilisé comme une arme rhétorique. La prise de Pokrovsk, si elle se concrétisait, représenterait un gain significatif dans cette guerre de l’information. (avec dpa)
