Publié le 5 décembre 2025 à 18h00. De plus en plus de personnes se sentent dépassées par le stress et l’anxiété. Selon une psychiatre néerlandaise, la clé du bien-être mental pourrait se trouver dans un lieu inattendu : notre flore intestinale.
On estime que près d’un adulte sur cinq aux Pays-Bas souffre de troubles psychologiques. Parallèlement, environ deux millions de Néerlandais sont confrontés à des problèmes digestifs. Une coïncidence ? Probablement pas, selon Iris Sommer, psychiatre et professeure à l’UMC Groningen.
« Nous avons souvent tendance à chercher les causes de notre mal-être dans nos emplois du temps surchargés ou dans notre psychologie, mais il faut regarder un peu plus bas », explique-t-elle dans le journal De Morgen. Notre santé mentale et la composition de notre flore intestinale sont intimement liées. En réalité, notre estomac influence grandement nos émotions.
L’échelle de corde vers votre cerveau
« Nous nous considérons souvent comme des êtres dotés d’un esprit supérieur, mais nous sommes en réalité des écosystèmes ambulants », souligne Iris Sommer dans son ouvrage Les bactéries et le cerveau. Nos intestins abritent environ 100 millions de cellules nerveuses, ce que l’on appelle parfois notre « deuxième cerveau ». Ce système communique directement avec le cerveau via le nerf vague.
Considérez le nerf vague comme une échelle de corde. En situation de stress, le cerveau signale à l’intestin de ralentir la digestion (d’où les maux de ventre). Mais le processus fonctionne également dans l’autre sens. Les bactéries intestinales produisent des substances qui influencent le cerveau par le biais de cette même « échelle ». Elles sont impliquées dans la production d’hormones du bonheur comme la sérotonine et la dopamine. Une flore intestinale déséquilibrée peut donc perturber la production de ces neurotransmetteurs, augmentant la vulnérabilité à la dépression et à l’anxiété.
Du tonneau de choucroute aux épinards surgelés
Pourquoi sommes-nous si sensibles au stress aujourd’hui ? Iris Sommer attribue cela à notre mode de vie moderne. « Autrefois, nous avions de grands tonneaux dans nos caves : un rempli de choucroute, un autre de haricots verts. Des aliments fermentés riches en bactéries lactiques », se souvient-elle. « Aujourd’hui, nous consommons des feuilles d’épinards stériles sorties du congélateur. »
En raison de l’alimentation transformée, des antibiotiques et des pesticides, notre système immunitaire est constamment en état d’alerte. Une flore intestinale déséquilibrée (par exemple, en consommant beaucoup de viande ou de sucre) peut déclencher une réponse inflammatoire, entraînant un « comportement malade » : fatigue, repli sur soi et envie de rester allongé sur le canapé. Des symptômes que l’on associe souvent au burn-out ou à la dépression.
Rendez votre cerveau à nouveau heureux (3 conseils)
La bonne nouvelle ? Il est plus facile d’influencer vos intestins que votre cerveau. Une alimentation saine peut aider à restaurer l’équilibre entre votre flore intestinale et votre santé mentale. Iris Sommer propose trois conseils concrets :
1. Cuisinez les pommes de terre avec la peau
Évitez les purées de pommes de terre préparées à partir de flocons. Préparez vos pommes de terre vous-même, avec la peau. « Les bonnes bactéries apprécient cela », explique Sommer. Les fibres de la peau servent de prébiotiques, c’est-à-dire de nourriture pour les habitants de votre intestin.
2. Évitez les additifs
Les conservateurs sont conçus pour tuer les bactéries afin de prolonger la durée de conservation des aliments. Ils ont le même effet dans votre estomac : ils éliminent vos bonnes bactéries. Cuisinez donc autant que possible avec des ingrédients frais et évitez les produits transformés.
3. Privilégiez le poisson à la viande
La viande – en particulier la viande rouge – peut être perçue par votre système immunitaire comme une « lésion tissulaire », ce qui déclenche une légère réponse inflammatoire. Les personnes qui consomment beaucoup de poisson sont moins susceptibles de développer des maladies telles que la maladie d’Alzheimer. Cela pourrait être dû aux acides gras sains qu’il contient et au fait qu’elles consomment moins de viande.
Le caca comme médicament du futur ?
La recherche ne s’arrête pas là. Alors qu’aujourd’hui, on prescrit des antidépresseurs, l’avenir pourrait voir l’utilisation de gélules contenant… des matières fécales. Les greffes de selles ont déjà montré des résultats prometteurs dans des études animales, même en cas de vieillissement et de perte de mémoire. « On raconte des histoires où l’on rajeunit en buvant du sang vierge », plaisante Sommer. « Mais je pense que l’on aurait surtout besoin de matières fécales vierges. »
En attendant, le conseil reste simple : prenez soin des habitants de votre estomac, et ils vous apporteront la tranquillité d’esprit.
