Publié le 6 décembre 2025 à 03:42:00. L’opposition espagnole, menée par le Parti Populaire (PP), interroge le gouvernement de Pedro Sánchez sur les concessions potentielles faites au Maroc suite à la récente réunion bilatérale de haut niveau, notamment concernant la gestion de l’espace aérien au-dessus du Sahara occidental et les questions migratoires.
- Le PP s’inquiète d’un déséquilibre de pouvoir dans les négociations avec Rabat, renforcé par le soutien international à la proposition marocaine pour le Sahara occidental.
- L’opposition demande des éclaircissements sur d’éventuelles cessions de contrôle de l’espace aérien au Maroc et sur les consultations menées avec les partenaires européens et de l’OTAN.
- Les sénateurs du PP souhaitent connaître les garanties offertes par le Maroc concernant le respect des engagements pris et la résolution des différends territoriaux et commerciaux.
La récente rencontre au sommet entre le gouvernement espagnol et le Maroc, qui s’est conclue par une déclaration conjointe de vingt-trois pages sans conférence de presse, a ravivé les tensions au sein de l’opposition espagnole. Le Parti Populaire (PP) a déposé une série de questions écrites au gouvernement, exprimant une profonde méfiance envers la politique étrangère menée par le ministre José Manuel Albares.
Selon le PP, le Maroc se positionne comme le partenaire dominant dans les relations bilatérales avec Madrid, une situation exacerbée par la reconnaissance internationale croissante du plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, notamment le changement de position de l’Espagne en 2022. Ce revirement, qui a rompu avec 46 ans de consensus en faveur d’un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui, avait été annoncé le 18 mars 2022 par le biais d’une lettre du Premier ministre Pedro Sánchez au roi Mohammed VI.
Ce changement de cap intervient après la crise migratoire de mai 2021, marquée par l’entrée massive de migrants à Ceuta, sans intervention des autorités marocaines, en réponse à l’accueil du chef du Front Polisario, Brahim Gali, dans un hôpital de Logroño pour y recevoir des soins liés à la Covid-19. L’opposition avait alors interprété la décision de Sánchez comme une capitulation face au chantage marocain – souveraineté sur le Sahara en échange d’un contrôle des flux migratoires – et observe depuis avec scepticisme toute initiative impliquant le royaume alaouite.
Les sénateurs du PP demandent notamment au gouvernement de préciser s’il envisage de céder tout ou partie de la gestion de l’espace aérien au-dessus de l’ancienne colonie espagnole, actuellement géré par l’Espagne via la région d’information de vol des îles Canaries. Ils souhaitent également savoir si les partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN ont été consultés à ce sujet.
Au-delà de l’espace aérien, le PP s’interroge sur les garanties offertes par le Maroc pour respecter ses engagements, la résolution des controverses concernant la délimitation des eaux entre les îles Canaries et le Sahara, ainsi que le différend sur le mont sous-marin Tropique, riche en minéraux stratégiques essentiels à la transition énergétique. L’opposition souhaite également des éclaircissements sur le fonctionnement des douanes commerciales convenues à Ceuta et Melilla, et sur les mesures prises pour empêcher Rabat de les utiliser comme levier de pression économique. Enfin, le PP demande comment le gouvernement compte répondre aux déclarations des autorités marocaines contestant la souveraineté espagnole sur les deux villes autonomes et comment il garantira que l’immigration ne soit pas instrumentalisée à des fins politiques.
La réunion de haut niveau de cette semaine s’est soldée par un communiqué de presse et une déclaration écrite commune, sans la participation des journalistes.
