Publié le 16 janvier 2026. L’image de la schizophrénie est de plus en plus façonnée par des actes de violence isolés, alimentant des préjugés tenaces malgré les études qui nuancent ce lien. Une analyse des perceptions et des données statistiques révèle une réalité complexe, où la stigmatisation reste un défi majeur.
- Environ 60 % des personnes interrogées associent directement la schizophrénie à la violence.
- Des études montrent que les personnes atteintes de schizophrénie présentent un risque accru de commettre des crimes violents, mais ce risque reste relativement faible.
- Un traitement approprié et un soutien social peuvent réduire significativement le risque de violence chez les personnes schizophrènes.
L’affaire survenue à Aschaffenburg en janvier 2025 a profondément marqué les esprits. Un individu en crise psychotique a attaqué une garderie, causant la mort d’un enfant de deux ans et d’un passant de 41 ans qui tentait de l’arrêter. Plusieurs autres personnes ont été grièvement blessées. L’auteur, dont l’état mental a été jugé incompatible avec un procès, a été placé en hôpital psychiatrique. Selon ses propres dires, il était soumis à des hallucinations l’incitant à commettre l’irréparable.
Pour beaucoup, cet événement tragique a constitué une première prise de contact avec la schizophrénie, renforçant l’idée fausse que la violence est inhérente à cette maladie. Or, les experts soulignent que les facteurs sociaux et environnementaux jouent un rôle crucial dans la vulnérabilité des personnes atteintes de schizophrénie. Une étude menée par le laboratoire pharmaceutique TEVA révèle d’ailleurs l’ampleur de cette perception erronée : près des deux tiers des personnes interrogées établissent un lien direct entre schizophrénie et violence.
Ce que les études révèlent réellement
Si les études statistiques confirment une corrélation entre schizophrénie et actes violents, il est essentiel de nuancer cette relation. Une vaste étude de registre menée en Suède en 2014, et dirigée par Seena Fazel de l’Université d’Oxford, a révélé que les personnes atteintes de schizophrénie sont plus susceptibles d’être reconnues coupables de crimes violents que le reste de la population. Le risque relatif est jusqu’à sept fois plus élevé.
Cependant, ce chiffre ne signifie pas que la majorité des personnes schizophrènes sont violentes. Il s’agit d’une comparaison statistique : si environ une personne sur cent dans la population générale est condamnée pour un crime violent, ce chiffre s’élève à six ou sept pour cent pour les personnes atteintes de schizophrénie. De plus, ces données ne concernent que les condamnations pénales, et ne reflètent pas l’ensemble des comportements violents, dont certains ne sont jamais signalés.
« Il est plus probable que les personnes atteintes de schizophrénie soient elles-mêmes victimes de violence. Il est crucial de garder cela à l’esprit lorsque l’on aborde ce sujet. »
Seena Fazel, Université d’Oxford
Les facteurs aggravants et l’importance du traitement
Outre la maladie elle-même, d’autres facteurs contribuent au risque de violence chez les patients schizophrènes, notamment la consommation d’alcool ou de drogues, des antécédents de violence, le stress social et le sexe masculin. Ces facteurs augmentent également le risque de violence chez les personnes ne souffrant pas de schizophrénie.
Seena Fazel insiste sur un point essentiel : « La grande majorité des personnes atteintes de schizophrénie – malgré un risque accru – ne deviennent jamais violentes, et ce, tout au long de leur vie. » Un traitement adapté et un accompagnement social adéquat peuvent réduire considérablement ce risque.
16 janvier 2026 – Carolin Malmendier
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