Cinq ans après le lancement d’un vaste programme de prêts garanti par l’État pour soutenir l’économie suisse pendant la crise du Covid-19, des milliers d’entreprises peinent à honorer leurs dettes, laissant planer la menace de pertes considérables pour la Confédération.
Lors de la pandémie de 2020, le gouvernement fédéral, sous l’impulsion de l’alors conseiller fédéral Ueli Maurer, a mis en place un dispositif d’urgence permettant aux entreprises de solliciter des crédits allant jusqu’à 500 000 francs (environ 560 000 euros). Les banques ont ainsi distribué près de 138 000 prêts, pour un total de près de 17 milliards de francs (environ 19,3 milliards d’euros), avec la garantie de la Confédération.
À ce jour, 9,2 milliards de francs ont été remboursés, selon une analyse récente du Contrôle fédéral des finances (CDF). L’introduction d’un taux d’intérêt sur ces crédits en 2023 a encouragé certaines entreprises à accélérer le remboursement de leurs emprunts.
Cependant, la Confédération a déjà dû honorer ses garanties à hauteur d’environ 1,3 milliard de francs. Fin 2024, 65 015 crédits, représentant un montant total de plus de 6 milliards de francs, étaient encore en cours de remboursement.
Les banques sont tenues d’accorder un délai supplémentaire de six à douze mois aux entreprises en difficulté avant d’exiger le remboursement, afin d’éviter une vague de défauts de paiement. Malgré cette mesure, 68 millions de francs restent impayés, et ce montant devrait augmenter dans les prochains mois.
La Confédération anticipe des pertes estimées à 1,7 milliard de francs. Ueli Maurer avait déjà prévu un taux de défaut d’environ 10 % des crédits, une estimation qui semble se confirmer en l’absence d’une récession économique majeure.
Parallèlement, plus de 4 800 plaintes pénales ont été déposées suite à des cas suspects d’utilisation frauduleuse des aides. Sur les 17 000 cas signalés jusqu’à fin janvier, environ 13 300 ont été clos, mais plus de 3 000 procédures sont encore en cours et 1 800 cas ont été classés sans suite.
Des entreprises ont illégalement obtenu des crédits pour plus de 150 millions de francs. Les enquêtes révèlent que certains entrepreneurs ont utilisé ces fonds à des fins d’investissement plutôt que pour couvrir leurs pertes de revenus, tandis que d’autres ont falsifié leurs déclarations de chiffre d’affaires ou sollicité plusieurs fois des prêts.
Le Conseil fédéral avait assoupli les critères d’examen des demandes de prêts afin de répondre rapidement aux besoins de l’économie, en acceptant d’assumer les pertes potentielles. Cette approche a permis à environ un quart des entreprises suisses d’obtenir un crédit et de surmonter la crise sanitaire.