Publié le 2025-12-01 03:42:00. Des chercheurs ont identifié un type spécifique de cellule immunitaire cérébrale, la microglie, capable de protéger contre la maladie d’Alzheimer. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques visant à stimuler cette réponse protectrice.
- La microglie, cellule immunitaire du cerveau, peut jouer un rôle protecteur contre la maladie d’Alzheimer, en ralentissant l’accumulation de protéines toxiques.
- Ce type de microglie se caractérise par des niveaux plus faibles de la protéine PU.1 et une expression accrue de la protéine CD28.
- Les résultats suggèrent que la manipulation de l’activité microgliale pourrait constituer une nouvelle approche thérapeutique pour lutter contre la maladie d’Alzheimer.
Des études antérieures avaient déjà montré que les cellules immunitaires du cerveau, et plus particulièrement la microglie, pouvaient à la fois combattre les symptômes de la maladie d’Alzheimer et, paradoxalement, les aggraver en provoquant une inflammation. Une équipe internationale de scientifiques a donc cherché à comprendre comment ces cellules basculent entre ces deux états.
En utilisant des modèles murins de la maladie d’Alzheimer, les chercheurs, dirigés par Pinar Ayata, neuroscientifique à l’École de médecine Icahn, ont observé que lorsque la microglie s’approche des plaques amyloïdes – un marqueur caractéristique de la maladie – elle adopte un état de neuroprotection.
« La microglie n’est pas simplement une entité destructrice dans la maladie d’Alzheimer : elle peut devenir protectrice du cerveau », explique Anne Schaefer, neuroscientifique à l’Icahn School of Medicine de New York.
« Cette découverte étend nos observations antérieures sur la plasticité remarquable des états microgliaux et leurs rôles importants dans diverses fonctions cérébrales. »
Anne Schaefer, neuroscientifique, Icahn School of Medicine de New York
L’étude révèle que ce sous-type de microglie protectrice présente deux caractéristiques clés : des niveaux inférieurs de la protéine PU.1, déjà associée à la maladie d’Alzheimer, et une plus grande expression de la protéine CD28, un acteur majeur du système immunitaire. Les microglies associées à cette combinaison se sont avérées plus efficaces pour ralentir l’accumulation des plaques amyloïdes et limiter l’agrégation de la protéine tau, également impliquée dans la maladie d’Alzheimer. Des recherches antérieures avaient déjà mis en évidence des niveaux élevés de cette protéine chez les nouveau-nés.
Les chercheurs ont également constaté que l’inhibition de la production de CD28 chez la souris entraînait une prolifération de microglies nocives et pro-inflammatoires, ainsi qu’une augmentation des plaques amyloïdes. Ces résultats corroborent des études antérieures qui suggèrent que la maladie d’Alzheimer tend à se développer plus tardivement chez les individus présentant une prédisposition génétique à une expression plus faible de PU.1 dans certaines cellules.
« Ces résultats fournissent une explication mécaniste de la raison pour laquelle des niveaux inférieurs de PU.1 sont associés à un risque réduit de maladie d’Alzheimer », affirme Alison Goate, généticienne à l’École de médecine Icahn.
« Cela semble être une défense naturelle contre la maladie d’Alzheimer dans le cerveau, mais qui n’est clairement pas assez puissante pour arrêter complètement sa progression. »
Alison Goate, généticienne, École de médecine Icahn
La maladie d’Alzheimer est une maladie extrêmement complexe, impliquant de nombreux facteurs de risque. Un traitement efficace nécessitera probablement une approche ciblant plusieurs mécanismes. Les chercheurs envisagent désormais de développer des traitements capables d’augmenter la proportion de ce sous-type de microglie protectrice, tout en s’assurant que ces cellules fonctionnent de la même manière chez l’homme.
Cette recherche contribue également à une meilleure compréhension de l’interaction entre la maladie d’Alzheimer et le système immunitaire. Les microglies modifiées identifiées dans cette étude présentent des similitudes avec les cellules T qui circulent dans le reste du système nerveux.
« Cette découverte intervient à un moment où les lymphocytes T régulateurs sont de plus en plus reconnus comme des régulateurs majeurs de l’immunité, soulignant une logique partagée de régulation immunitaire entre les différents types de cellules », explique l’épigénéticien Alexandre Tarakhovsky de l’Université Rockefeller aux États-Unis.
« Cela ouvre également la voie à des stratégies immunothérapeutiques pour la maladie d’Alzheimer. »
Alexandre Tarakhovsky, épigénéticien, Université Rockefeller
Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Nature.
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