Publié le 2025-12-03 05:26:00. Une nouvelle étude de la Mayo Clinic démontre qu’un suivi numérique des symptômes et une prise en charge à distance peuvent significativement améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer et réduire les visites aux urgences.
- L’utilisation d’un système automatisé de suivi des symptômes intégré au dossier médical électronique (DME) diminue l’anxiété et la dépression chez les patients.
- Les patients participant à l’étude ont consulté les services de soins de courte durée (urgences, hospitalisations, soins intensifs) 40 à 60 % moins souvent.
- Cette approche permet d’étendre l’accès aux soins de soutien en oncologie avec des ressources limitées.
Pour de nombreux patients luttant contre le cancer, des symptômes tels que la douleur, l’anxiété ou les troubles du sommeil peuvent rapidement nécessiter une prise en charge d’urgence. Ces visites aux urgences représentent un fardeau financier et émotionnel important, tant pour les patients que pour leurs proches. Une équipe de chercheurs de la Mayo Clinic a exploré une solution innovante pour mieux gérer ces difficultés avant qu’elles ne deviennent critiques.
L’étude, menée entre 2019 et 2023 auprès de plus de 50 200 patients atteints de cancer dans 15 spécialités différentes de la Mayo Clinic, a mis en évidence l’efficacité d’un système de surveillance des symptômes facilité par le dossier médical électronique (DME), combiné à une intervention de soins collaboratifs à distance. Ce système, baptisé E2C2, permet aux patients de signaler régulièrement leurs symptômes via des questionnaires numériques.
« Notre objectif était ambitieux : déterminer si l’automatisation du suivi des symptômes et la prise en charge via le dossier médical électronique pouvaient améliorer la vie des patients sans augmenter la charge de travail des équipes d’oncologie. Nous avons constaté que cette approche atténuait non seulement des symptômes comme l’anxiété et la dépression, mais évitait également à des milliers de patients d’être hospitalisés. Cela démontre que la technologie peut nous aider à étendre efficacement la portée des soins. »
Andrea Cheville, directrice de l’étude, professeure de médecine physique et de réadaptation au Mayo Clinic Comprehensive Cancer Center
Becky Johnson, participante à l’essai E2C2, témoigne de l’impact positif de ce suivi personnalisé. Diagnostiquée avec un double cancer du sein en 2022 à l’âge de 40 ans, elle souffrait d’insomnie et d’anxiété. « Je passais mon temps à chercher des informations sur les traitements, le pronostic et les expériences d’autres patientes sur internet. Les stéroïdes que je prenais avant la chimiothérapie perturbaient également mon sommeil. J’en suis arrivée à un point où je me réveillais au milieu de la nuit et ne parvenais plus à me rendormir, ce qui affectait ma capacité à récupérer », explique-t-elle, directrice du programme d’échographie de la Mayo Clinic School of Health Sciences.
Grâce à l’essai, Mme Johnson a pu signaler ses troubles du sommeil via des questionnaires numériques. Une infirmière l’a rapidement contactée par téléphone et lui a prodigué des conseils pour améliorer la qualité de son sommeil. Elle a également reçu un lien vers un cours en ligne, basé sur la thérapie cognitivo-comportementale, pour apprendre des stratégies de relaxation et de gestion du sommeil.
« Une consultation virtuelle ou téléphonique, surtout lorsque je n’avais pas de problèmes physiques aigus, était très pratique et efficace », souligne Mme Johnson. L’intervention a porté ses fruits et son sommeil s’est amélioré.
Le succès de cette approche repose sur des automatisations intégrées à Plummer Chart, le logiciel de gestion des dossiers médicaux électroniques de la Mayo Clinic. Le système trie automatiquement les réponses des patients. Les scores faibles sont simplement enregistrés, les scores modérés déclenchent l’envoi de conseils d’auto-soins, et les scores élevés alertent un responsable des soins à distance – une infirmière ou une assistante sociale – qui peut contacter le patient par téléphone ou par visioconférence.
Ce logiciel agit à la fois comme un régulateur de trafic automatisé et comme un filet de sécurité. Il permet aux équipes soignantes de se concentrer sur les patients nécessitant une expertise spécifique, tout en facilitant l’accès au soutien pour les patients qui en ont besoin, sans rendez-vous supplémentaires.
Les résultats de l’étude montrent que l’intégration de questionnaires et de réponses automatisées au DME rend les soins plus efficaces et améliore les symptômes des patients. Cette approche a été mise en œuvre avec seulement 2 à 3 gestionnaires de soins à temps plein et 20 % du temps d’un médecin pour accompagner plus de 50 000 participants.
« Les progrès que nous avons constatés sont encourageants et suggèrent une approche évolutive pour étendre les soins de soutien en oncologie au-delà des murs de la clinique, en allant au-devant des patients », conclut le Dr Cheville. « La prochaine étape consiste à rendre ces outils accessibles à toutes les équipes soignantes, afin qu’elles puissent atteindre efficacement chaque patient ayant besoin de soins de soutien. »
L’essai E2C2 a été financé par les National Institutes of Health, National Cancer Institute (NCI) dans le cadre du Cancer Moonshot℠ et s’est déroulé dans le cadre du consortium IMPACT du NCI. Consultez l’étude pour une liste complète des auteurs, des informations sur les conflits d’intérêts et les sources de financement.
