Belém, Brésil – Alors que s’achève la COP30 à Belém, les observateurs soulignent un tournant décisif : l’heure n’est plus aux promesses, mais à la mise en œuvre concrète des engagements climatiques. L’urgence d’agir avant de franchir des seuils irréversibles est au cœur des préoccupations, notamment pour les acteurs de la société civile.
Yamide Dagnet, vice-présidente senior internationale du Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), insiste sur le fait que cette conférence marque une transition cruciale. « Nous assistons à une COP qui se concentre de plus en plus sur la manière de faire les choses », explique-t-elle. « L’Accord de Paris a justement prévu des cycles d’amélioration quinquennaux, reconnaissant qu’une première tentative ne sera pas forcément parfaite, compte tenu des conséquences imprévues et des compromis nécessaires. »
Forte de son expérience passée de négociatrice et de son rôle actuel au sein du NRDC, une organisation environnementale internationale à but non lucratif, Dagnet est consciente de la complexité de la tâche. Elle souligne que les défis géopolitiques actuels et les priorités de développement des pays transforment cette COP en un enjeu à la fois climatique et socio-économique.
Pour réussir, l’action climatique doit être juste, inclusive et participative. Malgré le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, Dagnet observe une coopération internationale qui continue de progresser. « Cette COP a été marquée par une diplomatie active. Un seul pays s’est retiré de l’accord, et les autres restent globalement sur la bonne voie », affirme-t-elle.
La question du financement de l’adaptation et de la compensation des pertes et dommages liés au changement climatique est au centre des débats. Dagnet insiste sur la nécessité de mesurer les progrès grâce à des indicateurs précis, permettant de passer de l’évaluation des risques à la création d’opportunités et de valeur.
Cependant, elle met en garde contre l’idée que les gouvernements seuls peuvent relever ce défi. « Il faut l’engagement des institutions financières multilatérales et nationales, ainsi que des investissements privés », explique-t-elle. Elle note un changement d’attitude du secteur privé, qui commence à considérer le financement de l’adaptation non plus comme une dépense sans retour, mais comme un investissement rentable.
« Les compagnies d’assurance, les gestionnaires d’actifs, les fonds de pension, les entreprises et les PME réalisent qu’il est impératif de s’attaquer à l’adaptation. Nous devons amplifier et démontrer les économies potentielles grâce à l’adaptation », ajoute Dagnet.
L’emplacement de la COP30, en Amazonie, est particulièrement symbolique. La proximité de la plus grande forêt tropicale du monde souligne l’importance de valoriser la nature et d’attirer des financements pour renforcer la résilience des écosystèmes et des populations qui en dépendent.
Dagnet souligne également l’influence des lobbys de l’industrie des combustibles fossiles, qui voient l’Accord de Paris comme une menace pour leur modèle économique. Selon une analyse récente, plus de 1 600 lobbyistes représentant cette industrie ont eu accès à la COP30, soit un participant sur 25.
L’engagement des peuples autochtones, notamment des femmes, est également crucial. Dagnet a régulièrement échangé avec des figures comme Puyr Tembéla, Joenia Wapichana, Sonia Guajajara et Célia Xakriaba, soulignant l’importance de protéger ces gardiens de l’environnement et des droits humains, et d’amplifier leurs voix.
« Nous devons dialoguer de manière significative avec eux et aller au-delà du symbolisme », insiste-t-elle. « Personne ne doit être laissé pour compte, en particulier les femmes, les communautés locales et les peuples autochtones, qui doivent être acteurs des décisions, et non de simples sujets. »
Le NRDC intègre l’équité entre les sexes dans ses initiatives, comme en Inde, où l’organisation soutient l’accès des femmes à l’énergie propre et à des opportunités économiques, contribuant ainsi à améliorer leurs revenus, leur santé et leur leadership au sein de leurs communautés.
Enfin, le NRDC a lancé le projet FINI (Fostering Investable National Planning and Implementation) en partenariat avec le Centre de résilience climatique du Conseil atlantique, visant à mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2028 pour des projets d’adaptation et de résilience.
« Ces processus concernent avant tout les êtres humains », conclut Dagnet. « Nous ne devons jamais perdre notre humanité. Il ne doit pas y avoir une ‘COP du peuple’ opposée à une ‘COP des négociateurs’. Nous devons aborder la COP conjointement comme une conférence du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
