Publié le 7 janvier 2024 à 16h19. Pékin et Tokyo s’enfoncent dans une escalade commerciale, la Chine lançant une enquête sur les importations de dichlorosilane japonais et restreignant les exportations de biens à double usage, en réponse à des déclarations perçues comme une ingérence dans ses affaires concernant Taïwan.
- La Chine a ouvert une enquête antidumping sur le dichlorosilane, un gaz essentiel à la fabrication des semi-conducteurs, alléguant une baisse de 31 % de son prix en provenance du Japon entre 2022 et 2024.
- Pékin a interdit l’exportation de biens à double usage, susceptibles d’avoir des applications militaires, vers le Japon.
- Cette tension commerciale s’intensifie après des déclarations de responsables japonais sur Taïwan et alors que la Chine cherche à renforcer ses liens avec la Corée du Sud.
La Chine a intensifié sa pression économique sur le Japon en lançant une enquête sur les importations de dichlorosilane, un composant chimique crucial pour la production de semi-conducteurs. Le ministère chinois du Commerce justifie cette mesure par une baisse significative des prix, estimée à 31 % entre 2022 et 2024, qui, selon lui, porte atteinte à l’industrie nationale. Dans un communiqué, le ministère affirme que « le dumping des produits importés du Japon a porté atteinte à la production et au fonctionnement de notre industrie nationale ». Cette enquête intervient un jour après l’annonce de restrictions à l’exportation de biens à double usage, c’est-à-dire des produits pouvant servir à des fins civiles ou militaires, vers le Japon.
Cette escalade commerciale s’inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes entre Pékin et Tokyo. Le mécontentement chinois est palpable depuis l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, la nouvelle Première ministre japonaise, qui avait suggéré fin 2023 que son pays pourrait intervenir militairement si la Chine agissait contre Taïwan – une île démocratique que Pékin considère comme une province rebelle. Sanae Takaichi a ainsi suscité l’ire de Pékin.
L’incident impliquant Hei Seki, un législateur japonais sanctionné par la Chine pour ses prises de position sur Taïwan, a également exacerbé les tensions. M. Seki, également connu sous le nom de Yo Kitano, s’est rendu à Taïwan mardi et a qualifié l’île de pays indépendant, ce qui a provoqué une vive réaction de Pékin. Selon l’Agence centrale de presse de Taïwan, il a déclaré aux journalistes que sa visite démontrait la singularité de Taïwan. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a dédaigné ses propos, les qualifiant de « paroles désagréables d’un petit méchant qui ne valent pas la peine d’être commentées ».
Tokyo a appelé Pékin à lever ces restrictions commerciales, estimant qu’une mesure ciblant exclusivement le Japon est inacceptable et contraire aux pratiques internationales. Masaaki Kanai, chef des affaires Asie-Océanie au ministère japonais des Affaires étrangères, a exprimé ses préoccupations, mais pour l’heure, le Japon n’a pas annoncé de mesures de rétorsion.
Les observateurs s’interrogent sur la possibilité que la Chine cible également ses exportations de terres rares vers le Japon, une stratégie déjà employée dans le cadre de son différend commercial avec les États-Unis. Pékin contrôle une part importante de la production mondiale de ces minéraux essentiels, utilisés dans la fabrication d’aimants puissants pour des industries stratégiques telles que la défense et les véhicules électriques. Bien que le ministère du Commerce n’ait pas confirmé de nouvelles restrictions sur les terres rares, le journal officiel China Daily a rapporté, citant des sources anonymes, que Pékin envisageait de durcir ses contrôles sur les exportations de certains de ces minéraux. Ces restrictions pourraient rappeler celles imposées lors de la guerre commerciale avec les États-Unis.
Parallèlement à cette tension avec Tokyo, la Chine semble chercher à renforcer ses relations avec la Corée du Sud. Le président sud-coréen Lee Jae Myung a achevé mercredi une visite de quatre jours en Chine, sa première depuis son accession à la présidence en juin. Il a supervisé la signature d’accords de coopération dans des domaines clés tels que la technologie, le commerce, les transports et la protection de l’environnement. Cette visite a été marquée par la signature de 24 contrats d’exportation pour une valeur totale de 44 millions de dollars, selon le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et des Ressources. Les médias chinois ont également souligné que la Corée du Sud a dépassé le Japon en tant que destination privilégiée des voyages en provenance de Chine continentale pendant les vacances du Nouvel An, en partie en raison des avertissements chinois concernant la sécurité des citoyens chinois au Japon.
La Chine a déconseillé les voyages au Japon, invoquant les déclarations des dirigeants japonais sur Taïwan qui créent, selon Pékin, « des risques importants pour la sécurité personnelle et la vie des citoyens chinois au Japon ».
