Publié le 04 janvier 2026 à 15h04. Des influenceurs à Taïwan, soupçonnés de promouvoir les intérêts de Pékin, testent les limites de la liberté d’expression sur l’île, tandis que les autorités cherchent à contrer la propagande sans recourir à la censure.
À Taïpei, la capitale taïwanaise, l’influenceuse Su Heng critique ouvertement le gouvernement local, adoptant un discours favorable à Pékin et plaidant pour une unification pacifique avec le continent. Elle affirme que « personne ne veut que sa patrie soit détruite par la guerre » et estime que la gouvernance chinoise est « meilleure, plus stable, plus scientifique et plus logique ». Selon elle, il s’agit de son opinion personnelle, sans contrepartie financière.
Cependant, cette indépendance d’esprit est remise en question. Le bureau d’enquête du ministère de la Justice taïwanais (MJIB) considère ces influenceurs pro-Pékin comme un élément central de la « guerre cognitive » menée par la Chine. Le directeur adjoint de l’agence d’enquête, Sun Cheng-yi, explique que cela inclut « la diffusion de faux rapports, la propagande ciblée et l’atteinte à la confiance », dans le but de « changer la pensée et le comportement des gens en diffusant des informations fausses et déformées ». Des milliers de telles attaques sont recensées chaque année, justifiant la création d’un centre de recherche et de mesures dédié.
Pour Sun Cheng-yi, directeur adjoint de l’agence d’enquête, les influenceurs constituent une part importante de la propagande contrôlée par Pékin.
SRF / Samuel Emch
Bien que les activités de personnalités comme Su Heng ne soient pas illégales en soi, les autorités taïwanaises se concentrent sur la question du financement ou des instructions provenant de Pékin. Des mesures ne seront prises que si des preuves solides d’ingérence du Parti communiste chinois et de comportements illégaux sont établies, a précisé Sun, réaffirmant que « Taïwan est une société libre » où la parole et la pensée ne sont pas surveillées, sauf en cas d’activité illégale.
L’affaire de l’actrice et influenceuse Alexis Ho a récemment suscité l’indignation à Taïwan. Elle a révélé avoir reçu des propositions d’une agence chinoise pour réaliser des vidéos, à condition d’« adopter la bonne position politique ». Ho a refusé ces offres, mais son témoignage a révélé que d’autres influenceurs avaient également été sollicités.
Alexis Ho a rendu publiques des offres chinoises pour des vidéos de propagande, déclenchant une tempête d’indignation à Taiwan.
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Su Heng, l’influenceuse pro-Pékin, affirme ne pas être rémunérée par la Chine, mais diffuse son contenu sur les plateformes de médias sociaux chinoises. « Les revenus générés là-bas couvrent également nos dépenses à Taïwan », explique-t-elle. Elle emploie sept personnes grâce à ces revenus.
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La question pour les autorités taïwanaises est de savoir si l’État chinois est à l’origine de ces flux financiers, compte tenu du contrôle strict des médias sociaux en Chine continentale. Pour l’heure, il n’y a pas de réponse définitive. Taïwan s’efforce donc de contrer ces tentatives d’influence tout en préservant sa liberté d’expression.