Publié le 9 décembre 2025 à 10h04. Le gouvernement polonais envisage d’augmenter la taxation des gains aux jeux et paris, une mesure qui, selon des experts, risque de favoriser le marché noir et de fragiliser le financement du sport.
- Une augmentation de la « taxe sur le bonheur » de 10 % à 15 % est proposée pour augmenter les recettes de l’État.
- Des analystes mettent en garde contre une hausse de la zone grise, la fuite des recettes publiques et un affaiblissement du sport polonais.
- Le projet de loi a été transmis au président pour examen.
L’augmentation envisagée de la taxation des gains aux jeux et paris en Pologne suscite de vives inquiétudes. Si le gouvernement espère ainsi gonfler les caisses de l’État, des experts de l’Institut d’entreprise de Varsovie (WEI) préviennent que cette mesure pourrait avoir l’effet inverse, en poussant les joueurs vers des opérateurs illégaux et en portant préjudice au financement du sport.
Selon les données de H2 Gambling Capital, citées par le ministère des Finances, le marché des services de jeux en ligne sans licence en Pologne atteint déjà des proportions alarmantes, dépassant les 65 milliards de zlotys par an (environ 15 milliards d’euros). Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les jeux de hasard en 2017, plus de 323 milliards de zlotys (environ 75 milliards d’euros) ont été versés à des opérateurs illégaux.
Les experts estiment que l’État a déjà perdu au moins 8 milliards de zlotys (environ 1,85 milliard d’euros) de recettes fiscales à cause de ce marché noir. Piotr Palutkiewicz, vice-président du WEI, souligne que cette augmentation de la taxe ne concernera que les opérateurs et les joueurs légaux :
« Un joueur qui constate que 15 % sont déduits de ses gains supérieurs à 2 280 zlotys (environ 530 euros) et qu’il peut recevoir la totalité de ses gains sur des sites illégaux se tournera inévitablement vers la zone grise. L’État augmente les impôts là où il a le plus facilement accès, favorisant ainsi involontairement les opérateurs illégaux. »
Le registre national des domaines illégaux compte déjà plus de 50 000 adresses, alors qu’il n’existe qu’une vingtaine d’opérateurs légaux, dont un seul casino en ligne agréé. Toute imposition supplémentaire ne ferait qu’accroître l’avantage des entités illégales, qui ne paient pas d’impôts et proposent des gains non imposables.
Jeux illégaux et capital russe : un outil de blanchiment d’argent ?
L’Institut d’entreprise de Varsovie met également en lumière un aspect plus préoccupant. Selon ses analyses, de nombreuses plateformes de casino illégales opèrent via des juridictions offshore telles que Curaçao, Panama ou les îles Marshall, mais leurs propriétaires réels pourraient être liés à des capitaux russes.
Andrzej Strojny, analyste au WEI, met en garde :
« Toute augmentation de la charge fiscale pesant sur les opérateurs légaux est une nouvelle étape vers le renforcement de la zone grise. Aujourd’hui, il s’agit d’un outil de transfert de fonds vers des entités liées, notamment à la Russie, de blanchiment d’argent et de déstabilisation des budgets des pays de l’Union européenne. »
Il ajoute que
« L’augmentation de l’impôt sur les gains n’augmentera pas la sécurité, mais elle amplifiera les menaces que nous observons déjà. »
Le projet de loi prévoyant l’augmentation des impôts sur les gains attend désormais la décision du président. L’industrie et les experts appellent à un veto, mettant en garde contre les conséquences financières, sociales et sécuritaires pour l’État.
Le sport polonais va souffrir de l’augmentation de la « taxe sur le bonheur »
Le marché légal des jeux et paris en Pologne contribue non seulement aux impôts, mais finance également le sport grâce aux subventions du Totalizator Sportowy et aux contributions des opérateurs. Ces fonds sont reversés aux clubs, aux associations sportives, aux académies et aux organisations locales. Le WEI souligne que limiter le marché légal entraînera des pertes directes pour le sport professionnel et pour le développement des jeunes.
Plus les joueurs se tourneront vers des sites illégaux, moins les institutions sportives polonaises recevront de financement. Les experts préviennent que l’augmentation des impôts ne permettra pas d’augmenter le budget, mais qu’elle ne fera qu’affaiblir les clubs qui soutiennent les jeunes athlètes et les équipes nationales.
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