Face à la pandémie de Covid-19, les applications de traçage des contacts ont suscité de grands espoirs, mais aussi de vives inquiétudes quant à la protection de la vie privée et à l’efficacité réelle. Si certaines initiatives ont rencontré un succès notable, d’autres ont été confrontées à des critiques et à un abandon progressif par le public.
Dès le début de la crise sanitaire, les gouvernements ont cherché des moyens d’endiguer la propagation du virus, en l’absence de vaccins ou de traitements éprouvés. Les mesures de confinement, les restrictions de voyage et la distanciation sociale ont été rapidement mises en place. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a souligné l’importance d’une surveillance accrue pour identifier et isoler les personnes infectées, y compris celles qui ne présentent aucun symptôme.
La recherche manuelle des contacts, initialement privilégiée, s’est avérée rapidement inefficace en raison du manque de personnel et des difficultés à reconstituer précisément les chaînes de transmission. Les pays se sont alors tournés vers des solutions technologiques, notamment les applications mobiles, pour automatiser ce processus.
L’adoption de ces applications a varié considérablement. La Chine et le Qatar ont rendu leur utilisation obligatoire, tandis que Singapour, l’Inde et l’Australie ont opté pour une approche volontaire. L’application COVIDSAFE australienne a ainsi été téléchargée plus de 4,5 millions de fois dans les deux semaines suivant son lancement, et l’application indienne AAROGYA SETU a dépassé les 127,6 millions de téléchargements, représentant un taux d’adoption de 12,5 %.
Cependant, les applications ont rapidement été confrontées à des critiques concernant la sécurité des données, leur efficacité et le respect de la vie privée. Des experts en cybersécurité ont mis en garde contre les risques liés à la collecte et au stockage des informations personnelles, ainsi que contre la possibilité d’une surveillance accrue des utilisateurs.
Deux types d’architectures ont été déployés : centralisées et décentralisées. Les systèmes centralisés, où toutes les données sont stockées sur un serveur unique, présentent un risque élevé de compromission de la vie privée. Les systèmes décentralisés, bien que théoriquement plus respectueux de la vie privée, peuvent également être vulnérables à des attaques permettant d’identifier les personnes infectées.
Plusieurs problèmes techniques ont également entravé l’efficacité des applications. Les contraintes imposées par Apple sur l’utilisation du Bluetooth ont entraîné des bugs et des performances médiocres. De plus, pour être efficaces, ces applications nécessitent un taux d’adoption élevé, d’au moins 60 % de la population, ce qui s’est avéré difficile à atteindre en raison des préoccupations soulevées par les utilisateurs.
Pour améliorer la situation, plusieurs pistes sont envisagées : minimiser la collecte de données, garantir la transparence sur leur utilisation, privilégier une architecture entièrement décentralisée, améliorer la précision de la détection de proximité et assurer la conformité aux réglementations en matière de protection des données.
Malgré ces défis, certaines applications ont connu un succès notable. Swisscovid, lancée en Suisse le 25 juin 2020, a atteint 1,6 million de téléchargements le 4 juillet 2020, avec une moyenne de 960 000 utilisateurs actifs par jour. L’application irlandaise COVID Tracker a également été rapidement adoptée, avec 1,3 million de téléchargements, soit environ un tiers de la population.
Si la pandémie de Covid-19 finira par s’atténuer, les leçons tirées de cette expérience pourraient être précieuses pour faire face aux futures crises sanitaires. Les applications de traçage des contacts, bien que perfectibles, pourraient jouer un rôle important dans la lutte contre les épidémies, à condition que les préoccupations en matière de vie privée et de sécurité soient prises en compte.
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