Publié le 2024-11-04 18:30:00. Telefónica dévoile ce mardi sa nouvelle stratégie, marquée par d’éventuelles cessions, des acquisitions ciblées en Europe et une remise en question de sa présence à Wall Street, dans un contexte de discipline financière renforcée.
- Le groupe télécom envisage de réduire son dividende pour renforcer ses finances et financer d’éventuelles acquisitions.
- Plusieurs opérations de consolidation sont à l’étude en Europe, notamment en Espagne, en Allemagne et au Royaume-Uni.
- Telefónica pourrait quitter la Bourse de New York et simplifier sa structure, tout en explorant le secteur de la cybersécurité.
La direction de Telefónica présente ce mardi 4 novembre sa “Journée des Investisseurs”, une occasion clé pour détailler les résultats des neuf premiers mois de l’année et, surtout, son nouveau plan stratégique. Les enjeux sont de taille : au-delà des chiffres, les investisseurs attendent des éclaircissements sur la politique de rémunération des actionnaires, la possibilité d’une augmentation de capital et les futures opérations de croissance externe.
La question du dividende est particulièrement sensible. L’agence Bloomberg a révélé que l’entreprise pourrait réduire le versement aux actionnaires afin d’améliorer son bilan et d’appliquer une “discipline financière de fer”, comme l’avait déjà averti le président de Telefónica, Marc Murtra, lors de l’assemblée générale d’avril dernier. Le dividende actuel s’élève à 0,3 euro par action, versé en deux tranches (décembre et juin). Une réduction permettrait de dégager des fonds pour d’éventuelles acquisitions.
La consolidation du marché européen est au cœur de la stratégie de Telefónica. Marc Murtra a souligné à plusieurs reprises que le groupe se concentrerait sur des opérations rentables dans cette région, où il est déjà présent en Espagne, en Allemagne et au Royaume-Uni. En Espagne, le rachat des activités de Vodafone, contrôlées par la société d’investissement britannique Zegona, est régulièrement évoqué. Plus récemment, le groupe roumain Digi a également été identifié comme une cible potentielle.
L’acquisition de Digi offrirait à Telefónica un accès à de nouveaux marchés (Portugal, Italie, Belgique et Roumanie) et lui permettrait de renforcer sa position grâce au modèle “low cost” de l’opérateur roumain. Au Royaume-Uni, Telefónica étudie la possibilité d’acquérir Netomnia, un opérateur de réseau à large bande, pour environ 2 milliards de livres (environ 2,3 milliards d’euros). Cette opération se ferait via Virgin Media O2 (VMO2), une coentreprise détenue à parts égales avec Liberty. Une autre option envisagée au Royaume-Uni est une prise de contrôle totale de VMO2 en rachetant la part de Liberty.
En Allemagne, Telefónica envisage d’acquérir 1&1, un opérateur avec lequel elle cherchait à renouer après la fin d’un contrat de gros en août 2023. Parallèlement, le groupe doit nommer un nouveau PDG pour sa filiale allemande, après avoir décidé de remplacer Markus Haas, en poste depuis 2017, suite à la perte du contrat avec 1&1.
Au-delà de la consolidation, Telefónica explore de nouvelles opportunités, notamment dans le secteur de la cybersécurité, en raison du contexte géopolitique actuel. Le groupe étudie également la possibilité de quitter la Bourse de New York, où il est coté depuis 1987, devenant ainsi la première entreprise espagnole à Wall Street. Cette décision serait annoncée par la Commission Nationale du Marché des Valeurs (CNMV) et la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis.
Dans une logique de simplification, Telefónica cherche également à réduire son exposition à l’Amérique latine, après avoir déjà cédé ses filiales en Argentine, au Pérou, en Uruguay, en Équateur et en Colombie. Des offres pour ses activités au Chili sont également à l’étude.
Enfin, le plan stratégique pourrait inclure un nouveau plan de restructuration de l’emploi (ERE) affectant environ 6 000 travailleurs. La direction assure qu’aucune proposition n’est actuellement sur la table, mais les syndicats s’attendent à des annonces après la présentation du plan stratégique et les élections des représentants du personnel dans deux filiales du groupe.
Un premier “cadre social” a été conclu avec les syndicats UGT et CCOO mi-octobre, visant à unifier les droits et les engagements de l’ensemble du personnel en Espagne. Le dernier plan de restructuration, en 2024, a coûté environ 1,3 milliard d’euros à l’entreprise, avec un coût moyen d’environ 380 000 euros par travailleur, et a permis des économies annuelles d’environ 285 millions d’euros.
À ne pas manquer
