L’adaptation de 1985 du classique de James Whale, La Fiancée de Frankenstein, par Franc Roddam, est une œuvre singulière, marquée par un budget conséquent et un casting prestigieux, mais qui peine à convaincre. Malgré la présence de Sting et Jennifer Beals, au sommet de leur popularité, le film se révèle inégal, ses meilleurs moments n’étant pas ceux mettant en scène les deux stars.
Le film débute par une scène pluvieuse devant une fenêtre de château, où l’on découvre un Sting en plan rapproché, frappé par l’éclair, dans une ambiance sombre et prometteuse. On assiste alors au Dr Frankenstein juste avant la création de sa créature.
La créature, baptisée Eva, est ensuite soumise à un véritable entraînement pour s’intégrer dans la haute société, à l’instar de l’éducation qu’elle reçoit, rappelant celle d’Eliza Doolittle dans Pygmalion. Des difficultés surviennent, notamment lorsqu’elle aperçoit un chat pour la première fois et réagit avec hostilité.
Parallèlement, la première création du Dr Frankenstein, le Monstre (interprété par Clancy Brown), erre sur Terre et se lie d’amitié avec un artiste de scène nommé Reynaldo. Brown, qui avait précédemment joué dans Buckaroo Banzai (1984) et avant Highlander (1986), offre une interprétation du Monstre à la fois limitée et fascinante, parfois surnommé Viktor.
Le Monstre et Reynaldo, joué par David Rappaport, connu pour son rôle principal dans la série télévisée The Wizard (1986-1987), partagent la majorité de l’écran. Bien que The Wizard n’ait duré qu’une saison, Rappaport y avait démontré son talent, et c’est lui qui vole véritablement la vedette dans La Fiancée, ses scènes avec Brown étant les plus marquantes.
Le début prometteur du film est malheureusement suivi de séquences au montage haché, alternant de manière aléatoire entre les intrigues d’Eva et du Monstre, suggérant l’existence de nombreuses scènes coupées. Certains éléments, comme une érotisation subtile et des moments de violence, laissent penser que le film a pu subir des modifications pour obtenir une classification plus accessible.
Clancy Brown incarne le Monstre dans la lignée de Boris Karloff, son interprétation s’améliorant au fil du temps, mais sans parvenir à s’approprier pleinement le rôle. L’acteur trouve même une performance d’Emma Stone dans Pauvres Créatures (2023) surestimée et moins convaincante.
Anthony Higgins, acteur talentueux qui avait brillé dans Young Sherlock Holmes (1985), est sous-utilisé dans un rôle réactif. Higgins, capable d’intensité et de finesse, méritait un rôle plus étoffé que celui de simple observateur des agissements d’Eva.
La cruauté du film ne se limite pas aux réactions des villageois envers le Monstre. On note notamment une scène où ce dernier jette un cadeau qu’il avait acheté pour Eva, illustrant une méchanceté constante envers le personnage. Le film ne laisse jamais au spectateur un moment de répit face à cette cruauté, bien que l’on puisse reconnaître qu’il s’agit là d’une œuvre inspirée de Frankenstein, et non de Les Quatre Filles du docteur March.
Sting et Jennifer Beals, icônes des années 1980, sont plaisants à regarder, mais on regrette que Sting n’ait pas apporté davantage à son personnage, se contentant d’une interprétation constamment renfrognée. S’il parvient à exprimer la folie qui le ronge, son Frankenstein apparaît surtout irrité.
Visuellement, La Fiancée est une réussite dans le genre de l’horreur gothique, avec certaines images particulièrement saisissantes. La musique de Maurice Jarre est à la fois romantique et inquiétante. Malgré cette richesse visuelle, on pourrait imaginer que Ridley Scott, alors en difficulté sur le tournage de Legend, aurait été un réalisateur plus approprié.
Le film établit une connexion psychique entre la Fiancée et le Monstre, un élément intrigant qui n’est jamais expliqué ni développé. De même, Cary Elwes est présenté comme un rival amoureux potentiel pour la Fiancée, ce qui aurait pu donner lieu à une confrontation savoureuse entre le Monstre et Westley, son personnage dans La Princesse Bride (1987).
Le dénouement du film est précipité et désastreux, ruinant tout l’intérêt qu’il avait pu susciter. La fin, qui aurait été remaniée, aurait bénéficié d’un travail plus approfondi. Un détail révélateur : le générique de fin montre Jennifer Beals avec la coiffure qu’elle arborait dans Flashdance (1983), un clin d’œil au public cible du film.
Avec la sortie prévue en mars 2026 de The Bride!, réalisé par Maggie Gyllenhaal et mettant en scène Christian Bale et Jessie Buckley, on se demande si cette nouvelle adaptation sera couronnée de succès ou si elle rejoindra les rangs des œuvres ratées. Le retard de The Bride!, reporté à deux reprises, pourrait être le signe de difficultés similaires à celles rencontrées par La Fiancée.
Il faut toutefois souligner qu’un report de sortie ne signifie pas nécessairement que le film est mauvais, comme l’a démontré Zodiac de David Fincher, qui a été retardé mais est devenu l’un des meilleurs films de 2007. Maggie Gyllenhaal mérite tout notre soutien, car elle devra non seulement rivaliser avec les œuvres de Whale, Lancaster, Sting et Beals, mais aussi avec le prochain Frankenstein de Guillermo Del Toro, dont la sortie est prévue en novembre, et qui pourrait être la raison du report de The Bride!.
Espérons que The Bride! sera une adaptation digne de Frankenstein et de la créature patchwork qu’est La Fiancée.