Minneapolis est au cœur d’une crise croissante, marquée par la mort d’une femme abattue par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et un scandale de fraude aux aides alimentaires qui alimente les tensions politiques et attise les accusations de discrimination. L’incident, survenu mardi 23 janvier 2025, a ravivé les critiques à l’égard des opérations de l’ICE dans la ville et déclenché une vive réaction des élus locaux.
Selon les premiers éléments de l’enquête, Renée Nicole Good, 37 ans, a été tuée par un agent de l’ICE après avoir apparemment tenté d’empêcher l’agence de mener à bien une opération. Des témoins affirment qu’elle s’était garée en travers de la rue pour bloquer un véhicule de l’ICE, et qu’un agent a ouvert le feu après lui avoir intimé l’ordre de sortir de son véhicule. Une vidéo de l’incident circule sur les réseaux sociaux, suscitant des interprétations divergentes.
La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a qualifié l’incident d’« acte de terrorisme intérieur », affirmant que Mme Good « attaquait des agents de l’ICE et avait tenté de les renverser et de les percuter avec son véhicule ». Elle a défendu l’action de l’agent, soulignant qu’il avait « suivi sa formation et fait exactement ce qu’on lui avait appris à faire dans cette situation ».
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a vivement réagi à ces déclarations, les qualifiant de « foutaises » et exigeant que l’ICE « fiche le camp de Minneapolis ». « Nous ne voulons pas de vous ici », a-t-il déclaré. « La raison que vous avancez pour être dans cette ville est de créer une sorte de sécurité, et vous faites exactement le contraire. » Interrogé sur le caractère potentiellement clivant de ses propos, M. Frey a répondu : « Je suis vraiment désolé si j’ai offensé leurs oreilles de princesse Disney. Mais voici le problème : d’un côté, vous avez quelqu’un qui lâche la bombe F. De l’autre, vous avez quelqu’un qui a tué quelqu’un d’autre. »
L’incident s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes liées à l’intensification des opérations de contrôle de l’immigration par le Département de la Sécurité intérieure (DHS) dans le Minnesota. Le DHS prévoit de déployer environ 2 000 agents et officiers supplémentaires dans l’État dans le cadre de ce qu’il décrit comme sa plus grande opération jamais menée.
Parallèlement, un scandale de fraude aux aides alimentaires, connu sous le nom de scandale « Feeding Our Future », a éclaté au Minnesota. L’enquête a révélé que près de 50 personnes auraient détourné 250 millions de dollars (environ 233 millions d’euros) destinés à nourrir les enfants pendant la pandémie de COVID-19. L’affaire, qui a attiré l’attention nationale, a conduit à plus de 90 inculpations dans divers programmes de services sociaux.
Une particularité notable de ce scandale est que la majorité des personnes inculpées et condamnées sont d’origine somalienne. Certains responsables, dont l’ancien président Donald Trump, ont utilisé cet élément pour justifier des attaques contre la communauté somalienne américaine du Minnesota, qui compte environ 91 000 personnes, dont la plupart sont des citoyens américains.
L’affaire a pris de l’ampleur fin 2025 après la publication d’un article controversé par le journaliste conservateur Christopher Rufo, qui affirmait, sur la base de sources confidentielles, que le plus grand bailleur de fonds du groupe terroriste Al-Shabaab serait les contribuables du Minnesota. M. Trump a ensuite qualifié les immigrants somaliens de « déchets ».
Les procureurs ont toutefois souligné que la motivation principale des fraudeurs était la cupidité, et non une idéologie. Ils affirment ne disposer d’aucune preuve que des fonds aient été intentionnellement utilisés pour financer des groupes terroristes, tout en reconnaissant qu’une partie de l’argent envoyé en Somalie pourrait potentiellement tomber entre les mains d’Al-Shabaab.
Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a annoncé cette semaine qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections, une décision largement attribuée à la pression exercée par ce scandale. Les Républicains ont créé un comité de surveillance de la fraude et prévoient de faire de cette question un axe central de leur campagne pour reconquérir le poste de gouverneur en 2026.
Les habitants de Minneapolis se disent fatigués de l’attention médiatique constante que reçoit leur ville, après le meurtre de George Floyd en 2020 et l’assassinat d’une législateure l’été dernier. « Nous sommes tous fatigués de voir le Minnesota au centre de l’attention, mais il ne semble pas que cela va s’arrêter », a déclaré un témoin lors d’une veillée organisée en hommage à Renée Nicole Good.
