Publié le 12 janvier 2026 08:25:00. La réforme de l’assurance récolte, censée protéger les viticulteurs face aux aléas climatiques, est jugée inefficace par de nombreux députés et la ministre de l’Agriculture, qui s’accordent sur la nécessité d’investir massivement dans la prévention et d’adapter le système d’indemnisation.
- Le faible taux d’adhésion des viticulteurs au dispositif d’assurance multirisque climatique (MRC) est au cœur des critiques.
- Les députés proposent d’exclure les années à aléas du calcul de la moyenne olympique, tandis que la ministre privilégie son allongement.
- Un investissement massif dans la prévention des risques climatiques est considéré comme indispensable.
Le débat, relancé le 7 janvier dernier à l’Assemblée nationale lors d’une discussion intitulée « face au changement climatique, comment remédier à l’échec de la réforme de l’assurance récolte ? », met en lumière les difficultés rencontrées par le secteur viticole. Le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) a souligné le faible engouement pour l’assurance multirisque climatique (MRC), un dispositif mis en place en 2023 suite à la loi du 2 mars 2022.
Selon la députée Mathilde Feld (Gironde, La France Insoumise), seulement 35 % des parcelles viticoles sont assurées, un recul de 7 % en deux ans, qualifiant cette situation d’« échec manifeste ». Elle a témoigné de l’urgence d’un outil adapté, évoquant les dégâts considérables causés par l’orage de grêle du 13 juin 2025 dans le vignoble de Porte-de-Benauge, où certaines exploitations ont subi une perte totale de récolte, compromettant leur survie. S’adressant à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, elle a demandé :
« À partir de quel seuil d’échec considérez-vous qu’une réforme doit être revue en profondeur, voire abandonnée ? »
La France Insoumise propose la création d’un régime public et universel d’indemnisation des aléas climatiques, financé par la solidarité nationale, remplaçant le système actuel basé sur trois niveaux de prise en charge selon l’ampleur des dégâts.
Le rapporteur du débat, David Taupiac (Gers, LIOT), a pointé du doigt le mode de calcul de la moyenne olympique – une moyenne des rendements sur cinq ans, excluant l’année la moins bonne et la plus productive – comme principal frein à l’adhésion des viticulteurs. Il a souligné que les aléas climatiques peuvent s’accumuler sur plusieurs années, prenant l’exemple du Gers où le rendement en vin est passé de 91 hl/ha durant la période 2010-2020 à 63 hl/ha entre 2020 et 2025.
« La moyenne olympique, calculée sans distinguer les années avec ou sans aléas, rend le dispositif inopérant, ce qui explique pourquoi de nombreux vignerons se détournent des assurances »
a-t-il alerté, notant une chute de la couverture de 83 % en 2020 à 24 % en 2024, avec une prévision de 10 % en 2025. Il a suggéré de reconsidérer la moyenne de référence sur une période plus longue, de dix à quinze ans, en excluant les années à aléas, afin qu’elle reflète plus fidèlement la capacité de production du vignoble.
La députée Hélène Laporte (Rassemblement National, Lot-et-Garonne) a critiqué une réforme qu’elle juge comme un « coup de com’ », dénonçant un coût d’assurance élevé pour les exploitations (le taux de subvention maximum de 65 % ne s’applique qu’au niveau de garantie le plus bas, avec une franchise de 30 %) et une solidarité nationale conditionnée à une assurance (une indemnisation de 90 % nécessitant une souscription à un contrat d’assurance respectant certaines conditions, limitée à 35 % en l’absence d’assurance).
La ministre Annie Genevard a défendu le dispositif, estimant qu’il représente un investissement de 600 millions d’euros et qu’il est nécessaire de travailler ensemble pour l’améliorer. Elle a annoncé la reconduction du dispositif pour la période 2026-2028, avec un engagement financier stable de l’État et un niveau de soutien maximal aux primes d’assurance (une enveloppe de 600 millions d’euros et un taux de subvention de 70 %). Elle a distingué deux positions : celle de La France Insoumise et des écologistes, qui proposent une refonte totale du système, et celle des autres groupes, qui privilégient une correction du système existant.
Soulignant que la réforme a été lancée en 2021 et la loi votée en 2022, la ministre a nuancé en indiquant qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif. Elle a annoncé qu’une évaluation complète du dispositif sera menée à partir de mars 2026. Elle a également annoncé avoir négocié au niveau européen la possibilité d’allonger la moyenne olympique de 5 à 8 ans, une mesure qui pourrait être déclinée dans les contrats commercialisés à partir de l’été 2026 pour la campagne 2027.
Le député Sylvain Carrière (Hérault, LFI) a jugé l’allongement de la période de référence à 8 ans insuffisant, insistant sur la nécessité d’exclure les années à aléas du calcul, ce qui impliquerait des négociations avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Au-delà de l’assurance récolte, David Taupiac a plaidé pour une approche plus préventive, reprenant les propositions des Vignerons Indépendants : la mise en œuvre d’un plan de prévention des aléas climatiques les plus récurrents dans chaque région (grêle, gel, sécheresse, excès d’eau), nécessitant un investissement de 4 milliards d’euros pour équiper 400 000 hectares de vignoble. Mathilde Feld a interrogé la ministre sur sa volonté d’engager un plan massif d’investissement public pour la prévention et la planification écologique.
Annie Genevard a conclu en soulignant la nécessité d’une approche structurelle, combinant des financements européens, nationaux, publics et privés, pour faire face aux défis du changement climatique.
