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Transplantation rénale du futur : des chercheurs développent un « rein universel »

Publié le 16 octobre 2025 à 19h34. Une avancée médicale majeure offre un nouvel espoir aux milliers de patients en attente d'une greffe rénale : des scientifiques canadiens et chinois ont réussi à modifier un rein pour qu'il…

Transplantation rénale du futur : des chercheurs développent un « rein universel »

Publié le 16 octobre 2025 à 19h34. Une avancée médicale majeure offre un nouvel espoir aux milliers de patients en attente d’une greffe rénale : des scientifiques canadiens et chinois ont réussi à modifier un rein pour qu’il soit compatible avec tous les groupes sanguins, potentiellement révolutionnant le processus de transplantation.

  • Environ 8 575 personnes sont actuellement sur la liste d’attente d’un don d’organe en Allemagne, la majorité nécessitant un rein.
  • Les chercheurs ont développé une technique permettant de supprimer les antigènes responsables du rejet immunitaire lié au groupe sanguin.
  • Des premiers tests sur un rein humain non fonctionnel ont montré des résultats prometteurs, mais des études supplémentaires sont nécessaires avant une application clinique généralisée.

La pénurie d’organes compatibles est un défi majeur en matière de transplantation. Le groupe sanguin du donneur et du receveur doit correspondre pour éviter un rejet immunitaire, ce qui allonge considérablement les listes d’attente. Selon l’Institut fédéral de la santé publique (BIÖG) en Allemagne, 8 575 personnes attendaient un don d’organe au 31 décembre 2024, la plupart dans l’attente d’un rein. Cette même année, le pays a enregistré 953 donneurs d’organes, soit un taux de 11,4 donneurs par million d’habitants.

Le rejet immunitaire se produit lorsque le système immunitaire reconnaît les antigènes ABO – de minuscules molécules de sucre présentes à la surface des cellules – comme étrangers. Le corps réagit alors en produisant des anticorps qui attaquent l’organe transplanté. En médecine de la transplantation, l’objectif est d’empêcher cette reconnaissance immunitaire, au moins initialement. Les personnes de groupe sanguin O, par exemple, ne peuvent généralement recevoir des reins que de donneurs du même groupe, car leur système immunitaire attaquerait immédiatement un organe contenant les antigènes A ou B.

Cette situation place les patients de groupe O en position défavorable, devant attendre la disponibilité d’un rein compatible, ce qui peut prendre des années, voire être impossible. Les reins du groupe O sont particulièrement recherchés car ils peuvent être transplantés à des receveurs de tous les groupes sanguins, ce qui réduit leur disponibilité pour les patients de groupe O.

Pour pallier cette pénurie, les centres de transplantation ont recours depuis des années aux greffes dites incompatibles ABO, qui consistent à transplanter un organe malgré une incompatibilité de groupe sanguin. Ces procédures nécessitent un prétraitement complexe du receveur pour réduire sa réponse immunitaire. Cette « désensibilisation » du receveur se fait généralement par plasmaphérèse ou immunoadsorption, des techniques de filtration sanguine qui éliminent les anticorps. Cependant, ces traitements affaiblissent le système immunitaire, augmentent le risque d’infections et peuvent entraîner des complications chirurgicales. Ils sont également coûteux et nécessitent une préparation longue, souvent limitée aux donneurs vivants.

Une nouvelle approche, centrée sur le donneur, a été développée par des chercheurs canadiens et chinois. Au lieu de modifier le receveur, ils ont modifié l’organe lui-même pour le rendre universellement compatible. Leur étude, publiée dans la revue Nature Biomedical Engineering, décrit une stratégie innovante : la modification enzymatique du rein du donneur.

Le processus se déroule lors d’une perfusion hypothermique, où le rein est maintenu à basse température et baigné dans une solution nutritive. Les chercheurs ont ensuite injecté un mélange d’enzymes – la Fp GalNAc désacétylase et la Fp galactosaminidase – qui dissolvent spécifiquement les antigènes A à la surface des vaisseaux sanguins. Ces enzymes agissent comme des « ciseaux moléculaires » qui éliminent les molécules de sucre caractéristiques du groupe sanguin A, ne laissant que l’antigène H, commun au groupe sanguin O. « C’est comme enlever la peinture rouge d’une voiture pour révéler l’apprêt neutre », explique Stephen Withers de l’Université de la Colombie-Britannique, cité dans un communiqué de presse.

Rein universel en laboratoire

Les chercheurs présentent un rein de type O converti en enzymes (« rein ECO ») qui pourrait être transplanté quel que soit le groupe sanguin.
© (InvictaHOG/Domaine public/Wikimedia Commons) | (InvictaHOG/Domaine public/Wikimedia Commons)

Dans un modèle ex vivo, le rein traité n’a montré aucun signe de rejet immunitaire après contact avec du sang de différents groupes sanguins. L’équipe a ensuite franchi une étape cruciale en transplantant un rein de type O modifié dans un receveur en état de mort cérébrale de groupe O, présentant un taux élevé d’anticorps anti-A – une situation qui aurait normalement provoqué un rejet immédiat. Le résultat a été encourageant : aucun rejet aigu n’a été observé et le rein est resté fonctionnel pendant deux jours.

Cependant, au troisième jour, les antigènes A ont réapparu à la surface du rein transplanté, entraînant des lésions tissulaires et l’activation d’anticorps. Les scores de Banff, utilisés pour évaluer le rejet, ont également augmenté. Les chercheurs ont observé une activité accrue des gènes associés à la tolérance immunitaire, suggérant que le système immunitaire du receveur commençait à s’adapter à l’organe étranger, bien que moins violemment qu’en cas de greffe incompatible classique. « C’est particulièrement excitant », souligne Withers, « cela pourrait indiquer que le système immunitaire peut atteindre un état d’équilibre même en cas d’incompatibilité initiale. »

Si cette technique s’avère efficace dans de futures études cliniques, elle pourrait transformer la transplantation rénale. Un rein ne serait plus exclu en raison d’une incompatibilité de groupe sanguin, mais pourrait être modifié enzymatiquement et transplanté à n’importe quel receveur. Cette avancée pourrait considérablement augmenter la disponibilité des organes et réduire les longues listes d’attente.

Les chercheurs soulignent que cette approche n’est qu’une première étape. Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’impact du traitement enzymatique sur la fonction rénale à long terme et la réponse immunitaire. Des questions réglementaires et éthiques doivent également être abordées, notamment concernant l’utilisation de cette technique sur des donneurs d’organes et les critères de sélection des receveurs.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.