Une ancienne chirurgienne buccale témoigne d’un cheminement personnel bouleversant, de la crise existentielle à la reconversion en thérapie familiale, soulignant l’importance cruciale de trouver un sens à sa vie au-delà de la réussite professionnelle.
Jillian Rigert se souvient d’un moment sombre, en 2016, alors qu’elle était hospitalisée pour anorexie mentale, conséquence d’une profonde remise en question de sa carrière de chirurgienne. Sur le moniteur de l’hôpital, elle observait son rythme cardiaque ralentir, atteignant parfois les 20 battements par minute, avec une indifférence glaciale. « J’observais ma vie comme si elle arrivait à quelqu’un d’autre, me sentant asymptomatique et déconnectée du monde », confie-t-elle. Ce détachement était, à ses yeux, une manière de s’engourdir face à une crise existentielle profonde.
Cette période de grande vulnérabilité a coïncidé avec le décès soudain de son ancien compagnon, six mois après son retour à l’hôpital. Elle avait repris ses études en chirurgie buccale, mais son corps, affaibli par l’anorexie, était au bord de l’épuisement. Elle était consciente que son cœur pouvait s’arrêter à tout moment. « On nous enseigne que le sacrifice de soi est noble », explique-t-elle, « et j’ai continué à travailler, consciente du risque que je courais. »
Huit ans plus tard, Jillian Rigert a démissionné de la chirurgie buccale et quitté l’armée, convaincue qu’elle n’était plus capable de continuer sur cette voie. Elle a quitté ses fonctions le jour même de l’anniversaire de son ex-compagnon, un signe qu’elle a interprété comme un appel à changer de cap. Elle se retrouvait alors perdue, privée de son identité de militaire et de chirurgienne.
Ce processus de reconstruction s’est avéré difficile. « Se retrouver après des transitions majeures de vie et de carrière est souvent une aventure turbulente », observe-t-elle, « car nous perdons la stabilité et la sécurité dans notre vision de nous-mêmes et de notre valeur. » En 2021, elle a frôlé la mort une nouvelle fois, alors qu’elle luttait contre l’anorexie et la perte d’identité. Mais cette épreuve a été un catalyseur, la propulsant sur la voie de la guérison.
Aujourd’hui, Jillian Rigert est stagiaire non rémunérée en thérapie conjugale et familiale. Elle reconnaît que, selon les critères sociétaux, elle devrait se sentir moins valorisée. « Mon ego gagne parfois cette bataille », admet-elle. Cependant, elle a découvert que sa vie prenait un sens nouveau lorsqu’elle aidait les autres à se sentir vus, valorisés et appréciés, au-delà des critères de réussite habituels.
Elle est convaincue que la quête de la réussite individuelle l’avait éloignée de ce qui comptait vraiment : une connexion authentique avec les autres et une vie riche de sens, entourée d’une communauté solidaire. Elle cite Jennifer Breheny Wallace, auteure de Never Enough: When Achievement Culture Becomes Toxic-and What We Can Do About It, qui souligne l’importance de valoriser les contributions des enfants au sein de la famille plutôt que de se concentrer uniquement sur leurs performances.
« Les humains sont faits pour vivre en communauté et se soutenir mutuellement », affirme Jillian Rigert. Elle encourage chacun à se reconnecter à ses valeurs profondes, à trouver un « pourquoi » qui donne un sens à sa vie et à se détacher des pressions sociétales qui peuvent nous éloigner de notre épanouissement personnel. « Quand je me suis débarrassée des couches de ce que je pensais devoir être pour avoir de la valeur dans ce monde, j’ai retrouvé le chemin du retour chez moi-même », conclut-elle.
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