Publié le 12 janvier 2026 23:13:00. Le président américain Donald Trump intensifie sa pression sur la Réserve fédérale (Fed) et son président, Jerome Powell, allant jusqu’à menacer des poursuites judiciaires, une ingérence sans précédent qui suscite l’inquiétude et le soutien de plusieurs anciens dirigeants de la banque centrale.
- Jerome Powell, le président de la Fed, est menacé d’inculpation par le ministère de la Justice américain.
- L’enquête porte officiellement sur les coûts liés à la rénovation du siège de la Fed à Washington, mais intervient dans un contexte de fortes tensions avec Donald Trump.
- D’anciens présidents de la Fed, dont Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ont publiquement soutenu Jerome Powell et dénoncé une atteinte à l’indépendance de la banque centrale.
La tension entre la Maison Blanche et la Réserve fédérale américaine atteint un nouveau paroxysme. Depuis près d’un an, Donald Trump n’a cessé de réclamer une baisse des taux d’intérêt directeurs, estimant qu’une politique monétaire plus souple stimulerait l’économie américaine à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Il espère ainsi rendre le crédit plus accessible, notamment pour l’immobilier.
Jerome Powell, nommé par le président Trump en 2017, a jusqu’à présent résisté à ces pressions, ce qui a valu au banquier central les foudres de son ancien protecteur. Le président américain l’a à plusieurs reprises qualifié d’« idiot » et de « perdant », allant jusqu’à menacer d’ouvrir une enquête à son encontre.
C’est désormais le ministère de la Justice qui a pris l’initiative, comme l’a confirmé Jerome Powell. Le chef de la Fed est désormais confronté à la possibilité d’être inculpé, une situation inédite qui rappelle, selon certains observateurs, les méthodes utilisées par Donald Trump à l’encontre de ses opposants.
L’enquête, officiellement motivée par des questions concernant les dépenses liées à la rénovation du bâtiment de la Fed à Washington, est perçue par beaucoup comme une tentative d’intimidation politique.
Les anciens présidents de la Fed montent au créneau
Face à cette situation, plusieurs anciens présidents de la Réserve fédérale ont pris la défense de Jerome Powell. Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan ont publié une déclaration commune dans laquelle ils soulignent l’importance cruciale de l’indépendance de la banque centrale pour la performance économique des États-Unis.
« C’est ainsi que la politique monétaire est élaborée dans les économies émergentes aux institutions faibles, avec des conséquences extrêmement négatives sur l’inflation et le fonctionnement de leurs économies en général », indique la lettre. « Cela n’a pas sa place aux États-Unis, dont la plus grande force est l’État de droit, qui est le fondement de notre réussite économique. »
Déclaration conjointe de Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan
Ils dénoncent une « tentative sans précédent de porter atteinte à cette indépendance par des attaques criminelles » et mettent en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses d’une politisation de la Fed.
Jerome Powell lui-même a qualifié la menace d’inculpation de « prétexte ». Sans citer nommément Donald Trump, il a déclaré que « l’action sans précédent » contre lui et la banque centrale « doit être considérée dans le contexte plus large des menaces et des pressions continues de l’administration ».
Des critiques au sein du camp républicain
La décision de lancer une enquête contre Jerome Powell ne fait pas l’unanimité au sein du parti républicain. Plusieurs sénateurs ont exprimé leur désaccord avec cette initiative.
Thom Tillis, membre de la commission bancaire du Sénat, a qualifié cette décision de « grave erreur » et a annoncé qu’il s’opposerait à toute nomination de Donald Trump à la Fed tant que la question juridique n’aura pas été résolue. La sénatrice Lisa Murkowski, de l’Alaska, a également soutenu l’approche de Tillis, dénonçant une tentative de coercition.
Selon des informations rapportées par Axios, Kevin Cramer et Lisa Murkowski auraient averti Donald Trump que cette enquête avait « provoqué le chaos » et risquait d’affecter négativement les marchés financiers.
Trump minimise son rôle
Le bureau du président américain a affirmé lundi que l’enquête n’était pas liée à Donald Trump. Le président lui-même a tenu des propos similaires la veille, déclarant : « Je n’en sais rien », tout en ajoutant que Jerome Powell « n’est certainement pas particulièrement doué à la Fed, et il n’est pas particulièrement doué non plus pour construire des bâtiments ».
Sur les marchés financiers, cette dispute a entraîné une hausse du prix de l’or, qui a atteint un nouveau record. Le dollar, quant à lui, était sous pression. Wall Street, cependant, n’a pas semblé affectée : l’indice Dow Jones a gagné 0,2 %, le NASDAQ a progressé de 0,3 % et l’indice S&P 500 a gagné 0,2 %.
