L’accord négocié par Donald Trump pour mettre fin au conflit à Gaza a suscité un accueil contrasté en Israël, entre célébrations publiques et opposition virulente d’une frange de la droite politique. Alors que le pays semblait se réjouir d’une possible paix et du retour des otages, une députée d’extrême droite a ouvertement dénoncé l’accord comme une « honte ».
L’arrivée de l’ancien président américain la semaine dernière a été marquée par des démonstrations de gratitude. La Knesset a été illuminée aux couleurs du drapeau américain et les parlementaires lui ont réservé une ovation de deux minutes et demie. Une immense silhouette de son visage a même été déployée sur une plage de Tel-Aviv. Le président israélien Isaac Herzog a annoncé que Donald Trump recevrait la Médaille d’honneur présidentielle, la plus haute distinction civile du pays.
Cependant, cette effervescence n’a pas été partagée par tous. La députée Limor Son Har-Melech, figure de proue de l’aile radicale, a annoncé son boycott des festivités. La veille, elle avait déclaré ne pas vouloir « se joindre aux applaudissements » et a qualifié l’accord de « honteux », rejetant l’idée qu’il s’agisse d’un véritable traité de paix.
L’indignation de Har-Melech s’inscrit dans un contexte de revendications territoriales persistantes. Depuis le 7 octobre 2023, elle est une ardente défenseure de la réinstallation israélienne à Gaza, allant jusqu’à affirmer, deux mois après les attentats du Hamas, que « la seule image de la victoire dans cette guerre est de voir des maisons juives à Gaza. La victoire sera lorsque nous verrons les enfants d’Israël jouer dans les rues de Gaza ». Bien que les sondages d’opinion montrent que la majorité des Israéliens s’opposent à ce projet d’accaparement de terres, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, fragilisé politiquement, est largement redevable au soutien de cette minorité radicale.
L’accord négocié par Trump, qui prévoit notamment un « nettoyage » de Gaza et la création d’une « Riviera du Moyen-Orient », semblait initialement répondre aux aspirations de cette droite dure. Une vingtaine de députés de la coalition gouvernementale avaient même signé une lettre demandant au ministre israélien de la Défense d’autoriser des militants à entrer à Gaza pour identifier d’éventuels sites d’implantation.
Mais l’intervention de Trump a pris de court ces partisans. Le 25 septembre, il a catégoriquement exclu toute tentative d’extension de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie occupée, territoire revendiqué par les Palestiniens pour leur futur État. « Je ne permettrai pas à Israël d’annexer la Cisjordanie », a-t-il déclaré aux journalistes. Cette décision, motivée par la volonté de préserver les accords d’Abraham, a contrecarré les ambitions de la droite israélienne.
Quatre jours plus tard, Trump a dévoilé son plan en 20 points pour mettre fin à la guerre à Gaza, réaffirmant sa proposition de réaménagement de la bande de Gaza. Les points 2 et 12 stipulent que « personne ne sera obligé de quitter Gaza, et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres de revenir », et que « nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza ».
Har-Melech et ses alliés, qui se voyaient en position de force il y a encore quelques jours, se retrouvent désormais isolés. Leur influence sur la prise de décision de Netanyahu, exacerbée par le conflit, s’est considérablement réduite avec la perspective d’un accord de paix.
Malgré cette situation, Bezalel Smotrich, puissant ministre d’extrême droite, a juré que des colonies juives seraient établies à Gaza. « Nous avons de la patience, nous avons de la détermination et de la foi, et avec l’aide de Dieu, nous continuerons la série de victoires et les grands miracles », a-t-il déclaré. Dimanche, suite à la mort de deux soldats israéliens à Gaza et aux frappes aériennes qui ont suivi, Smotrich a même publié un simple mot sur X : « Guerre ! »
Le plan de Trump, en prévoyant un contrôle israélien sur une partie du territoire gazaoui jusqu’au désarmement du Hamas, offre de nouvelles opportunités aux colons et à leurs alliés politiques. Le Hamas, quant à lui, tarde à libérer les corps des otages israéliens décédés, exécute publiquement les Palestiniens opposés à son régime et ne montre aucun signe de volonté de se désarmer. Ces facteurs pourraient retarder la mise en œuvre de l’accord et permettre aux colons de s’implanter dans ces zones.
Seul Donald Trump peut empêcher cela, du moins jusqu’aux prochaines élections israéliennes, qui pourraient entraîner la chute de Netanyahu et de sa coalition. Le président américain pourrait exercer des pressions sur les partisans du Hamas au Qatar et en Turquie pour les contraindre au désarmement, et forcer Netanyahu à empêcher les militants de saper la paix fragile.
Selon les analystes, Netanyahu ne recherche pas un véritable accord de paix ou des annexions limitées, mais avant tout la préservation de son pouvoir. Il est prêt à faire des compromis et à trahir ses principes pour rester en fonction. Son leadership est perçu comme dangereux pour Israël, mais avantageux pour Trump, qui, en tant que seul allié important de Netanyahu sur la scène internationale, dispose d’une influence considérable sur ses décisions.
La survie d’Israël ne dépend pas de Netanyahu, mais de sa capacité à se passer de lui. La manière dont Trump traitera le Premier ministre israélien et sa coalition d’extrême droite déterminera non seulement le succès du plan de paix, mais aussi la capacité d’Israël à survivre à son gouvernement extrémiste.
À ne pas manquer
