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Trump veut intégrer la Suisse au régime américain de contrôle des exportations et de sanctions

by Nicolas Lefèvre

Publié le 7 novembre 2025 à 17h28. L’administration américaine cherche à étendre son influence commerciale en liant les politiques d’exportation et de sanctions de pays tiers, dont la Suisse, à ses propres intérêts, une stratégie que Berne semble peu disposée à accepter formellement.

  • Les États-Unis souhaitent que des pays comme la Suisse alignent leurs contrôles à l’exportation et leurs sanctions sur les directives américaines.
  • La Suisse se montre réticente à accepter une obligation contractuelle de se conformer aux exigences américaines, estimant que cela pourrait être rejeté par référendum.
  • Washington exerce déjà une pression indirecte sur les entreprises suisses en leur refusant l’accès au marché américain si elles commercent avec des pays visés par les sanctions américaines.

L’administration Trump considère les droits de douane comme un instrument polyvalent, visant à réduire le déficit commercial américain, à augmenter les recettes de l’État et à forcer l’ouverture des marchés étrangers. Cette politique s’étend désormais à la sphère de la politique étrangère, avec des tentatives d’influencer les décisions d’autres nations, notamment en matière de sanctions et de contrôle des exportations.

La Suisse n’est pas épargnée par ces pressions. Le gouvernement américain souhaiterait lier Berne à son régime en matière de contrôle des exportations et de sanctions. Le sujet aurait été abordé lors d’une récente rencontre entre Donald Trump et des représentants d’entreprises suisses, bien que le gouvernement fédéral n’ait pas souhaité commenter cette information. Le ministre de l’Économie, Guy Parmelin, a toutefois annoncé sur X avoir eu une conversation « très constructive » avec le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, évoquant une « grande dynamique dans les relations bilatérales ».

Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un accord similaire conclu fin octobre avec le Cambodge. Ce dernier s’engage notamment à se conformer, « au cas par cas », aux contrôles américains sur les exportations de technologies et de biens considérés comme critiques pour la sécurité, selon les critères définis par les États-Unis. En d’autres termes, le Cambodge devrait s’aligner sur les décisions américaines concernant les destinations de certains produits, notamment en ce qui concerne la Chine.

L’accord cambodgien prévoit également une « coopération » en matière de sanctions contre les individus et les entreprises figurant sur les listes noires américaines. Un modèle que les États-Unis souhaiteraient reproduire avec d’autres pays.

Exigence standard

Un mécanisme similaire avait déjà été observé en Malaisie en octobre. Les autorités américaines auraient également formulé des demandes similaires à la Suisse il y a quelques temps. Cependant, selon les réactions du gouvernement suisse et des milieux économiques, une obligation contractuelle d’adopter les futures exigences américaines en matière de restrictions et de sanctions à l’exportation est hors de question.

Un tel accord serait difficilement acceptable par la population suisse et risquerait d’être rejeté par référendum. Le terme « accord de subordination », utilisé par l’UDC dans le contexte de la politique européenne, pourrait s’avérer pertinent. Il n’y a donc pas d’indication que le Conseil fédéral serait disposé à signer un tel accord.

Pression même sans traité d’État

Les États-Unis peuvent néanmoins exercer une pression sur les entreprises suisses sans recourir à un traité formel. Dans le cas de la Russie, les banques suisses appliquent généralement non seulement les sanctions européennes adoptées par la Suisse, mais également les sanctions américaines afin de ne pas être exclues du commerce en dollars.

De plus, le régime américain de contrôle des exportations permet d’imposer des effets extraterritoriaux. Par exemple, en avertissant les entreprises étrangères : « Nous ne vous livrerons nos puces informatiques de haute performance que si vous ne les vendez pas, ni d’autres produits à valeur ajoutée américaine, à la Chine. »

Cependant, une obligation contractuelle d’adopter toutes les futures exigences de Washington en matière de restrictions et de sanctions à l’exportation représenterait un changement d’ampleur. Il semble plus probable que la Suisse s’engage à examiner les futures préoccupations américaines dans ces domaines de manière non contraignante, sans pour autant conclure un accord formel.

Dans l’immédiat, un accord juridiquement contraignant entre Washington et Berne n’est pas à l’ordre du jour. Selon des sources suisses, il s’agit actuellement d’une déclaration d’intention commune, qui définit les paramètres clés d’un futur contrat. L’accord conclu entre les États-Unis et l’Union européenne en août comprend également une déclaration d’intention commune qui doit encore être concrétisée.

L’avantage de cette approche est de permettre une réduction des droits de douane américains en attendant la conclusion d’un accord plus détaillé. L’inconvénient est que des obstacles à la mise en œuvre peuvent subsister et que la menace de voir les États-Unis recourir à nouveau à des droits de douane élevés demeure.

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