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Tunisie : manifestations contre une usine dans le sud après des cas d’asphyxie | TV5MONDE

by Sophie Martin

Des centaines de manifestants ont exprimé leur colère, vendredi 10 octobre, à Gabès, dans le sud de la Tunisie, en réclamant la fermeture d’une usine de traitement des phosphates accusée de polluer l’environnement et de provoquer des problèmes de santé respiratoires. La mobilisation fait suite à une recrudescence de cas d’asphyxie, notamment chez des élèves d’une école située à proximité de l’usine.

Les protestataires, rassemblés à l’appel de l’ONG Stop Pollution, ont scandé des slogans tels que « Le peuple veut le démantèlement du groupe chimique » et « Nous voulons vivre », dénonçant les conséquences de la pollution sur leur santé et leur environnement. Ils accusent l’usine de déverser ses déchets à la fois dans la mer et à l’air libre.

La situation s’est aggravée récemment avec la diffusion de vidéos montrant des élèves de l’école de Chott Essalem, située près de l’usine d’engrais, en difficulté pour respirer. Des agents de la Protection civile et des parents inquiets sont apparus sur ces images, relayées par les médias locaux.

Le 9 septembre dernier, une vingtaine de personnes avaient déjà été hospitalisées à Gabès pour des problèmes d’asphyxie liés aux émanations de la même usine, selon la radio Jawhara FM. L’usine, qui fait partie du complexe du Groupe chimique tunisien (GCT), une société étatique, a été inaugurée en 1972 et est implantée près de la plage du Chott Essalem.

Les manifestations de ce vendredi s’inscrivent dans un contexte de tensions sociales de longue date concernant la pollution industrielle à Gabès. Les habitants déplorent également un déclin de la pêche dans cette oasis côtière, autrefois réputée pour ses richesses halieutiques.

Un rapport du laboratoire français Géosciences Environnement Toulouse, publié en décembre dernier, met en évidence des niveaux de pollution très élevés émanant de l’usine de Gabès, avec des « conséquences dévastatrices » sur la santé, notamment des « malformations cardiaques » et divers types de « cancers ».

En 2017, les autorités tunisiennes avaient promis le démantèlement du complexe et son remplacement par une installation respectant les normes internationales. Cette promesse n’a, à ce stade, pas été tenue.

La relance du secteur des phosphates, première richesse naturelle du pays, est une priorité pour le président Kais Saied. Après des années de perturbations liées aux conflits sociaux, le gouvernement prévoit de presque quintupler la production d’engrais d’ici 2030, passant d’environ 3 millions de tonnes par an à 14 millions, afin de profiter de la hausse des prix mondiaux. Cependant, la production d’engrais génère des gaz toxiques tels que le dioxyde de soufre et l’ammoniac, et les résidus de cette production, le phosphogypse, contaminent les sols et les nappes phréatiques avec des substances cancérigènes comme le plomb et l’arsenic.

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