Publié le 24 septembre 2025. Le gouvernement indonésien a débloqué l’équivalent de 20 milliards de dollars australiens de liquidités publiques pour stimuler la croissance économique, une initiative ambitieuse qui suscite à la fois l’enthousiasme des marchés et les inquiétudes quant à la discipline budgétaire.
- Le ministre des Finances indonésien, Purbaya Yudhi Sadewa, a transféré 200 000 milliards de roupies indonésiennes (20 milliards AUD) de cinq grandes banques publiques vers des banques régionales.
- Cette décision s’accompagne d’un plaidoyer pour une politique monétaire plus souple et des mesures budgétaires audacieuses visant à relancer l’économie.
- L’initiative, surnommée « Purbayanomics », repose sur une combinaison de liquidités, de soutiens ciblés et d’une pression sur la banque centrale pour maintenir des taux d’intérêt bas.
Jakarta mise sur une nouvelle stratégie économique pour relancer sa croissance, une approche qui pourrait redéfinir le paysage économique de l’Asie du Sud-Est. Le ministre des Finances, Purbaya Yudhi Sadewa, a annoncé le transfert de 200 000 milliards de roupies indonésiennes (20 milliards AUD) de liquidités publiques inutilisées, détenues par cinq grandes banques, vers des banques régionales. Cette décision s’accompagne d’un appel à une politique monétaire plus accommodante et à des mesures budgétaires plus audacieuses, le tout résumé par le slogan : « Si vous ne dépensez pas, l’économie ne bougera pas. »
Cette initiative, rapidement baptisée « Purbayanomics », a été accueillie avec enthousiasme par les marchés financiers, qui y voient un signal fort de la volonté du gouvernement de stimuler l’activité économique. Cependant, elle suscite également des inquiétudes quant à la discipline budgétaire et à la stabilité macroéconomique. Les données de la Banque asiatique de développement et de la Banque mondiale soulignent une tension croissante : les prévisions de croissance régionale ont été revues à la baisse, tandis que les décideurs politiques indonésiens promettent d’accélérer la cadence.
Selon les estimations des agences multilatérales, les perspectives de croissance de l’Indonésie pour 2025-2026 se situent entre 4,9 et 5,0 %, ce qui est inférieur aux 7 à 8 % évoqués par certains ministres. La stratégie de Purbaya Yudhi Sadewa s’articule autour de trois axes principaux : l’injection de liquidités et le soutien au crédit, des aides ciblées pour les populations vulnérables et les secteurs stratégiques, et une pression sur la Banque d’Indonésie pour maintenir des taux d’intérêt bas (l’indice de référence étant actuellement fixé à 5,50 % en mai 2025). Des observateurs notent une inclinaison claire vers une politique monétaire plus souple.
Cette politique a des implications qui dépassent les frontières nationales. Une Indonésie en croissance plus rapide, capable d’atteindre l’objectif de 6 % fixé par le gouvernement, modifierait le paysage économique de l’Asie du Sud-Est, renforcerait les chaînes d’approvisionnement et attirerait les investissements étrangers, modifiant ainsi les équilibres géopolitiques. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) suit de près cette situation, tout comme l’Australie, dont les exportations pourraient bénéficier d’un marché de consommation indonésien plus dynamique. Les exportateurs australiens pourraient ainsi profiter d’une demande accrue.
Cependant, Canberra doit également tirer les leçons du passé. Les experts de Fitch Ratings mettent en garde contre les risques liés à une trop grande complaisance des banques centrales envers les bons du Trésor, ce qui pourrait éroder la confiance des investisseurs et des agences de notation. Un relâchement de la discipline budgétaire sans mesures compensatoires pourrait ainsi compromettre les notations de crédit de l’Indonésie et limiter l’accès aux financements nécessaires pour le développement et la transition climatique.
Pour garantir une croissance durable, l’Indonésie pourrait s’inspirer d’autres pays, comme le Chili, qui a mis en place des règles budgétaires strictes et des réserves anticycliques pour assurer la stabilité macroéconomique tout en finançant les dépenses sociales. Cette approche permet de concilier ambition économique et prudence budgétaire. Des investissements ciblés dans les infrastructures rurales, la logistique portuaire, l’irrigation et les programmes de repas scolaires pourraient également stimuler à la fois l’offre et la demande.
Les institutions internationales, telles que la Banque mondiale et le PNUD, ont souligné les défis structurels auxquels l’Indonésie est confrontée, notamment le chômage des jeunes, les disparités régionales et la nécessité d’améliorer les services publics. Ces questions nécessitent une attention particulière et un financement conditionnel, notamment par le biais de partenariats public-privé et d’obligations vertes. L’Australie, par le biais de son aide technique et de son financement concessionnel, peut jouer un rôle clé pour aider l’Indonésie à mettre en œuvre des réformes fiscales et à améliorer la transparence des marchés publics.
En fin de compte, le succès de « Purbayanomics » dépendra de la capacité du gouvernement indonésien à combiner ambition et crédibilité. Si Purbaya parvient à créer des emplois et à améliorer les infrastructures tout en garantissant la transparence et la discipline budgétaire, l’Indonésie pourra devenir un moteur de croissance pour la région. Dans le cas contraire, les conséquences pourraient être graves : inflation, fluctuations monétaires et perte de confiance des investisseurs. Le choix est clair : s’engager sur une voie durable ou prendre le risque d’une croissance de court terme.
Ce moment est crucial pour l’Indonésie, car il façonnera sa capacité à projeter sa puissance économique et son influence dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique. Pour l’Australie et les autres pays de la région, la tâche est claire : encourager l’ambition indonésienne, insister sur le respect des règles et aider à lier le courage budgétaire à la discipline institutionnelle. C’est cette approche, et non de simples applaudissements à la croissance globale, qui garantira la prospérité de la région et la stabilité géopolitique.
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