Publié le 2025-11-06 04:47:00. Un an après sa réélection, Donald Trump continue de marquer profondément les États-Unis, entre désillusions modérées et inquiétudes vives. Nos correspondantes à Washington et Chicago dressent un bilan de cette année marquée par la polarisation et les tensions sociales.
- L’élection de Donald Trump a suscité un choc et un sentiment d’incrédulité chez une grande partie de la population américaine, notamment à Washington, où 90 % des électeurs avaient voté pour Kamala Harris.
- L’intensité du gouvernement Trump et son omniprésence suscitent un sentiment de découragement et d’anxiété chez de nombreux Américains, même parmi ceux qui l’avaient soutenu.
- La politique migratoire de l’administration Trump a un impact visible, en particulier dans les villes démocrates comme Chicago, où des arrestations arbitraires sont signalées.
Un an après sa réélection, Donald Trump laisse une empreinte indélébile sur la société américaine. Barbara Colpi, correspondante de SRF à Washington, et Andrea Christen, correspondante de SRF à Chicago, témoignent d’une année de bouleversements et de tensions.
À Washington, l’ambiance était à la stupeur après l’élection. « La majorité des gens ont été choqués. Il faut le savoir : 90 % ont voté pour Kamala Harris », explique Barbara Colpi. Beaucoup ont alors été submergés par un sentiment de choc, certains évoquant même l’exil. Un couple du quartier a même fait le choix de s’installer en France, mais la plupart sont restés, tentant de surmonter cette déception.
Aujourd’hui, l’atmosphère à travers le pays reste tendue. « La politique est toujours un sujet de conversation. Avant, on pouvait parler d’autre chose, mais maintenant, je parle souvent de politique après dix minutes, même avec des inconnus », constate Andrea Christen.
« L’intensité de ce gouvernement, le fait qu’il ne laisse pas de répit aux gens, cela les déprime. »
Andrea Christen, correspondante de SRF à Chicago
Les électeurs modérés qui avaient voté pour Trump l’année précédente expriment également des doutes. Barbara Colpi a rencontré un producteur de soja dans l’Iowa, affecté par les droits de douane élevés, qui se demandait si le président avait oublié les agriculteurs. Une solution pour les producteurs de soja avait finalement été trouvée lors d’une rencontre entre Trump et Xi Jinping.
En tant que journaliste suisse, nos correspondantes sont souvent confrontées à la curiosité et à l’empathie des Américains. « Ce qui me frappe toujours, c’est la façon dont les gens me présentent leurs excuses », raconte Andrea Christen. Elle cite l’exemple d’un médecin qui lui a demandé si elle était stressée et s’est excusé lorsqu’elle a précisé qu’elle couvrait la politique américaine. « On entend quelque chose comme ça, surtout de la part des Américains de gauche », ajoute-t-elle.
La politique migratoire de l’administration Trump est particulièrement visible dans les villes démocrates comme Chicago. « Il est difficile de nier que Trump punit particulièrement les villes qui n’ont pas voté pour lui », affirme Andrea Christen. Des voitures banalisées circulent avec des agents en civil, effectuant des arrestations au milieu de la rue.
« Hands off Chicago » : manifestation devant un centre de détention pour immigrants de l’ICE. À Chicago, où règne la démocratie, la population ressent les effets de la politique migratoire de l’administration Trump. 17 octobre 2025
Keystone / Cristobal Herrera-Ulashkevitch
Barbara Colpi souligne que les Latinos, qu’ils soient en situation régulière ou non, vivent dans la peur. « C’est pourquoi ils restent à la maison autant que possible », explique-t-elle. Elle illustre cette situation par l’effondrement du service de livraison de nourriture à Washington, en raison de la crainte des livreurs d’origine latino-américaine, dont beaucoup sont des demandeurs d’asile titulaires d’un permis de travail.
L’entretien a été mené par Reena Thelly.
