Juin, désigné comme le Mois de la santé mentale des hommes, offre une opportunité vitale de faire face à une épidémie silencieuse. En Inde, où les normes culturelles assimilent souvent la masculinité au stoïcisme, la santé mentale des hommes reste enveloppée de stigmatisation, sous-discutée et sous-traitée.
Les statistiques font réfléchir: selon le National Mental Health Survey (2015-16), près de 15% des adultes indiens sont confrontés à des défis de santé mentale, les hommes affectés de manière disproportionnée par des problèmes tels que la toxicomanie et le suicide. À l’échelle mondiale, les hommes sont trois fois plus susceptibles de mourir par suicide que les femmes, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, les attentes sociétales – enracinées dans des phrases comme «Mard Ko Dard Nahi Hota» (les hommes ne ressentent pas de douleur) – continuent d’étouffer les conversations sur les difficultés émotionnelles des hommes.
Le poids des attentes
Depuis l’enfance, les hommes sont conditionnés à incarner la force, à supprimer la vulnérabilité et à hiérarchiser la prestation sur les soins personnels. En Inde, ces attentes sont amplifiées par un cadre patriarcal qui place les hommes en tant que soutiens de famille et protecteurs, souvent au prix de leur bien-être émotionnel.
Prenez Arjun *, un professionnel informatique de 32 ans de Bengaluru, dont l’histoire en reflète d’innombrables autres. Après avoir perdu son emploi lors d’une mise à pied technologique en 2023, Arjun a affronté l’anxiété et l’insomnie. «Je ne pouvais pas le dire à ma famille», a-t-il partagé lors d’une session. «Ils dépendaient de moi. Admettre que je me débattais avait l’impression d’échouer en tant qu’homme.» Le silence d’Arjun est emblématique d’un problème plus large: les hommes apprennent que l’expression émotionnelle est une faiblesse, les laissant intérioriser la douleur.
Les pressions économiques exacerbent cela. L’urbanisation rapide de l’Inde et les marchés de l’emploi compétitifs acquièrent le stress sur les hommes, en particulier dans les villes métropolitaines où la stabilité financière est assimilée à l’estime de soi. Les publications sur les réseaux sociaux de jeunes hommes se vendaient de manière anonyme sur l’épuisement professionnel, avec des hashtags comme #mentoo et #mentalhealthmatters.
Pourtant, ces cris numériques ne se traduisent souvent pas par un support réel. Les récits culturels – déclenchés par les héros hyper-masculins de Bollywood – renforcent l’idée que les hommes doivent «terminer», qu’ils soient confrontés au stress au travail, aux pannes relationnelles ou aux pertes personnelles.
La barrière de stigmatisation
La stigmatisation est le plus grand barrage routier des hommes qui recherchent un soutien en santé mentale. Dans les zones rurales, où la littératie en santé mentale est faible, les hommes sont souvent rejetés comme «faibles» ou étiquetés en termes désobligeants s’ils expriment une détresse émotionnelle. L’Inde urbaine se réalise un peu mieux; La thérapie est toujours considérée comme un luxe ou un signe d’échec.
Le manque d’infrastructures de santé mentale accessibles n’aide pas. L’Inde n’a que 0,75 psychiatre pour 100 000 personnes, selon l’OMS, et les services de santé mentale sont concentrés dans les centres urbains.
Pour les hommes des villes de niveau 2 ou des zones rurales, la recherche d’aide signifie souvent naviguer dans de longues distances ou des soins privés inabordables. De plus, les campagnes de santé mentale en Inde ciblent rarement les hommes spécifiquement, se concentrant plutôt sur les femmes ou les enfants. Cet écart laisse les problèmes des hommes – comme le stress en milieu de travail, la solitude ou le traumatisme des attentes sociétales – très non traitées.

La crise du suicide
La conséquence la plus alarmante de cette négligence est l’augmentation du taux de suicide masculin. En 2022, le National Crime Records Bureau a signalé 1,7 lakh de suicides en Inde, les hommes représentant près de 72%. Les jeunes hommes âgés de 18 à 30 ans, aux prises avec le chômage, la pression académique ou les problèmes relationnels, sont particulièrement vulnérables.
La réticence des hommes à demander de l’aide, aggrave cette crise. Contrairement aux femmes, qui sont plus susceptibles de se confier à des amis ou à la famille, les hommes manquent souvent d’espaces sûrs pour l’expression émotionnelle. Les amitiés masculines traditionnelles en Inde tournent autour des plaisanteries ou des activités partagées, se plongeant rarement dans les difficultés personnelles. Cet isolement pousse les hommes vers des mécanismes d’adaptation inadaptés – alcool, toxicomanie ou agression.
L’OMS note que les hommes en Inde sont deux fois plus susceptibles que les femmes à développer une dépendance à l’alcool, souvent en réponse au stress non traité.

Pathways to Change
La rupture de ce cycle exige une approche à plusieurs volets, en commençant par le démantèlement des stéréotypes. Les médias jouent ici un rôle crucial. Les films récents ont normalisé la thérapie, mais nous avons besoin de plus de récits présentant des hommes qui embrassent la vulnérabilité. Les voix masculines sur les plateformes de médias sociaux sont déjà difficiles en partageant des histoires de thérapie ou d’épuisement professionnel. Des campagnes comme «Movember», qui se concentrent sur la santé des hommes, pourraient gagner du terrain en Inde avec des efforts localisés, encourager les hommes à partager leurs vulnérabilités et relever les défis de la santé mentale.
L’éducation est une autre pierre angulaire. Les écoles doivent intégrer la littératie émotionnelle dans les programmes, enseignant aux garçons que la vulnérabilité est la force, pas la faiblesse. Les initiatives de niveau communautaire, comme les groupes de soutien des hommes dans les villages ou les lieux de travail, peuvent créer des espaces sûrs pour le dialogue.
Des efforts sont en cours dans le secteur privé pour offrir des programmes de santé mentale sensibles au genre aux hommes. La mise à l’échelle de ces efforts nécessite un soutien du gouvernement, peut-être par le biais de politiques de santé mentale des hommes dévoués ou de services de conseil subventionnés.
Les lieux de travail doivent également intensifier. Les environnements à haute pression de l’Inde de l’entreprise glorifient souvent le surmenage, en particulier pour les hommes. Les entreprises ont introduit des programmes de bien-être des employés, mais ceux-ci doivent aborder explicitement la santé mentale des hommes, offrant des ateliers confidentiels de conseil ou de gestion du stress.
Normaliser les jours de santé mentale – à faire des congés de maladie – pourrait réduire l’épuisement professionnel. Enfin, les familles jouent un rôle central. Encourager la communication ouverte, où les hommes se sentent en sécurité pour discuter des peurs ou des échecs, peuvent combler l’écart émotionnel. Les femmes, en tant que partenaires ou mères, peuvent remettre en question les attentes traditionnelles en validant les émotions des hommes plutôt que de les rejeter.

Un appel à l’action
Le Mois de la santé mentale des hommes est plus qu’un événement de calendrier; C’est un appel à repenser la masculinité en Inde. En favorisant une culture où les hommes peuvent exprimer la douleur sans honte, nous sauvons non seulement des vies mais construisons également des communautés plus fortes. Cela nécessite des efforts collectifs – des décideurs politiques finançant les services de santé mentale aux personnes défiant les stéréotypes dans les conversations quotidiennes.
Efforçons-nous de créer un monde où cela est vrai pour chaque homme. Le chemin à terme n’est pas facile, mais il est urgent. Laissez-nous briser le silence, une histoire à la fois.
* Le nom est modifié pour protéger la vie privée
(Le Dr Alok Kulkarni est consultant principal et psychiatre interventionnel au Manas Institute of Mental Health and Neurosciences, Hubli, Karnataka. [email protected])
Publié – 26 juin 2025 12h30 est