Publié le 28 novembre 2025 21:19:00. Une étude de l’Université de Washington à Saint-Louis révèle que le sorbitol, un édulcorant souvent présenté comme une alternative saine au sucre, pourrait être métabolisé dans le foie en fructose, avec des conséquences potentiellement néfastes pour la santé hépatique.
- Le sorbitol, un alcool de sucre présent dans de nombreux produits « allégés » et fruits, peut être converti en fructose dans le foie.
- La présence de certaines bactéries intestinales peut atténuer les effets négatifs du sorbitol, tandis que leur absence pourrait aggraver les risques.
- Les chercheurs soulignent qu’il n’existe pas de substitut au sucre totalement inoffensif et que de multiples voies métaboliques peuvent mener à un dysfonctionnement hépatique.
Des chercheurs de l’Université de Washington à Saint-Louis ont mis en évidence un mécanisme inquiétant : le sorbitol, un édulcorant largement utilisé dans les aliments et boissons « sans sucre », pourrait ne pas être aussi inoffensif qu’on le pensait. L’étude, publiée dans la revue Signalisation scientifique, s’inscrit dans une lignée de recherches démontrant les effets délétères du fructose sur le foie et d’autres organes.
Gary Patti, professeur de chimie, de génétique et de médecine à WashU Medicine, avait déjà publié des travaux sur la manière dont le fructose, une fois traité par le foie, peut alimenter la croissance de cellules cancéreuses. Des recherches antérieures ont également établi un lien entre le fructose et la stéatose hépatique non alcoolique, une maladie qui touche environ 30 % de la population adulte mondiale.
La découverte la plus surprenante de cette nouvelle étude est que le sorbitol, chimiquement proche du fructose, peut induire des effets similaires. Selon Patti, le sorbitol est en quelque sorte une « transformation » du fructose.
Les expériences menées sur des poissons zèbres ont révélé que le sorbitol, souvent présent dans les bonbons, les chewing-gums « à faible teneur en calories » et naturellement contenu dans les fruits à noyau, peut être produit par des enzymes dans l’intestin et ensuite converti en fructose dans le foie. L’équipe de recherche a identifié plusieurs voies métaboliques menant au fructose, influencées par les habitudes alimentaires (consommation de sorbitol et de glucose) et la composition du microbiote intestinal.
« Le sorbitol peut être produit dans le corps à des niveaux importants », explique Patti. « Mais si vous avez les bonnes bactéries, cela n’a pas d’importance. »
Certaines souches bactériennes, notamment du genre Aéromonas, sont capables de dégrader le sorbitol en un sous-produit inoffensif. Cependant, en l’absence de ces bactéries bénéfiques, le sorbitol n’est pas dégradé et est acheminé vers le foie, où il est transformé en un dérivé du fructose.
Cette découverte est particulièrement pertinente pour les personnes atteintes de diabète ou d’autres troubles métaboliques, qui peuvent se tourner vers des édulcorants alternatifs en pensant réduire leur consommation de sucre. Les bactéries intestinales semblent capables d’éliminer le sorbitol lorsqu’il est présent en quantités modérées, comme celles que l’on trouve dans les fruits. Mais des problèmes surviennent lorsque les quantités de sorbitol dépassent la capacité de dégradation du microbiote intestinal, ce qui peut se produire en cas de consommation excessive de glucose ou de sorbitol.
« Plus la consommation de glucose et de sorbitol est importante, plus les microbes intestinaux peuvent être submergés », précise Patti.
Le chercheur a d’ailleurs été surpris de constater la quantité de sorbitol présente dans sa propre barre protéinée préférée, soulignant la difficulté d’éviter à la fois le sucre et les édulcorants alternatifs, qui sont souvent combinés dans les aliments transformés.
L’équipe de recherche prévoit d’approfondir ses investigations pour comprendre les mécanismes précis par lesquels les bactéries éliminent le sorbitol. Cependant, l’idée que les alcools de sucre, également appelés polyols, soient systématiquement éliminés de manière inoffensive pourrait être remise en question. « Nous constatons absolument que le sorbitol administré aux animaux se retrouve dans les tissus de tout le corps », conclut Patti.
En définitive, cette étude renforce l’idée qu’il n’existe pas de solution miracle pour remplacer le sucre et que de nombreuses voies métaboliques peuvent conduire à un dysfonctionnement hépatique.
Ce travail a été financé par les National Institutes of Health.