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Un enseignant évacué commence ses études au Royaume-Uni

by Clara Dubois

Publié le 8 octobre 2025 à 23:01:00. Sana el-Azab, une enseignante gazaouie, a trouvé refuge à Durham, dans le nord-est de l’Angleterre, après avoir été évacuée avec d’autres étudiants. Son histoire témoigne de la destruction du système éducatif palestinien et de la volonté de reconstruire malgré tout.

  • 58 étudiants de Gaza ont été évacués vers le Royaume-Uni pour poursuivre leurs études, confrontés à un mélange de soulagement et de culpabilité.
  • L’Université Al-Azhar de Gaza, où Sana el-Azab a obtenu sa licence, a été gravement endommagée par les bombardements.
  • Sana el-Azab a créé une école de fortune à Gaza pour offrir une éducation de base aux enfants, malgré les conditions de guerre.

Après des semaines d’incertitude, Sana el-Azab, 29 ans, a finalement pu quitter la bande de Gaza le 17 septembre dernier pour rejoindre l’Université de Durham, où elle bénéficie d’une bourse pour étudier le leadership et le changement pédagogique. Son parcours, d’une ville assiégée à une ville universitaire anglaise, est à la fois une source d’espoir et de profonde tristesse.

« C’est une autre planète, pas seulement un autre monde », confie Sana el-Azab, arrivée à Durham à la fin du mois dernier avec 33 autres étudiants gazaouis. « Personne ne peut comprendre ce que j’ai vécu à Gaza. »

La situation à Gaza est désastreuse pour l’éducation. Depuis deux ans, l’enseignement en présentiel est suspendu, et l’ONU craint une « génération perdue » d’enfants. Selon le Global Education Cluster, un partenariat entre des agences des Nations Unies et des ONG, 97 % des écoles ont subi des dommages dus à la guerre. L’Université Al-Azhar, où Sana a étudié la littérature anglaise, a été réduite en ruines par les bombardements israéliens.

Avant de quitter Gaza, Sana a fait preuve d’une détermination remarquable en ouvrant une école de fortune dans un bâtiment sans toit à Deir al-Balah, en avril dernier. Vingt jeunes filles âgées de sept à douze ans y recevaient un enseignement de base. Parfois, elle accueillait jusqu’à 50 élèves. « J’ai vu des enfants déplacés passer leur temps à faire la queue pour obtenir de la nourriture et de l’eau – sans avoir d’enfance, et je voulais faire quelque chose pour eux », explique-t-elle. Elle leur enseignait l’anglais, les mathématiques et leur offrait un espace pour exprimer leurs traumatismes à travers l’art.

« Je voulais leur donner un peu de normalité. »

Sana el-Azab, enseignante

Quitter sa famille et ses élèves a été une décision déchirante. Sana est partie avec seulement son téléphone portable et les vêtements qu’elle portait. « Je suis tellement fière d’être arrivée ici. Mais c’est très compliqué. Je ne peux pas tout gérer. C’est accablant », confie-t-elle. « Je suis soulagée, reconnaissante et heureuse d’être sortie, mais je ressens du chagrin de laisser derrière moi mes précieux frères et sœurs, mes neveux et nièces, ainsi que mes parents âgés dans cette situation désastreuse. »

Au total, 58 étudiants de Gaza ont désormais rejoint plus de 30 universités britanniques grâce à des bourses. Un nouveau groupe de 24 étudiants est arrivé la semaine dernière, et 20 autres attendent leur départ de Gaza. Nora Parr, de l’Université de Birmingham, qui a coordonné ces évacuations, souligne la complexité du processus : « Cela a été un processus implacable et très, très difficile, alors qu’il aurait dû être beaucoup plus facile. » Elle ajoute : « Ce sont ces gens qui vont reconstruire Gaza. »

Un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré que l’évacuation était un « processus très complexe » et que d’autres étudiants étaient attendus dans les semaines à venir.

Sana el-Azab est consciente de la chance qui lui est offerte, mais elle reste profondément marquée par les événements qu’elle a vécus. Elle avoue avoir du mal à se concentrer sur ses études, tiraillée entre son désir d’apprendre et son souci pour ceux qu’elle a laissés derrière elle. « C’est difficile de passer du mode survie à l’apprentissage. La moitié de mon esprit est en classe et l’autre moitié est toujours à Gaza », dit-elle. Elle espère pouvoir utiliser son éducation pour apporter un changement positif à Gaza à son retour.

Lors de sa première visite dans un supermarché britannique, Sana a été frappée par l’abondance de nourriture, en particulier le pain. Mais elle a du mal à manger et à dormir correctement, hantée par les images de Gaza. Malgré les difficultés, elle trouve du réconfort dans la beauté et la sécurité de Durham. « C’est comme une thérapie pour moi, rien que de m’y promener », conclut-elle.

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