L’ancien ministre Cheikh Oumar Anne a refusé de comparaître le 16 octobre 2026 devant la commission d’enquête sur le programme « Un étudiant, un ordinateur », invoquant dans un courrier du 12 octobre une démarche sélective.
Cheikh Oumar Anne boycotte la commission parlementaire
Cheikh Oumar Anne, qui exerce les fonctions de député à l’Assemblée nationale, de maire de Ndioum et fut ministre de la République, a choisi de rejeter la convocation de la commission d’enquête parlementaire chargée d’analyser le projet « Un étudiant, un ordinateur », dont la comparution était fixée au vendredi 16 octobre 2026. Dans une correspondance adressée au président de la commission le 12 octobre 2026, il conteste la légitimité et l’impartialité de la démarche.
Il pointe notamment le comportement d’un membre de la commission et exige que le contrôle s’étende à d’autres dossiers de la gestion publique. Tout en affirmant son attachement au contrôle parlementaire, qu’il qualifie d’instrument essentiel de transparence, il dénonce un ciblage exclusif des anciens responsables.
Fort d’une carrière de professeur d’université de 1990 à 2026, de maire depuis douze ans, de député élu à deux reprises, de directeur général pendant douze ans et de ministre pendant cinq ans, il se présente comme un serviteur attaché à la reddition des comptes, tout en rejetant ce que la Jeunesse de la Nouvelle Responsabilité Jamm-Ji qualifie de « procès en sorcellerie » et l’Alliance pour la République (Apr) de « farce de mauvais goût » et de « cirque médiatique » mené par Pastef.
J’ai décidé de ne pas y répondre, pour des raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité, mais également de respect des institutions.
Cheikh Oumar Anne, ancien ministre et député, via Actusen
L’opposition réclame l’élargissement des enquêtes à d’autres dossiers
Pour appuyer sa contestation d’un traitement inégal, Cheikh Oumar Anne réclame que le contrôle parlementaire et les investigations soient élargis à plusieurs dossiers de l’actualité récente et de l’administration actuelle. Sa position est relayée par des formations politiques et des coalitions citoyennes qui exigent une reddition des comptes globale, immédiate et impartiale sans cibler uniquement l’opposition.
- Les 8 milliards de francs CFA annoncés pour les sinistrés de Bakel, Matam, Podor et des zones environnantes, dont l’utilisation est jugée opaque.
- Le contrat d’électrification rurale de l’Agence générale des achats et de l’électrification rurale (ASER) avec l’entreprise AEE Power EPC, évalué à 37 milliards de francs CFA selon l’ancien ministre, ou portant sur 37 milliards d’après d’autres sources.
- Le fonds JAMM pour la paix en Casamance, géré par l’ANRAC et doté de 1,7 milliard de francs CFA, dont l’ancien ministre demande l’examen des modifications d’affectation.
- Les fonds prévus pour les victimes des événements de 2021 à 2024, s’élevant à 5 milliards de francs CFA.
- Les dépenses trimestrielles de l’Assemblée nationale ainsi que l’acquisition des 165 véhicules de l’institution.
La commission auditionne les acteurs et fournisseurs du programme
Dès 8h30 le mardi 6 octobre, les auditions se sont poursuivies avec la participation de Mamadou Sow et Abo Wade, décrits comme des acteurs historiques du projet, avant de se poursuivre à 10h30 avec Mouhamadou Yaya Sow, qui dirige les Infrastructures technologiques et les Systèmes d’information au sein de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK). L’après-midi a ensuite vu défiler Oumar Sakho, directeur de la Direction centrale des marchés publics (DCMP), à 14h30, puis Ndeye Sine Diop, ancienne coordonnatrice de la Cellule de passation des marchés du ministère, à 16h30. Les travaux ont également permis d’entendre d’autres intervenants, tels que l’ancien directeur général de l’Agence générale du patrimoine bâti de l’État Abdou Karim Fofana, M. Malick Sow, ou encore Sahid Yallou, directeur général d’Ecobank Sénégal, et Jean Koné, patron actuel de la DGID.

Du côté des fournisseurs, le Directeur général de Camputer Land, Abdoulaye Thiam, a indiqué lors de son audition que son entreprise avait livré un total de 76 178 ordinateurs au MESRI entre 2017 et 2024, tout en mentionnant un contentieux portant sur un stock de 20 000 ordinateurs non livrés. Cheikh Oumar Anne suggère quant à lui que la commission aurait pu commencer ses investigations en étudiant la documentation disponible, notamment la convention de partenariat et les procédures de mise en œuvre.
Les divergences politiques face aux méthodes de contrôle
L’Alliance pour la République (Apr) a dénoncé une mascarade et un cirque médiatique mené à des fins politiciennes, appelant l’opposition à se désolidariser de ces travaux. À l’inverse, l’acteur politique Mamoudou Ibra Kane estime que la politique de la chaise vide n’est pas la solution et encourage la participation aux auditions, tout en demandant l’élargissement des enquêtes et en rappelant de précédents historiques tels que la commission d’enquête sur les six milliards de la SONACOS, l’affaire des vivres de soudure, les 94 milliards ou les chantiers de l’ANOCI.
Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a rappelé lors de l’ouverture de la session 2026-2027 que les commissions d’enquête ne constituent pas un tribunal et ne se substituent pas à l’autorité judiciaire, exigeant des députés rigueur et respect envers les personnes auditionnées.