L’alimentation intuitive, bien plus qu’un régime, est une approche qui invite à renouer avec ses sensations et à se libérer des diktats de la minceur. Nora Stankewitz, thérapeute systémique, explique comment cette méthode peut aider à transformer notre rapport à la nourriture et à notre corps.
Pour beaucoup, l’alimentation intuitive est d’abord perçue comme un moyen de perdre du poids durablement. Pourtant, Nora Stankewitz insiste : « Il ne devrait pas s’agir de cela, mais d’abandonner le désir de se conformer à un certain idéal corporel et de développer plutôt une acceptation de votre propre nourriture et de votre propre corps, même si vous n’en êtes pas toujours satisfait. » Elle constate que de nombreuses personnes, notamment les femmes, sont prises dans un cycle de restrictions et de culpabilité, où le simple fait de ne pas suivre un régime strict peut engendrer un sentiment d’échec.
L’experte souligne l’importance d’écouter les signaux de son corps, bien au-delà de la simple sensation de faim. « Beaucoup de gens ne mangent quelque chose que lorsque leur estomac grogne et que leur niveau d’énergie est complètement bas. La faim se manifeste bien plus tôt, par manque de concentration, impatience ou maux de tête », explique-t-elle. Il s’agit donc d’apprendre à reconnaître ces signaux précoces et à répondre aux besoins réels de son organisme.
Nora Stankewitz a elle-même été confrontée aux troubles de l’alimentation dans sa jeunesse, une expérience qui l’a conduite à se former et à développer son approche thérapeutique. Elle a suivi les enseignements de la Société allemande de thérapie systémique, de conseil et de thérapie familiale, ainsi que des nutritionnistes américaines Evelyn Tribole et Elyse Resch, pionnières du concept d’alimentation intuitive.
Elle observe que la pression sociale, particulièrement forte chez les femmes, joue un rôle majeur dans la perturbation de notre rapport à la nourriture. « Nous vivons encore aujourd’hui dans des structures patriarcales dans lesquelles on dit aux femmes qu’elles doivent être aussi attirantes que possible et prendre le moins de place possible », déplore-t-elle. L’alimentation intuitive devient alors un acte d’émancipation, permettant de se libérer de ces injonctions et de retrouver une confiance en soi.
Cette libération peut avoir des répercussions bien au-delà de l’alimentation. « Lorsqu’une femme parvient enfin à faire la paix avec ses habitudes alimentaires, à dire : « Je ne me soucie plus de savoir si les pantalons des années 90 me vont encore », alors une nouvelle confiance en soi apparaît qui peut également rayonner dans d’autres domaines de la vie », précise Nora Stankewitz.
Les fêtes de fin d’année, avec leur abondance de nourriture et de tentations, sont souvent source de stress pour celles et ceux qui cherchent à contrôler leur poids. L’experte conseille de fixer des limites claires et de ne pas céder à la pression sociale. « Interdire les discussions sur le régime pendant les vacances serait un bon début. Aussi pour voir de quoi d’autre la famille peut parler », suggère-t-elle. Elle rappelle qu’il est essentiel de se concentrer sur le plaisir de manger et de partager, sans culpabilité ni restriction.
Nora Stankewitz met en garde contre les situations où l’alimentation est dictée par la pression, la contrainte ou la culpabilité. Elle remarque que de nombreuses mères se sentent obligées de retrouver leur silhouette d’avant la grossesse, une injonction irréaliste qui peut engendrer un cercle vicieux. « Mais sont-elles vraiment obligées de le faire ? Aujourd’hui encore, notre société propage l’idée selon laquelle une femme devrait avoir la même apparence après la naissance de son bébé qu’avant. Mais ça ne marche pas. Les corps changent. »
À lire aussi
