Publié le 2025-10-26 14:15:00. Les fraudes en ligne, dopées par l’intelligence artificielle, coûtent de plus en plus cher aux Canadiens, avec des escroqueries sophistiquées ciblant notamment les paiements de péages et de stationnement.
- Une nouvelle équipe de fraudeurs, baptisée PayTool, est active au Canada et a potentiellement visé plus de 900 personnes.
- Les pertes déclarées liées à la fraude pourraient dépasser les 645 millions de dollars canadiens (environ 470 millions d’euros) pour l’année 2024.
- Les experts soulignent la difficulté d’identifier et de bloquer ces escroqueries, malgré les efforts de coalition entre différents secteurs.
Une société montréalaise spécialisée dans la recherche sur la cybercriminalité, Flare Systems Inc., a mis en lumière l’activité d’un nouveau groupe de fraudeurs ciblant les Canadiens. Ce groupe, surnommé PayTool, utilise des techniques d’escroquerie liées aux péages et au stationnement, notamment par le biais de messages texte frauduleux se faisant passer pour des organismes légitimes, comme l’autoroute express 407 en Ontario.
Selon Flare Systems, PayTool aurait déjà identifié plus de 900 victimes potentielles et opérerait à partir de 37 sites web différents. L’utilisation de technologies de pointe, telles que l’intelligence artificielle et les monnaies virtuelles, permet aux criminels de siphonner des sommes considérables de l’économie canadienne.
Les chiffres sont alarmants : les Canadiens ont déclaré des pertes de 544 millions de dollars canadiens (environ 395 millions d’euros) au Centre antifraude du Canada au cours des neuf premiers mois de 2025. Si cette tendance se maintient, les pertes totales pour l’année pourraient dépasser les 645 millions de dollars canadiens (environ 470 millions d’euros) déclarés en 2024. Le Centre antifraude précise toutefois que ces chiffres ne représentent qu’une fraction (entre 5 et 10 %) de l’ensemble des fraudes commises.
L’activité de PayTool semble s’être intensifiée ces derniers mois. Adrian Cheek, chercheur principal en cybercriminalité chez Flare Systems, estime que les personnes derrière ce groupe se trouvent probablement au Canada ou entretiennent des liens avec le pays.
« Nous croyons fermement que les personnes derrière ce groupe particulier ou ces escroqueries sont en réalité basées au Canada ou ont des liens avec le Canada lui-même. »
Adrian Cheek, chercheur principal en cybercriminalité chez Flare Systems
Les fraudeurs ciblent leurs victimes en fonction de leur indicatif régional, ce qui suggère une connaissance du marché canadien. L’escroquerie commence généralement par un message texte non sollicité, envoyé depuis un numéro de téléphone canadien, informant le destinataire d’une amende impayée pour un stationnement ou un péage. La somme demandée est souvent modique, mais le message menace de frais de retard, de suspension de permis de conduire ou de poursuites judiciaires en cas de non-paiement. Un lien est inclus, redirigeant vers un faux site web imitant l’agence concernée, comme l’autoroute 407 ETR ou la province de la Colombie-Britannique.
Les victimes sont ensuite invitées à saisir des informations personnelles et financières sensibles, telles que leur numéro de carte de crédit ou leur numéro de permis de conduire. Ces données peuvent être revendues ou utilisées pour effectuer des achats frauduleux.
Selon M. Cheek, il est difficile pour les opérateurs de télécommunications d’identifier et de bloquer ces messages frauduleux.
« Il est très difficile pour les opérateurs de télécommunications d’isoler un groupe d’escrocs parmi le nombre massif de messages texte envoyés chaque jour, à moins qu’ils ne disposent d’informations spécifiques pour les orienter dans une direction spécifique. »
Adrian Cheek, chercheur principal en cybercriminalité chez Flare Systems
Il décrit la situation comme un « jeu consistant à chercher des aiguilles dans une pile d’aiguilles ». Face à ce problème croissant, une Coalition canadienne anti-arnaque a été créée l’année dernière, regroupant des entreprises de télécommunications, des institutions financières, des entreprises technologiques et d’autres organisations. L’objectif est de lutter contre les escroqueries en bloquant les sites web, les messages texte et les appels téléphoniques frauduleux.
Anthony Ostler, président et chef de la direction de l’Association des banquiers canadiens, avait souligné lors du lancement de la coalition l’importance d’empêcher les fraudeurs d’atteindre leurs victimes potentielles.
Flare Systems prévoit de partager ses conclusions avec les télécommunications et les forces de l’ordre. Parallèlement, les autorités canadiennes en valeurs mobilières collaborent avec un fournisseur de services technologiques tiers pour supprimer les sites web proposant des escroqueries à l’investissement.
