Publié le 2024-04-23 10:32:00. Un rapport de l’ONU dénonce les dérives de la maternité de substitution (GPA) à l’échelle mondiale, appelant à une interdiction internationale face à une pratique jugée contraire à la dignité humaine et source d’exploitation.
- Le marché mondial de la GPA est en forte croissance, atteignant 14,4 milliards de dollars en 2023 et prévoyant 96,6 milliards de dollars en 2033.
- Seulement 10 % des bénéfices de cette industrie profitent aux mères porteuses, tandis que les intermédiaires s’enrichissent.
- L’ONU appelle à criminaliser la commande d’enfants et à interdire la publicité pour la GPA.
La maternité de substitution est au cœur d’une controverse croissante, illustrée par un rapport accablant de Mme Alsalem, experte indépendante de l’ONU sur les formes contemporaines d’esclavage. Le document dénonce une pratique qui, selon elle, réduit la femme et l’enfant à de simples marchandises, portant atteinte à leur dignité et à leur développement.
Selon le rapport, la GPA conduit à des situations d’exploitation inacceptables. Des cas d’avortements forcés de fœtus présentant des malformations congénitales, de refus d’indemnisation des mères porteuses, et même de détention et de prélèvement forcé d’ovules ont été documentés, notamment au Cambodge et en Géorgie. Des femmes cambodgiennes auraient été détenues et forcées d’accoucher menottées, tandis qu’environ 100 femmes géorgiennes auraient subi un prélèvement forcé d’ovules.
Le rapport souligne également les risques physiques et psychologiques encourus par les mères porteuses. Elles sont trois fois plus susceptibles de souffrir de complications pendant la grossesse, comme le syndrome d’hyperstimulation ovarienne, une réaction potentiellement fatale à des traitements de fertilité excessifs. Au-delà des risques physiques, les mères porteuses témoignent d’une profonde déshumanisation et d’un sentiment d’enfermement dans un arrangement qu’elles n’avaient pas pleinement anticipé.
« Les mères sont présentées comme des vases sans importance, donnant naissance à des enfants qui sont également marchandisés. »
Mme Alsalem, experte indépendante de l’ONU sur les formes contemporaines d’esclavage
L’ONU appelle les États membres à adopter des lois interdisant la GPA, à criminaliser la commande d’enfants et sa facilitation par les cliniques spécialisées, et à bloquer toute publicité pour ce type de services. Elle insiste sur la nécessité de lutter contre le « tourisme reproductif », où des couples se rendent dans des pays aux réglementations laxistes pour recourir à des mères porteuses, souvent dans des contextes de pauvreté.
Les États-Unis sont devenus une destination privilégiée pour les familles à la recherche de mères porteuses, représentant plus de la moitié des maternités de substitution internationales impliquant des ressortissants britanniques ces dernières années. Le coût d’une GPA aux États-Unis varie en moyenne de 100 000 $ (environ 92 000 €) à 200 000 $ (environ 184 000 €), selon l’Egg Donor and Surrogacy Institute.
La situation juridique varie considérablement d’un pays à l’autre. Au Royaume-Uni, la mère porteuse reste légalement la mère tant qu’un tribunal n’accorde pas une ordonnance parentale. En Californie, en revanche, certains États « favorables à la GPA » ne reconnaissent aucun droit parental à la mère biologique.
Mme Alsalem met en garde contre le risque d’une simple exportation du problème si les couples britanniques continuent à se tourner vers des pays comme l’Ukraine ou les États-Unis, où les réglementations moins strictes favorisent l’exploitation et le trafic d’enfants. Les mères porteuses sont donc au centre d’un débat éthique et juridique complexe.
Le rapport souligne que les mères porteuses sont parfois désignées par des termes déshumanisants tels que « fours » ou « porteuses gestationnelles », soulignant le manque de considération pour leur bien-être et leur dignité. Des cas d’exploitation de femmes dans des pays comme le Mexique ont également été mis en lumière.
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