Publié le 2024-05-02 10:15:00. Une avancée médicale majeure offre un espoir aux personnes souffrant de dégénérescence maculaire sèche : un implant électronique combiné à des lunettes de réalité augmentée permet à certains patients de retrouver une partie de leur capacité de lecture.
- Un essai clinique européen a permis à 84 % des participants de distinguer des lettres, des chiffres et des mots grâce à cette technologie.
- L’implant, de la taille d’une tête d’épingle, est associé à des lunettes équipées d’une microcaméra et d’un petit ordinateur portable.
- Cette innovation pourrait bénéficier à plus de 5 millions de personnes dans le monde atteintes d’atrophie géographique liée à la dégénérescence maculaire sèche.
Des chercheurs ont réussi à redonner une certaine autonomie visuelle à des patients atteints d’une forme sévère de perte de vision centrale. L’étude, publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), démontre l’efficacité d’un dispositif combinant un implant électronique et des lunettes de réalité augmentée.
Les patients concernés souffrent d’atrophie géographique due à la dégénérescence maculaire sèche liée à l’âge (DMLA sèche), une maladie qui provoque la détérioration progressive des cellules de la rétine responsables de la vision centrale. Cette affection, qui touche généralement les personnes de plus de 60 ans, est l’une des principales causes de perte de vision irréversible chez les personnes âgées. À ce jour, il n’existe aucun traitement approuvé pour l’atrophie géographique, et environ 5 millions de personnes dans le monde en sont affectées.
L’essai clinique, mené dans cinq pays européens et impliquant 38 participants, a révélé des résultats encourageants. Grâce à l’implant et aux lunettes, 32 patients ont pu lire des lettres, des chiffres ou des mots, une capacité qu’ils avaient perdue en raison de la maladie. Avant l’intervention, ces patients étaient incapables de lire ou de reconnaître des symboles avec l’œil traité.
Le dispositif, baptisé PRIMA, est constitué d’une micropuce ultrafine, de seulement 2 millimètres de côté et 30 microns d’épaisseur, qui est implantée sous la rétine, dans la zone endommagée. L’intervention chirurgicale, qui dure moins de deux heures, consiste à retirer le gel de l’intérieur de l’œil, à créer une petite ouverture dans la rétine et à positionner la puce sous les cellules affectées.
Le fonctionnement de l’implant repose sur un principe ingénieux : il agit comme un petit panneau solaire, convertissant la lumière infrarouge en signaux électriques. Ces signaux sont ensuite transmis via les cellules rétiniennes et le nerf optique au cerveau, qui les interprète comme une image.
Pour compléter le système, les patients portent des lunettes de réalité augmentée équipées d’une microcaméra. Cette caméra capture les images de l’environnement et les transmet sous forme de faisceau infrarouge à l’implant. Un petit ordinateur portable porté à la taille traite l’image et permet à l’utilisateur de zoomer pour agrandir les textes.
Selon le professeur Daniel Palanker, de l’Université de Stanford, qui a eu l’idée de développer cet implant il y a 20 ans, « Grâce à mon expérience antérieure en optique et électronique ophtalmiques, nous avons mis au point une conception photovoltaïque qui évite les difficultés auxquelles les implants précédents étaient confrontés. » Il a ajouté : « Notre conception est entièrement sans fil ; l’implant est très fin et fonctionne avec la lumière ».
« Relire est une énorme amélioration de la qualité de vie, remonte le moral et restaure l’indépendance. »
Mahi Muqit, chirurgien
Les chercheurs soulignent que l’implant ne restaure pas la vision originale, mais offre une nouvelle façon d’accéder au monde visuel. Ils précisent également que l’utilisation du système nécessite une rééducation intensive pour permettre aux patients de s’adapter à la nouvelle façon dont ils perçoivent les images.
L’équipe de recherche, qui comprend également José-Alain Sahel de l’Université de Pittsburgh et Frank Holz de l’Université de Bonn, espère obtenir prochainement l’autorisation de commercialiser l’implant PRIMA en Europe. Le coût de l’appareil devrait être similaire à celui des implants cochléaires. Ils envisagent également d’étendre son utilisation à d’autres maladies oculaires affectant la rétine et travaillent sur un nouveau logiciel pour améliorer la reconnaissance des scènes naturelles, notamment des visages.
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