Home Affaires“Un lieu volontairement isolé, afin d’éviter les contagions”, on vous raconte l’histoire du cimetière des enfants de Pen Bron

“Un lieu volontairement isolé, afin d’éviter les contagions”, on vous raconte l’histoire du cimetière des enfants de Pen Bron

by Amélie Bernard

Publié le 31 octobre 2025 18:15:00. Sur une dune face à l’océan, un petit cimetière abrite les tombes d’enfants décédés au début du XXe siècle dans un sanatorium de la région. Un lieu de mémoire préservé par des bénévoles, dont l’avenir est incertain face à un projet immobilier.

  • Un cimetière de 100 tombes d’enfants et de religieuses se trouve sur la dune de Pen Bron, en Loire-Atlantique.
  • Ce cimetière a été créé en 1901 pour accueillir les enfants décédés dans le sanatorium de Pen Bron, ouvert en 1887 pour soigner la tuberculose osseuse et le rachitisme.
  • L’association Les Amis de Pen Bron œuvre à l’entretien de ce lieu de mémoire, tandis que l’avenir du site est lié à un projet immobilier.

Une grille rouillée, ouverte une fois par an à la fin du mois d’octobre, marque l’entrée d’un lieu hors du temps. Niché sur la dune de Pen Bron, ce petit cimetière est un témoignage poignant d’une époque révolue. Alignées les unes à côté des autres, protégées par un muret de pierre et quelques pins, les petites tombes blanches portent des noms et des âges : Paulette, 10 ans ; Marie-Thérèse, 3 ans… Des vies brèves, emportées par la maladie il y a plus d’un siècle.

L’histoire de ce cimetière est intimement liée à celle du sanatorium de Pen Bron, fondé en 1887 par Hippolyte Pallu, inspecteur des enfants assistés. Convaincu des bienfaits de l’air marin, il ouvrit ce centre pour accueillir les enfants issus de familles modestes, atteints de tuberculose osseuse ou de rachitisme. Malheureusement, tous ne survivaient pas à la maladie.

Initialement, les enfants décédés étaient inhumés au Croisic, de l’autre côté du bras de mer. Mais la traversée, parfois périlleuse en fonction des conditions météorologiques, posait problème. C’est pourquoi, en novembre 1890, le conseil municipal décida de créer un cimetière à Pen Bron, qui fut implanté sur la dune en 1901 après plusieurs démarches administratives, comme le rappelle l’actuel maire de la Turballe, Didier Cadro : « Quelques années après l’ouverture du centre de soins, le conseil municipal de l’époque a décidé de créer un cimetière à Pen Bron. »

« Chaque année on fait en sorte que ce cimetière soit entretenu, que ce soit un lieu de mémoire et que ce cimetière vive. »

Andréa Le Masne, bénévole de l’association Les Amis de Pen Bron et autrice du livre “Pen-Bron”

Aujourd’hui, l’association Les Amis de Pen Bron veille sur ce lieu de mémoire. Chaque automne, les bénévoles nettoient, désherbent et fleurissent les 85 tombes d’enfants et les 15 tombes de religieuses, les sœurs de Saint Vincent de Paul qui soignaient les enfants au sanatorium. Cette année, de petites bruyères ont été choisies pour embellir les sépultures.

Le cimetière accueillit des enfants âgés de six mois à vingt ans, garçons et filles. On peut encore lire sur les pierres tombales des noms comme Paulette, décédée le 24 mai 1932 à l’âge de 10 ans, Jean, décédé le 11 août 1934 à 6 ans, ou encore Marie-Thérèse, décédée le 27 août 1939 à 3 ans.

Ce lieu singulier a inspiré des artistes, notamment l’écrivain Bernard Clavel, qui le décrit dans son roman Fleur de sel (1977). Andréa Le Masne cite un passage du livre : « A deux ou trois sabotées au nord de Pen-Bron, vous découvrirez un jardin d’enfants plus émouvant que tous les crépuscules… Les enfants qui sont ici ne s’en iront pas et nul ne viendra les déranger. Au centre de l’enclos, une religieuse de quatre-vingt-six ans veille sur ceux qui dorment en écoutant la grande voix de la mer. »

Le centre héliomarin de Pen Bron a fermé ses portes en 2017. Un projet immobilier du groupe Vinci est actuellement à l’étude. Les œuvres de Pen Bron devenues Helyans, propriétaire du site, devraient vendre la dune au Conservatoire du littoral.

« Le cimetière des enfants de Pen Bron doit revenir à la commune de la Turballe. »

Didier Cadro, maire de la Turballe

Pour le maire de la Turballe, il est essentiel que le cimetière des enfants de Pen Bron soit transféré à la commune, qui en assurerait ainsi la pérennité et la mémoire.

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