Publié le 22 décembre 2025 16:55:00. Une équipe de chercheurs américains a identifié une protéine humaine capable de freiner la dégénérescence neuronale associée à la maladie d’Alzheimer, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentiellement plus sûres et plus accessibles.
- Une protéine naturelle, la progranuline, pourrait ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer en stoppant la mort des neurones.
- Cette découverte remet en question l’approche thérapeutique actuelle, axée principalement sur la suppression des plaques amyloïdes.
- Des essais cliniques sur l’homme sont prévus dès 2026.
La lutte contre la maladie d’Alzheimer pourrait connaître un tournant majeur grâce à une nouvelle approche ciblant non pas les symptômes visibles de la maladie, mais le processus même de dégénérescence neuronale. Des scientifiques de la faculté de médecine de l’Université du Colorado ont mis en évidence le potentiel d’une protéine naturellement présente dans l’organisme, la progranuline, pour ralentir la progression de cette maladie neurodégénérative qui touche des millions de personnes à travers le monde.
L’étude, publiée dans la revue Cell Reports Medicine, propose une stratégie inédite : administrer une version modifiée de la progranuline, appelée granuline, pour protéger les neurones et interrompre le cycle d’autodestruction cellulaire. Les premiers résultats, obtenus sur des modèles animaux, sont encourageants. Les chercheurs ont constaté que cette intervention permettait de stopper significativement la mort des neurones aux premiers stades de la maladie, sans pour autant éliminer les plaques amyloïdes, ces dépôts protéiques longtemps considérés comme la cause principale de la maladie d’Alzheimer.
Un nouveau regard sur la maladie d’Alzheimer
Cette découverte pourrait bien remettre en question les paradigmes actuels en matière de traitement de la maladie d’Alzheimer. Pendant des décennies, la recherche s’est concentrée sur la suppression des plaques amyloïdes et des enchevêtrements neurofibrillaires, avec des résultats mitigés. De nombreux patients présentant des plaques amyloïdes ne développent pas de symptômes cliniques, suggérant que ces dépôts pourraient être une conséquence plutôt qu’une cause de la maladie.
Selon les chercheurs, la mort neuronale est en réalité le facteur le plus étroitement corrélé à la perte de mémoire et aux troubles cognitifs associés à la maladie d’Alzheimer. En ralentissant ce processus, même en l’absence d’élimination des plaques amyloïdes, il serait possible d’améliorer significativement la qualité de vie des patients.
La progranuline : une protéine aux multiples fonctions
La progranuline est une protéine multifonctionnelle jouant un rôle essentiel dans la survie neuronale. Elle participe à la modulation de l’inflammation, à la promotion de la croissance cellulaire et à la protection des neurones. Des niveaux faibles de progranuline ont déjà été associés à d’autres démences, comme les démences frontotemporales.
En administrant des granulines, les chercheurs ont pu réduire le stress cellulaire et limiter l’activation de voies de mort neuronale programmée, telles que la nécroptose, un processus qui s’accélère avec l’âge.
Vers des essais cliniques en 2026
Le médicament à base de progranuline en est encore au stade préclinique. Cependant, les résultats prometteurs obtenus sur des modèles animaux – notamment des souris génétiquement modifiées – incitent les chercheurs à envisager des essais cliniques sur l’homme dès 2026.
Cette approche thérapeutique présente l’avantage de s’appuyer sur une protéine déjà produite par l’organisme, ce qui pourrait minimiser les effets indésirables et faciliter sa régulation. Il ne s’agirait pas d’un remède miracle, mais d’un frein, d’une trêve dans une maladie implacable.
Un potentiel pour la médecine régénérative
Bien que basé sur un composant naturel du corps humain, il est important de distinguer ce médicament des traitements ou suppléments alternatifs qui promettent des effets similaires sans preuves scientifiques solides. Cependant, le succès de cette approche renforce le potentiel de la médecine régénérative, qui vise à restaurer les fonctions cellulaires de l’intérieur plutôt que de simplement masquer les symptômes.
L’avis des experts
« La mort des neurones s’apparente à un suicide cellulaire lent et programmé. Si nous pouvons arrêter ce processus, même si les plaques ne disparaissent pas, nous pouvons changer la trajectoire de la maladie. »
Dr David Bennett, neurologue et co-auteur de l’étude
D’autres experts se montrent prudents, mais optimistes. La revue Cell Reports Medicine souligne qu’il s’agit d’une voie prometteuse qui nécessitera une validation chez l’homme et une analyse à long terme.
La maladie d’Alzheimer représente un défi majeur de santé publique, touchant plus de 55 millions de personnes dans le monde. Tout progrès dans la compréhension et le traitement de cette maladie est donc une source d’espoir, mais appelle également à la prudence. Cette nouvelle recherche propose une piste de réflexion originale : la solution à un esprit en déclin pourrait résider dans le corps qui le contient.
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