Publié le 10 novembre 2025 15h37. Une avancée médicale majeure vient d’être franchie : des scientifiques ont utilisé la technologie d’édition génétique CRISPR-Cas9 pour réduire significativement le taux de « mauvais » cholestérol chez quinze patients atteints d’hypercholestérolémie héréditaire ou d’autres troubles lipidiques graves. Cette première étude ouvre la voie à de nouvelles thérapies ciblées contre les maladies cardiovasculaires.
- Pour la première fois, la technique CRISPR-Cas9 a été utilisée pour modifier génétiquement des patients afin de traiter une maladie métabolique.
- Le traitement a permis de réduire le taux de cholestérol LDL de près de 50 % et les triglycérides de 55 % chez les patients ayant reçu les doses les plus élevées.
- Les effets secondaires observés ont été limités, principalement des douleurs dorsales et des nausées temporaires.
Cette thérapie innovante cible le gène de l’angiopoïétine de type 3 (ANGPTL3). Des recherches antérieures ont montré que les personnes naturellement porteuses d’une version défectueuse de ce gène présentent des taux de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol) et de triglycérides plus faibles, ainsi qu’un risque réduit d’athérosclérose et de maladies cardiaques associées. L’objectif du traitement est donc de reproduire cet effet bénéfique en désactivant le gène ANGPTL3 chez les patients.
Les quinze participants à l’étude ont reçu une seule perfusion de CTX310, un médicament composé de nanoparticules lipidiques contenant le gène CRISPR-Cas9 ciblant ANGPTL3. Ces nanoparticules sont équipées d’une sorte de « code postal » moléculaire qui les guide spécifiquement vers le foie, l’organe où ANGPTL3 est produit. Une fois à l’intérieur des cellules hépatiques, le système CRISPR-Cas9 coupe le gène ANGPTL3, empêchant ainsi la production de la protéine fonctionnelle. Les chercheurs ont testé cinq doses différentes pour évaluer l’efficacité et la sécurité du traitement.
Les premiers résultats sont encourageants. Après seulement deux semaines, une diminution significative des graisses sanguines a été observée chez les patients ayant reçu les doses les plus élevées. En moyenne, le taux de cholestérol LDL a diminué de près de 50 % et celui des triglycérides de 55 % en deux mois. Il s’agit du premier traitement capable de réduire simultanément ces deux types de lipides, souvent associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires.
L’étude a également permis d’évaluer la sécurité du traitement. Les participants, âgés de 31 à 68 ans, ont été suivis pendant au moins 60 jours. Deux événements indésirables graves ont été signalés : un patient ayant reçu la dose la plus faible est décédé 179 jours après l’administration, en raison d’une maladie cardiaque préexistante. Un autre a développé une hernie 70 jours après le traitement, mais les chercheurs estiment qu’il est peu probable que cet événement soit lié à la thérapie génique. Plusieurs patients ont également ressenti des douleurs dorsales et des nausées temporaires pendant la perfusion.
Les chercheurs soulignent que cette étude de phase I visait principalement à évaluer la sécurité du traitement. Ils reconnaissent que la taille de l’échantillon est limitée et que les patients sont hétérogènes, ce qui rend difficile la formulation de conclusions définitives. Cependant, ils estiment que les effets secondaires observés sont acceptables compte tenu de la gravité et du caractère chronique de la maladie traitée, ainsi que du caractère unique de la thérapie.
Cette avancée s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de thérapies géniques basées sur la technologie CRISPR-Cas9. Fin 2023, le premier traitement utilisant cette technique, l’exagamglogen autotemcel (Casgevy), a été approuvé pour traiter la drépanocytose et la bêta-thalassémie. Ce traitement, cependant, implique une modification génétique des cellules du patient en laboratoire, avant de les réintroduire dans son organisme. La méthode utilisée dans cette nouvelle étude, qui consiste à administrer directement le « ciseau moléculaire », représente une approche différente et potentiellement plus simple.
Des essais cliniques préliminaires utilisant cette approche directe ont également été menés pour traiter d’autres maladies génétiques rares, telles que l’angio-œdème héréditaire et l’amylose ATTR, avec des résultats prometteurs en termes de sécurité et d’efficacité. Ces premiers succès suggèrent que l’édition génétique in vivo pourrait devenir une réalité pour un nombre croissant de patients.
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