Robert Mailman, un homme du Nouveau-Brunswick injustement condamné pour meurtre, est décédé à l’âge de 77 ans, moins de deux ans après avoir été blanchi de toute accusation. Son long combat pour la réhabilitation s’est achevé après une bataille contre un cancer du foie.
La Couronne a finalement renoncé à présenter des preuves lors d’un nouveau procès le 4 janvier 2024, conduisant à l’acquittement de M. Mailman et de son ami Walter Gillespie par la juge en chef Tracey DeWare, de la Cour du Banc du Roi du Nouveau-Brunswick. La juge a présenté ses excuses pour cette « erreur judiciaire ».
L’affaire remonte au 11 mai 1984, lorsque Robert Mailman et Walter Gillespie ont été reconnus coupables du meurtre de George Gilman Leeman, victime d’une agression mortelle à Saint-Jean l’année précédente. Le corps de M. Leeman avait été aspergé d’essence et incendié dans le parc Rockwood, selon le tribunal.
Malgré des alibis solides, les deux hommes ont été condamnés à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. M. Mailman a purgé 18 ans de prison, tandis que M. Gillespie y est resté pendant 21 ans. Tous deux ont toujours clamé leur innocence.
En décembre 2019, avec l’aide de l’organisme Innocence Canada, ils ont déposé une demande de révision de leur condamnation. Cette demande a été rejetée par la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick, et la Cour suprême du Canada a refusé de l’entendre quelques années plus tard.
La santé de M. Mailman a commencé à décliner rapidement en novembre 2023, après un évanouissement alors qu’il s’entraînait dans son appartement de Saint-Jean. Le diagnostic a révélé un cancer du foie en phase terminale, avec un pronostic de seulement trois mois à vivre. « J’ai dû l’accepter, a-t-il confié. Il n’y a pas de porte de sortie. Je vais mourir. Point final. »
Quelques semaines plus tard, en décembre 2023, le ministre fédéral de la Justice de l’époque, Arif Virani, a ordonné un nouveau procès pour les deux hommes, estimant qu’aucune nouvelle information pertinente n’avait été présentée aux tribunaux.
Walter Gillespie est décédé en avril 2024 à l’âge de 80 ans, deux mois après l’annonce d’un règlement d’indemnisation avec le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Les détails de ce règlement n’ont pas été divulgués. La cause de son décès n’a pas été rendue publique.
Né le 14 mars 1948 à Saint-Jean, M. Mailman était l’aîné d’une famille de 15 enfants. Pendant son incarcération, il a occupé divers postes au gymnase, à la bibliothèque et comme agent d’entretien, tout en maintenant un programme d’exercices rigoureux. Il aimait particulièrement courir sous la pluie, qu’il considérait comme un moyen de masquer ses larmes.
« Un jour, quelqu’un m’a demandé : « Pourquoi aimes-tu faire du jogging sous la pluie ? », se souvenait-il. La réponse : parce que personne ne te voit pleurer. » Il avait décrit le poids d’une condamnation injuste comme « le plus grand malheur de ma vie ».
James Lockyer, directeur fondateur d’Innocence Canada, a souligné que M. Mailman avait sollicité l’aide de l’organisation dès le début des années 1990. Il a décrit M. Mailman comme le plus loquace des deux et a salué la loyauté indéfectible de Walter Gillespie envers son ami. M. Gillespie aurait pu obtenir une libération plus rapide en signant de faux aveux impliquant M. Mailman, mais il a refusé, convaincu de l’innocence de son ami.
« Et il a tout simplement refusé de le faire, car aucun des deux n’avait quoi que ce soit à voir avec le crime, a ajouté M. Lockyer. À eux deux, ils formaient un duo extraordinaire, et je pense qu’ils ont eu un impact sur le système judiciaire du Nouveau-Brunswick. »
Avant l’entente avec le gouvernement, M. Mailman avait exprimé son sentiment que l’argent ne pourrait jamais compenser le temps perdu, en particulier la perte de ses deux fils, décédés pendant son emprisonnement. « Je ne pourrai jamais les récupérer (…) Ma plus grande perte, ce sont mes fils. »
Au début de l’année 2024, son état de santé s’était considérablement détérioré, son poids étant tombé en dessous de 45 kilos (contre 72 kilos habituellement). Malgré sa faiblesse, il restait déterminé. « Je peux m’asseoir dans un coin, bouder et m’apitoyer sur mon sort, ou simplement persévérer. Je vais persévérer jusqu’à ce que je n’en puisse plus. »
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