Publié le 14 janvier 2026 à 15h23. Des chercheurs ont identifié un mécanisme cellulaire jusque-là inconnu qui régule la production de rénine, une enzyme clé pour la fonction rénale, ouvrant de nouvelles perspectives pour comprendre et traiter les maladies rénales chroniques.
- Une équipe scientifique a découvert le rôle du canal ionique PIEZO2 dans la détection des changements de flux sanguin et de pression par les cellules rénales.
- Cette découverte pourrait améliorer la compréhension de la façon dont le rein régule sa fonction et comment se développe la maladie rénale chronique.
- Les résultats de l’étude ont été publiés dans la prestigieuse revue Cell.
La rénine, une enzyme synthétisée par le rein, joue un rôle essentiel dans le contrôle de la tension artérielle et le maintien de l’équilibre hydrique et électrolytique de l’organisme, en interagissant avec les hormones angiotensine II et aldostérone. Sa production est assurée par les cellules granulaires juxtaglomérulaires (JG) et est au cœur du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA), un système hormonal complexe régulant la pression sanguine et le volume sanguin.
Les scientifiques connaissaient déjà le fait qu’une diminution du flux sanguin rénal pouvait stimuler la libération de rénine, suggérant une sensibilité mécanique de ces cellules. Cependant, les mécanismes précis de cette « mécanosensation » restaient flous. Une équipe de chercheurs, dirigée par Rose Hill et Ardem Patapoutia du Scripps Research Institute, a désormais mis en lumière un acteur clé : le canal ionique PIEZO2.
PIEZO2 est une protéine qui permet aux cellules de détecter les forces physiques, comme l’étirement et la pression. L’étude, menée sur des échantillons de tissus rénaux de souris et d’humains grâce à des techniques d’imagerie du calcium in vivo, révèle que le rein utilise ce canal pour détecter directement les variations de flux sanguin et de pression.
« Les canaux PIEZO2 sont généralement impliqués dans les cellules nerveuses sensorielles qui détectent les touchers légers et les changements de position du corps, mais dans cette étude, nous avons démontré que PIEZO2 régule la libération de rénine via la signalisation calcique dans les cellules productrices de rénine du rein. »
Daniel Batlle, MD, professeur Earle, del Greco, Levin de Néphrologie/Hypertension, Northwestern University
Les chercheurs ont observé que chez des souris dont les cellules JG étaient dépourvues de PIEZO2, la libération de rénine était significativement augmentée, entraînant des perturbations dans les peptides et les enzymes en aval du SRAA. Ils ont également constaté que PIEZO2 joue un rôle dans la régulation de la rénine en cas de déséquilibres hydriques aigus et chroniques.
« Si vous éliminez PIEZO2 des cellules productrices de rénine à l’aide d’un modèle murin knock-out conditionnel, la rénine monte en flèche. C’est comme si vous libériez la cassure et que tout d’un coup, vous libériez beaucoup de rénine. »
Daniel Batlle, MD, professeur Earle, del Greco, Levin de Néphrologie/Hypertension, Northwestern University
Ces résultats identifient PIEZO2 comme un régulateur essentiel de la production de rénine et de la fonction des cellules JG. Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à une surfiltration rénale, comme dans le cas du diabète évoluant vers une maladie rénale chronique, et d’autres pathologies rénales encore mal comprises.
Ce travail a été financé par les subventions K99NS133478, K01DK121737, R01HL148044, R01DK132066, 5R01DK097598, R01DK128660, R01DK141178, R01DK064324 et S10OD021833 ; une bourse de l’American Heart Association 20CDA35320169 ; le Collins Medical Trust ; ASN KidneyCure ; et un prix de chercheur du Howard Hughes Medical Institute.