Home SantéUn nouveau modèle pourrait aider à fournir aux femmes enceintes une voie plus claire vers une consommation sûre de poisson

Un nouveau modèle pourrait aider à fournir aux femmes enceintes une voie plus claire vers une consommation sûre de poisson

by Sophie Martin

La consommation de poisson pendant la grossesse est un sujet de débat, tiraillée entre les bienfaits nutritionnels essentiels et les risques liés à la présence de mercure. Une nouvelle étude américaine propose une approche plus nuancée pour évaluer ces effets, ouvrant la voie à des recommandations plus précises pour les futures mères.

Les poissons sont une source précieuse d’acides gras polyinsaturés, de sélénium, d’iode et de vitamine D, des éléments cruciaux pour le développement du cerveau du fœtus. Cependant, ils peuvent également contenir du méthylmercure, un neurotoxique potentiellement dangereux. Face à cette dualité, les autorités sanitaires, comme la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, conseillent aux femmes enceintes de limiter leur consommation, ce qui conduit souvent à une abstinence totale.

Une équipe de chercheurs a récemment publié une étude dans le Journal américain d’épidémiologie qui pourrait changer la donne. Leur travail, basé sur l’analyse de données provenant d’une cohorte de femmes enceintes vivant dans une communauté côtière du Massachusetts, propose un nouveau modèle d’évaluation des risques et des bénéfices liés à la consommation de poisson.

« Nous proposons une approche de modélisation alternative pour pallier les limites des modèles précédents et ainsi améliorer les conseils fondés sur des preuves concernant les risques et les avantages de la consommation de poisson », expliquent Sally Thurston, PhD, du centre médical de l’Université de Rochester, Susan Korrick, MD, MPH, de la Harvard T.H. Chan School of Public Health et du Brigham and Women’s Hospital, et David Ruppert, PhD, de l’Université Cornell.

L’étude s’appuie sur les données de la cohorte New Bedford, initialement créée pour évaluer l’impact sur la santé des enfants nés de mères vivant à proximité du site pollué de New Bedford Harbor, dans le Massachusetts. Les chercheurs ont suivi 361 enfants nés entre 1993 et 1998, en évaluant leur développement neurologique à l’âge de huit ans grâce à des tests de QI, de langage, de mémoire et d’attention.

L’exposition au mercure a été mesurée grâce à des échantillons de cheveux prélevés sur les mères après l’accouchement. Toutefois, cette méthode traditionnelle ne permet pas de distinguer les femmes qui consommaient régulièrement du poisson à faible teneur en mercure de celles qui en consommaient moins, mais dont le poisson était plus contaminé.

Pour contourner cette difficulté, les chercheurs ont développé un modèle qui prend en compte à la fois l’exposition au mercure et la quantité de poisson consommée. Ils ont pu ainsi estimer les niveaux moyens de mercure présents dans différents types de poissons et, en croisant ces données avec les habitudes alimentaires des mères, obtenir une évaluation plus précise de l’impact de la consommation de poisson sur le développement neurologique de l’enfant.

Les résultats de l’étude révèlent que la relation entre la consommation de poisson et le développement neurologique dépend du niveau de mercure présent dans le poisson. La consommation de poissons à faible teneur en mercure s’avère bénéfique, tandis que la consommation de poissons plus contaminés peut être préjudiciable.

« Compte tenu des limites méthodologiques des analyses précédentes, des travaux futurs élargissant notre approche de modélisation alternative pour tenir compte à la fois du mercure moyen et du contenu nutritionnel du poisson pourraient faciliter une meilleure estimation des compromis risque-bénéfice de la consommation de poisson, un élément clé de nombreux régimes alimentaires sains », concluent les auteurs.

L’équipe de recherche applique désormais ce modèle à d’autres études de grande envergure sur la consommation de poisson pendant la grossesse, notamment l’étude sur le développement de l’enfant des Seychelles.

Cette recherche a été financée par l’Institut national des sciences de la santé environnementale.

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