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Un nouveau test pour la dynamique Inde-Chine

by Clara Dubois

Publié le 18 décembre 2025 09:36:00. Un soulèvement inédit mené par la génération Z a renversé le gouvernement népalais en septembre 2025, révélant les tensions sociales et géopolitiques profondes du pays et interrogeant les stratégies de l’Inde et de la Chine dans cette région stratégique.

  • En septembre 2025, le Népal a été le théâtre d’un mouvement de protestation sans précédent, déclenché par la corruption et le népotisme.
  • Au moins 76 personnes ont perdu la vie lors de deux jours d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, conduisant à la démission du Premier ministre KP Sharma Oli.
  • La réaction de l’Inde et de la Chine, principaux partenaires commerciaux du Népal, est scrutée de près, notamment en ce qui concerne leurs investissements et leur influence dans le pays.

Le Népal a connu en septembre 2025 un bouleversement politique majeur, orchestré par sa jeunesse. Ce soulèvement, né d’une frustration croissante face à la corruption et au favoritisme, a rapidement dégénéré en une révolution à grande échelle, aboutissant au renversement du gouvernement en place et à une profonde remise en question du paysage politique du pays. Les événements ont également eu un impact significatif sur les relations régionales, notamment avec l’Inde et la Chine.

L’étincelle de cette contestation remonte à des mois de mécontentement latent au sein de la population népalaise, dont l’âge médian est de 25 ans. Une campagne virale sur les réseaux sociaux, utilisant le hashtag « #NepoBaby », a mis en lumière le train de vie luxueux des enfants de politiciens et de personnalités influentes, contrastant fortement avec le revenu annuel moyen des citoyens, qui s’élève à 1 400 dollars américains (environ 1 200 euros). Le 4 septembre 2025, le gouvernement dirigé par le Premier ministre KP Sharma Oli a interdit 26 plateformes de médias sociaux – dont Facebook, YouTube, WhatsApp et Instagram – utilisées pour diffuser cette campagne, ce qui a immédiatement exacerbé les tensions et déclenché le soulèvement.

Le 8 septembre, les manifestations pacifiques ont viré à la violence, entraînant des affrontements meurtants avec la police, qui a eu recours à la force, y compris des armes à feu, faisant au moins 19 morts parmi les manifestants. Le lendemain, des attaques contre des commissariats de police et des bâtiments gouvernementaux se sont intensifiées, et environ 14 000 détenus se sont évadés de prison dans un contexte d’incendies criminels généralisés. Face à cette situation, le Premier ministre Oli a démissionné et l’armée a été déployée. Dans le vide politique qui a suivi, plus de 10 000 membres d’un forum en ligne intitulé « Jeunes contre la corruption » ont choisi Sushila Karki pour lui succéder. Elle a été nommée Première ministre par le président Ram Chandra Poudel, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste au Népal, en attendant des élections prévues le 5 mars 2026. Calendrier des élections générales.

Comprendre les réactions au soulèvement de la génération Z au Népal est crucial pour évaluer la manière dont l’Inde et la Chine, les deux principales parties prenantes asiatiques dans ce pays, interprètent et réagissent à cette instabilité politique dans une région stratégiquement sensible. Cela permet également de mieux cerner comment ces troubles ont remodelé les priorités diplomatiques, les préoccupations humanitaires et les calculs géopolitiques concernant le Népal.

Le paysage commercial du Népal

Pour évaluer la réaction des deux principaux acteurs asiatiques au soulèvement népalais, il est essentiel d’examiner les relations commerciales du Népal avec l’Inde et la Chine. Le profil commercial du Népal est marqué par une forte asymétrie. Selon les statistiques commerciales du Département des douanes, le Népal a enregistré un excédent commercial avec seulement 37 pays sur ses 164 partenaires commerciaux au cours de l’exercice 2024-2025, reflétant sa dépendance aux importations. Le pays a enregistré d’importants déficits commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux, s’élevant à 1 527,09 milliards de roupies indiennes (INR) au cours du dernier exercice budgétaire. Parmi ses voisins, le Népal a enregistré les déficits commerciaux les plus importants avec l’Inde et la Chine, s’élevant respectivement à 144,67 milliards de roupies népalaises (NPR) et 51,80 milliards de NPR.

L’Inde domine largement le commerce extérieur du Népal, tant en termes d’exportations que d’importations. En septembre 2025, l’Inde restait la principale destination des exportations népalaises, représentant 71,9 % du total, pour une valeur de 136 millions de dollars américains. Cependant, la balance commerciale reste défavorable, les importations du Népal en provenance d’Inde s’élevant à 516 millions de dollars américains. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Népal, mais la relation est également fortement orientée vers les importations. Des marchandises d’une valeur de 185 millions de dollars américains ont été importées, tandis que seulement 4,05 millions de dollars américains de marchandises ont été exportées vers la Chine, entraînant un déficit commercial de 181 millions de dollars américains.

La réaction de l’Inde, marquée par la retenue

La réponse de l’Inde au soulèvement a été caractérisée par une alerte immédiate, tempérée par un calcul stratégique. En tant que principal partenaire commercial et voisin géographique le plus proche du Népal, l’Inde a été confrontée à des conséquences économiques considérables en raison des troubles politiques. Le ministère indien des Affaires étrangères a publié une déclaration prudente déclaration indiquant qu’il suivait de près la situation au Népal. Le communiqué exprimait ses regrets face aux pertes en vies humaines et présentait ses condoléances aux familles endeuillées, tout en conseillant aux citoyens indiens au Népal de suivre les directives des autorités locales. Les responsables indiens ont toutefois évité de commenter directement les développements politiques internes du Népal. Le 21 septembre, le ministère a publié une déclaration exprimant sa préoccupation face aux violences qui ont suivi la promulgation de la constitution, soulignant les difficultés rencontrées par les entreprises de transport et les problèmes de sécurité.

L’impact des troubles sur les relations commerciales entre l’Inde et le Népal était évident. En septembre 2025, les exportations indiennes vers le Népal ont diminué de 16,6 %, les troubles politiques ayant perturbé le transport routier, principal canal d’échanges entre les deux pays. Les secteurs les plus touchés comprennent les produits dont l’économie népalaise, fortement dépendante des importations, a besoin pour son fonctionnement quotidien, notamment les produits pétroliers, l’acier, les produits pharmaceutiques et les machines. Les villes frontalières entre l’Inde et le Népal ont été confrontées à de longues files de camions bloqués, tandis que les commerçants ont signalé des pertes importantes dues à des perturbations du commerce.

Le calcul himalayen chinois sous pression

Après les troubles, le commerce transfrontalier du Népal avec la Chine a subi de graves perturbations d’approvisionnement, le commerce via les postes frontières de Rasuwagadhi et de Tatopani étant interrompu, laissant des conteneurs bloqués aux frontières. Le tourisme en provenance de Chine, une source de revenus de plus en plus importante pour le Népal, a également chuté de manière significative en raison de problèmes de sécurité. Près de la moitié des réservations de touristes chinois ont été annulées en septembre, un revers qui devrait se poursuivre dans les mois à venir.

La réponse de Pékin aux troubles politiques au Népal a été particulièrement prudente. Le 10 septembre, le ministère chinois des Affaires étrangères a publié une brève déclaration mettant l’accent sur l’amitié sino-népalaise tout en évitant de mentionner des événements ou des victimes spécifiques. Les analystes interprètent cela comme une démonstration calculée de retenue diplomatique chinoise, reflétant les craintes que le soulèvement puisse saper la stratégie himalayenne à long terme de Pékin. Le gouvernement Oli a joué un rôle central dans la promotion de l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » (BRI) au Népal, notamment par le biais d’un protocole d’accord sur l’amélioration de la connectivité entre les ports, les chemins de fer, les routes, l’aviation et les communications. Ces projets sont au cœur des aspirations du Népal à sortir du statut de pays les moins avancés (PMA) et à atteindre un revenu intermédiaire d’ici 2030, ainsi qu’à progresser dans la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Le départ d’Oli laisse planer un doute sur l’avenir des grands projets de la BRI, notamment le Grand Chemin de fer trans-himalayen.

Un autre facteur critique dans la posture prudente de la Chine est la question tibétaine. L’adhésion du Népal à la politique d’une seule Chine a été essentielle pour Pékin, compte tenu de la présence d’environ 15 000 réfugiés tibétains et de la proximité du pays avec le Tibet. Avec la chute de l’administration pro-chinoise Oli, Pékin craint que des puissances extérieures – en particulier les États-Unis – ne tentent d’étendre leur influence au Népal et qu’une nouvelle génération de Népalais politiquement affirmés ne soit moins disposée à réprimer l’activisme tibétain, amplifiant potentiellement le sentiment anti-chinois dans le pays.

Implications pour la dynamique Inde-Chine-Népal

Le soulèvement de la génération Z au Népal a remodelé sa politique intérieure tout en révélant la fragilité de ses liens régionaux. Les troubles ont mis en évidence la profonde dépendance économique du Népal à l’égard de l’Inde et de la Chine, et ont conduit à des réactions prudentes de la part de chacun, alors que les routes commerciales vitales et les projets stratégiques étaient mis à rude épreuve. La réaction de l’Inde a été façonnée par des préoccupations immédiates en matière de sécurité et de connectivité, tandis que la diplomatie mesurée de la Chine reflétait les inquiétudes concernant le blocage des investissements dans la Ceinture et la Route et l’évolution des courants politiques à Katmandou.

L’ancien Premier ministre Oli était souvent perçu comme pro-Chine en raison de son soutien aux initiatives de la BRI, tandis que ses relations avec l’Inde restaient tendues. En revanche, la Première ministre par intérim Sushila Karki est considérée comme politiquement neutre, ce qui est rassurant pour l’Inde et prudemment acceptable pour la Chine. Sa réaffirmation de la politique d’une seule Chine a contribué à apaiser les inquiétudes de Pékin en matière de sécurité, même si les progrès majeurs en matière d’infrastructures restent incertains.

L’Inde a également intensifié son engagement en modifiant le Traité de transit en novembre 2025 afin d’étendre le mouvement du fret ferroviaire et d’améliorer la connectivité multimodale, facilitant ainsi les échanges commerciaux du Népal avec des pays tiers. Le traité met également l’accent sur la coopération énergétique et la finance numérique. Alors que le Népal entre dans une nouvelle ère de gouvernance dirigée par les jeunes, sa capacité à équilibrer ses relations avec l’Inde et la Chine façonnera à la fois sa stabilité et l’évolution du paysage géopolitique de l’Asie du Sud.


Anasua Basu Ray Chaudhury est chercheur principal auprès de Neighbourhood Initiative à l’Observer Research Foundation.

Subhangi Mukherjee est stagiaire à l’ORF Kolkata.

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