Un patient berlinois atteint de leucémie a vu son infection par le VIH entrer en rémission durable après une greffe de cellules souches, une avancée qui remet en question les connaissances actuelles sur les mécanismes de guérison du virus. Cette guérison, confirmée après plus de six ans de suivi, ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche et le traitement du VIH.
L’homme, âgé de 60 ans, a été diagnostiqué séropositif en 2009 et a développé une leucémie myéloïde aiguë en 2015. Il a alors bénéficié d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques pour traiter son cancer. L’équipe du laboratoire Gaebler pour l’immunologie translationnelle des infections virales à la Charité Universitätsmedizin Berlin a rapporté que, contrairement aux cas précédents, le donneur de cellules souches n’était pas porteur de la mutation CCR5, longtemps considérée comme essentielle pour conférer une résistance au VIH.
Les chercheurs ont constaté que, trois ans après la transplantation, le patient a pu interrompre son traitement antirétroviral. À ce jour, sa charge virale plasmatique reste indétectable, et les analyses approfondies n’ont révélé aucune trace de virus capable de se répliquer dans son organisme. « L’absence de réplication virale est confirmée par la diminution, voire la disparition, des réponses immunitaires spécifiques au VIH », expliquent les auteurs de l’étude, publiée dans la revue Nature.
Jusqu’à présent, seules six guérisons du VIH avaient été documentées dans le monde, parmi les 88 millions de personnes vivant avec le virus. Ces succès étaient tous liés à des greffes de cellules souches allogéniques réalisées pour traiter des cancers hématologiques et impliquant des donneurs porteurs de la mutation CCR5. Cette nouvelle découverte suggère que d’autres facteurs, tels qu’une forte activité de cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps au moment de la transplantation, pourraient jouer un rôle crucial dans l’élimination du réservoir viral.
« Ce cas démontre que la présence de cellules dépourvues d’expression de CCR5 n’est pas une condition nécessaire à la rémission du VIH-1 après une greffe de cellules souches », soulignent les chercheurs. Ils estiment que cette avancée pourrait élargir le nombre de donneurs potentiels pour ce type de traitement. « Une forte activité de cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps au moment de la transplantation pourrait avoir contribué à l’élimination du réservoir viral », a déclaré l’équipe.