Publié le 22 décembre 2023 18:32:00. Une étude du MIT révèle qu’un régime riche en graisses peut induire un état de régression des cellules du foie, les rendant plus vulnérables au développement de tumeurs. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour la prévention du cancer du foie chez les personnes à risque.
- Une alimentation grasse force les cellules hépatiques à adopter un état immature, semblable à celui des cellules souches.
- Ce mécanisme de survie face au stress hépatique augmente à long terme le risque de cancer.
- Les chercheurs ont identifié des facteurs de transcription génétiques impliqués dans ce processus, ouvrant la voie à de potentielles thérapies.
Une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mis en évidence un mécanisme inquiétant : l’exposition prolongée à un régime riche en graisses provoque une transformation des hépatocytes, les cellules principales du foie. Au lieu de fonctionner normalement, ces cellules régressent à un état plus primitif, comparable à celui des cellules souches. Cette adaptation, initialement destinée à les protéger du stress métabolique, pourrait paradoxalement favoriser le développement de cancers.
« Si les cellules hépatiques sont constamment confrontées à un stress, comme celui induit par une alimentation riche en graisses, elles vont adopter des stratégies pour survivre, mais au prix d’une vulnérabilité accrue au développement de tumeurs », explique Alex Shalek, directeur de l’Institut d’ingénierie médicale et des sciences du MIT, un des auteurs principaux de l’étude, publiée dans la revue Cell.
Jusqu’à présent, on savait qu’une alimentation riche en graisses pouvait entraîner une inflammation et une accumulation de graisse dans le foie, une condition connue sous le nom de stéatose hépatique ou maladie hépatique grasse non alcoolique (NASH). Cette maladie, souvent liée à d’autres facteurs de stress métabolique comme une consommation excessive d’alcool, peut évoluer vers une cirrhose, une insuffisance hépatique et, dans les cas les plus graves, un cancer du foie.
L’étude du MIT a cherché à comprendre précisément ce qui se passe au niveau cellulaire lorsque le foie est soumis à un stress chronique lié à l’alimentation. Les chercheurs ont mené une expérience sur des souris, en les nourrissant avec un régime riche en graisses et en analysant l’expression génétique de leurs cellules hépatiques à différents stades de la maladie. Grâce à une technique de séquençage d’ARN unicellulaire, ils ont pu observer les changements survenus dans l’activité des gènes au fur et à mesure que les souris développaient une inflammation du foie et, finalement, des tumeurs.
Les résultats ont révélé qu’un régime riche en graisses provoquait initialement la destruction de certains hépatocytes, mais activait également des gènes permettant aux cellules survivantes de résister à l’environnement stressant. Parallèlement, ces cellules commençaient à désactiver des gènes essentiels à leur fonctionnement normal, notamment ceux codant pour des enzymes métaboliques et des protéines sécrétées. Certains de ces changements étaient immédiats, tandis que d’autres se manifestaient plus progressivement, comme la diminution de la production d’enzymes métaboliques. La majorité des souris soumises à un régime riche en graisses ont fini par développer un cancer du foie au cours de l’étude.
Selon les chercheurs, la régression des cellules hépatiques à un état immature les rend plus susceptibles de devenir cancéreuses en cas de mutation ultérieure. Ils ont également identifié les gènes clés qui contrôlent ce processus de dédifférenciation cellulaire, ce qui pourrait permettre de développer des thérapies ciblées pour prévenir le développement de tumeurs chez les patients à risque.
Pour confirmer ces observations chez l’homme, l’équipe du MIT a analysé des échantillons de tissus hépatiques prélevés sur des patients atteints de maladies du foie, à différents stades de la maladie, y compris des patients n’ayant pas encore développé de cancer. Les analyses ont confirmé un schéma similaire à celui observé chez la souris : une diminution de l’expression des gènes impliqués dans la fonction hépatique normale et une augmentation de l’expression des gènes associés aux états immatures.
Ils ont également constaté que l’analyse des profils d’expression génétique permettait de prédire avec une certaine précision l’évolution de la maladie et la survie des patients. Bien que le développement du cancer ait pris environ un an chez les souris, les chercheurs estiment que ce processus est plus lent chez l’homme, pouvant s’étaler sur une vingtaine d’années, en fonction de l’alimentation et d’autres facteurs de risque tels que la consommation d’alcool ou les infections virales.
Les chercheurs envisagent désormais d’étudier si les changements induits par un régime riche en graisses peuvent être inversés en adoptant une alimentation plus saine ou en utilisant des médicaments favorisant la perte de poids, comme les agonistes du GLP-1.
