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un sommet climatique traversé par la géopolitique

by Amélie Bernard

Publié le 28 novembre 2025 23h27. Le récent sommet de l’ONU sur le climat, tenu à Belém au Brésil, a mis en lumière les tensions géopolitiques croissantes qui entravent les efforts mondiaux pour lutter contre le réchauffement climatique, avec des résultats concrets jugés modestes face à l’urgence de la situation.

  • Les ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre ont été revues à la baisse, notamment en raison de l’absence de plusieurs grandes puissances et de l’influence des pays producteurs de pétrole.
  • L’Union européenne et l’Espagne se positionnent comme des acteurs clés dans la promotion d’une transition énergétique ambitieuse, mais leur influence reste limitée face aux divergences d’intérêts à l’échelle mondiale.
  • La prochaine COP, qui se tiendra en Turquie et en Australie, devra relever le défi d’une polarisation croissante et d’un manque de coordination multilatérale.

Le sommet de Belém, organisé dans le cœur de l’Amazonie, s’est déroulé dans un contexte géopolitique complexe, marqué par la rivalité entre les grandes puissances – États-Unis, Chine, Union européenne, Inde, Russie – et la fragmentation du multilatéralisme. L’absence notable de nombreux dirigeants politiques de premier plan a contribué à des attentes tempérées quant à des avancées significatives dans la mise en œuvre des engagements pris lors des conférences précédentes, notamment l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, fixé par l’Accord de Paris en 2015.

Le choix de Belém par le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva était chargé de symbolisme, soulignant l’importance de la forêt amazonienne, considérée comme le « poumon vert » de la planète. Ce choix coïncidait également avec les négociations finales de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, et intervenait dans un contexte politique interne délicat, à l’approche des élections présidentielles brésiliennes d’octobre 2026.

Le retour de l’organisation du sommet dans un pays démocratique – après des éditions successives en Égypte, aux Émirats arabes unis et en Azerbaïdjan – a permis une plus grande visibilité des mobilisations de la société civile, notamment des communautés indigènes, qui ont exprimé leurs préoccupations face au négationnisme climatique et à leur vulnérabilité socio-environnementale.

La complexité des négociations : divergences entre zones verte et bleue

Un contraste frappant est apparu entre les discussions techniques menées dans la « zone verte », regroupant les organisations de la société civile et les acteurs de la coopération internationale, et les négociations politiques de la « zone bleue », impliquant les ministres et les hauts responsables gouvernementaux. Dans l’agenda de la transition énergétique, la bilatéralité entre les puissances géoéconomiques semble être la méthode de travail privilégiée. Le Brésil, le Chili, l’Uruguay et la Colombie, représentant l’Amérique latine, se sont associés au Danemark, à la Finlande, à la France, à l’Allemagne et à l’Espagne, au sein de l’Union européenne, pour promouvoir une déclaration politique forte, soutenue par l’UNESCO, dès la première semaine du sommet.

Cette déclaration exprimait une vive inquiétude quant à l’impact délégitimant des mécanismes de désinformation et des attaques contre les journalistes et la communauté scientifique sur la qualité de l’information relative au changement climatique. Cependant, peu de ces préoccupations ont été intégrées dans la déclaration finale de la COP30, et les références explicites à une réduction significative de la dépendance aux combustibles fossiles ont été supprimées du texte.

L’absence du gouvernement fédéral américain – le président Donald Trump ayant retiré son pays des conférences sur le climat pour la première fois en trois décennies et qualifiant le changement climatique de « simulacre » lors de la 80e assemblée de l’ONU – combinée à l’influence des pays arabes producteurs de pétrole, a eu un effet dissuasif sur les ambitions de réduction des émissions. En parallèle, une centaine de représentants d’États et de gouvernements locaux américains ont participé à la COP30 pour exprimer leur opposition à la position de l’administration Trump.

Le débat sur l’abandon des énergies fossiles et le financement des énergies renouvelables par des taxes sur le pétrole, le gaz et le charbon perd du terrain face aux impératifs géostratégiques, tels que la demande croissante d’électricité liée à la course à l’intelligence artificielle. La diplomatie climatique semble impuissante face à un multilatéralisme fragmenté et fragile.

L’Espagne et l’UE : un fil conducteur entre le sommet UE-CELAC et la COP30

Malgré un contexte difficile, la feuille de route promue par l’Union européenne, et en particulier par l’Espagne, témoigne d’une cohérence notable. Face à la montée des forces politiques conservatrices et populistes au sein des institutions européennes, l’UE continue de jouer un rôle de premier plan dans l’action climatique mondiale, tandis que la Chine et l’Inde semblent privilégier la sécurité énergétique et la croissance économique.

La dualité chinoise est particulièrement frappante : des progrès significatifs sont réalisés dans l’électrification des transports – deux voitures sur trois vendues sont électriques – et dans le développement des infrastructures solaires, mais ces avancées coexistent avec la construction massive de centrales à charbon, le combustible fossile le plus polluant.

À peine dix jours avant la COP30, lors du IVe sommet UE-CELAC organisé en Colombie, 58 pays des deux continents ont réaffirmé leur engagement en faveur du multilatéralisme, en défendant le commerce birégional, en s’opposant à l’imposition de droits de douane arbitraires et en promouvant des actions contre le changement climatique, en opposition à la politique américaine.

En l’absence de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la participation d’Antonio Costa au Conseil européen, du président espagnol Pedro Sánchez et du président Lula a pris une importance particulière, donnant le ton du sommet, en prélude aux positions institutionnelles de la COP30.

Lors de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, les pays ont entamé pour la première fois des discussions sur le montant de l’aide financière que les pays riches devraient fournir aux pays les plus pauvres, particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique. Le Brésil a plaidé pour la création d’un fonds multilatéral pour la sauvegarde des forêts tropicales, financé par les entreprises et les marchés financiers des pays développés, une initiative que l’UE a soutenue activement.

L’Espagne, grâce à son rôle de leadership en Amérique latine et à ses relations privilégiées avec l’UE, a une opportunité historique de se positionner comme un modèle de réussite en matière de gestion des énergies renouvelables et de transition énergétique.

Un scénario de polarisation croissante ne laisse pas place à l’optimisme

La COP31, qui se tiendra en Turquie et en Australie, présentera un format inédit : un représentant turc assurera la présidence officielle, tandis qu’un délégué australien dirigera les discussions techniques. Au-delà de cette innovation organisationnelle, la géoéconomie reste prédominante. La Turquie assurera la présidence formelle, tandis que l’Australie obtiendra la vice-présidence et la coordination des tables de négociation thématiques.

Le sentiment général parmi les militants de la société civile après la COP30 est que le monde s’oriente vers des mesures d’adaptation au changement climatique plutôt que vers des politiques visant à l’inverser. Selon des études récentes de Bloomberg (2024) et du Forum économique mondial (2025), les dommages physiques causés par le réchauffement climatique coûtent environ 1 200 milliards d’euros par an à l’économie mondiale.

Le manque de coordination multilatérale et de leadership régional creuse l’écart entre les engagements pris et les capacités des pays à les mettre en œuvre, compromettant la légitimité politique des politiques environnementales.

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