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Une année décisive pour la conservation des océans par Peter Thomson

by Clara Dubois

Publié le 29 décembre 2025 à 16h07. Malgré un contexte international complexe, l’année 2025 marque un tournant décisif pour la protection des océans, avec des accords historiques et un engagement financier accru. Il reste cependant crucial de transformer ces avancées en actions concrètes pour éviter des conséquences désastreuses pour les générations futures.

  • Un traité historique sur la haute mer entrera en vigueur en janvier 2026, permettant de protéger la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales.
  • L’accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les subventions à la pêche est désormais en vigueur, visant à lutter contre la surpêche.
  • Des investissements de 8,7 milliards d’euros (10,2 milliards de dollars américains) ont été promis pour une économie bleue durable d’ici 2030.

Alors que la santé des océans est plus que jamais menacée, l’année 2025 offre un motif d’espoir. Les efforts internationaux pour préserver ces écosystèmes vitaux ont connu une accélération notable, aboutissant à des décisions sans précédent. Pour un archipel comme les Fidji, confronté à l’élévation du niveau de la mer et à l’intensification des cyclones tropicaux, la dégradation des océans n’est pas une abstraction, mais une réalité quotidienne.

Cette prise de conscience s’est traduite par des avancées concrètes. En juin dernier, la troisième Conférence des Nations Unies sur les océans (UNOC3), co-organisée par la France et le Costa Rica à Nice, a rassemblé près de 15 000 participants, dont plus de 60 chefs d’État et de gouvernement et 100 ministres, ainsi que 100 000 visiteurs. Les participants ont unanimement appelé à une protection marine élargie, à une réduction de la pollution, à une réglementation de la haute mer et à un soutien financier accru aux communautés côtières et insulaires vulnérables.

Parmi les réalisations majeures, la ratification du Traité des Nations Unies sur la haute mer, qui entrera en vigueur en janvier prochain, constitue une avancée historique. Ce texte permettra, pour la première fois, de mettre en place un cadre juridique pour protéger la biodiversité dans les zones marines situées au-delà des juridictions nationales – soit la moitié de la surface de la planète. De même, l’accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les subventions à la pêche est entré en vigueur, interdisant les subventions aux activités de pêche illégales, non déclarées et non réglementées, qui compromettent la gestion durable des ressources halieutiques et menacent les écosystèmes marins.

L’action climatique basée sur les océans a également pris de l’importance dans les contributions mises à jour déterminées au niveau national (CDN) que les pays ont été tenus de soumettre cette année dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Les gouvernements reconnaissent désormais le potentiel des océans en matière de solutions climatiques, notamment grâce au développement des énergies renouvelables offshore, à la promotion d’un transport maritime à faible émission de carbone et à la restauration des mangroves.

En juin, le Forum sur l’économie bleue et la finance, une réunion spéciale de l’UNOC3 qui s’est tenue à Monaco, a permis de se rapprocher d’une économie bleue régénératrice et durable. Investisseurs privés, banques publiques et organismes philanthropiques se sont engagés à investir 8,7 milliards d’euros (10,2 milliards de dollars américains) dans ce secteur d’ici 2030. Des modèles financiers innovants se développent également dans les pays du Sud pour financer la protection des côtes, la conservation menée par les communautés locales et les infrastructures basées sur la nature.

La communauté internationale a également accordé une attention accrue aux peuples autochtones, aux pêcheurs artisanaux et aux gestionnaires locaux, qui protègent depuis longtemps les écosystèmes marins mais sont souvent négligés en termes de reconnaissance et de soutien financier. Il est essentiel de les impliquer pleinement, car les solutions climatiques basées sur les océans qui ignorent les communautés de première ligne sont vouées à l’échec.

Les Fidji, en première ligne de la lutte pour la protection des océans, ont joué un rôle de premier plan. Le pays a co-organisé la première Conférence des Nations Unies sur les océans en 2017, avec la Suède, et continue de promouvoir l’action mondiale. Récemment, début décembre, la septième session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement a adopté une résolution, portée par les Fidji, sur la sauvegarde des récifs coralliens. Sur son territoire, les Fidji encouragent la gestion communautaire des zones marines et contribuent ainsi à l’élaboration de bonnes pratiques.

Pour assurer des progrès durables en matière de conservation et de résilience des océans, en particulier à l’approche de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les océans, qui se tiendra en Corée du Sud en juin 2028, co-organisée par la Corée du Sud et le Chili, trois priorités doivent être mises en œuvre.

Premièrement, les gouvernements doivent mettre en œuvre le Traité sur la haute mer, en établissant des zones marines protégées (ce qui sera essentiel pour atteindre l’objectif du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal de conserver 30 % des mers d’ici 2030), en finançant le renforcement des capacités et en réalisant des évaluations d’impact environnemental rigoureuses et fondées sur des données scientifiques.

Deuxièmement, l’OMC doit prendre des mesures décisives pour faire respecter l’Accord sur les subventions à la pêche. Le monde ne peut pas se permettre une nouvelle décennie de surpêche par les flottes industrielles. Une pêche durable est possible grâce à des stratégies de gestion fondées sur la science et axées sur les pêcheurs artisanaux et les communautés côtières.

Troisièmement, il est impératif de mobiliser davantage de financements rapidement. Les philanthropes ne peuvent à eux seuls financer une économie bleue de plusieurs milliards d’euros. Les acteurs publics et privés doivent aligner leurs investissements sur des projets qui régénèrent les systèmes naturels, réduisent les risques climatiques et responsabilisent les communautés locales. Ce besoin est particulièrement urgent pour les pays insulaires, où la combinaison de la vulnérabilité climatique et du surendettement menace leur résilience à long terme.

Le déclin des océans n’est pas inéluctable. Il nous appartient de choisir si nous voulons offrir un océan plus sain et plus abondant aux générations futures. Pour cela, il faut un leadership éclairé et des actions fondées sur la science et l’équité. La situation s’est améliorée en 2025. Pour que cette dynamique se poursuive, notre engagement en faveur de la résilience et de la régénération des océans ne doit pas faiblir dans la nouvelle année.

Ce commentaire fait partie de L’impératif océanique, un débat présenté en partie par The Ocean Risk and Resilience Action Alliance et AXA.

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